Argences en Aubrac. Entre colère et résignation, Sainte-Geneviève pleure son abattoir

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  • La fin d’une histoire pour des hommes, un village. À l’image de la rose posée sur le grillage pour symboliser le deuil.
    La fin d’une histoire pour des hommes, un village. À l’image de la rose posée sur le grillage pour symboliser le deuil. O.C.
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Olivier Courtil

Le site Arcadie vit probablement ces derniers jours sur l’Aubrac. Face au chaos, la municipalité organise une réunion cet après-midi avec les salariés.

À l’accueil du site, elle est toute seule derrière un comptoir devenu bien trop grand. Trop triste pour pleurer. Son contrat prend fin le jour même, soit mardi dernier quand Dominique Bernard, directeur général d’Arcadie, est venu rencontrer les salariés à Sainte-Geneviève-sur-Argence. Faire un point sur la situation comme un point final à l’histoire de l’abattoir. Le couperet tombera officiellement mercredi 30 septembre au tribunal de Montpellier, mais faute de repreneurs, cette date butoir s’apparente à un enterrement de l’entreprise. Et d’écœurement. "On ne peut pas éviter la liquidation et Arcadie est pour beaucoup dans la chute du site car on a payé pour les autres abattoirs du groupe qui eux, sont tous repris !", s’emporte Stéphane, très remonté.

La fermeture de l’abattoir, le début de la fin

Il faut dire que les salariés ont gardé le silence, avec leur inquiétude et rancœur, jusqu’au bout, faisant le dos rond, en bon élève. En bon travailleur. Aujourd’hui, la fermeture de l’entreprise qui emploie soixante-dix personnes et une cinquantaine d’intérimaires s’apprête à mettre la clef sous la porte, clôturant une histoire débutée en… 1967. Seul abattoir du groupe à fermer, les salariés ont plus que l’impression d’être les dindons de la farce. C’est la chronique d’une mort annoncée. Il y a eu l’abattoir municipal, la gloire au début du nouveau millénaire et le déclin avec l’affaire Poujol, le blocage de l’abattoir en 2008 par les syndicats pour protester contre l’orientation prise de ne pas jouer la carte du local, jusqu’à la reprise par le groupe Arcadie en 2011. " La fermeture de l’abattoir l’an dernier était le début de la fin ", résume Mickaël, un autre salarié dépité. Le site devait alors importer de la viande pour fonctionner. Un comble au cœur de l’Aubrac, une réalité pourtant.

Entre colère et résignation, les salariés estiment que le choix stratégique à grande échelle et la mauvaise gestion locale sont l’explication à cet échec qui met tout le village sous le choc. " On a été manipulé, le personnel a toujours été impliqué, il faut passer à autre chose, c’est terrible pour la région, les commerces, les écoles ", dit Béatrice en sortant d’une réunion où tout était écrit à l’avance. Des conséquences néfastes en cascade comme la quinzaine d’élèves de parents salariés à Arcadie.

L’offre d’Hannao rejetée reste un regret dans la bouche de Ludovic, membre du conseil social économique (CSE) du site.

Le maire : "Protéger l’outil"

D’autant que le projet de Scop (société coopérative et participative) tenté par les salariés comme un baroud d’honneur, est aussi abandonné. "Que personne soit lésé et donner une surprime de 200-300 € pour le travail fait". Cela semble bien peu pour réparer l’injustice.

Les retombées sociales et économiques sont dramatiques pour le village. "Les élus ont toujours cru que le site serait repris et ont réagi trop tard", estime l’un des salariés. "Il faut aller de l’avant" répond Jean Valadier, maire et président de la communauté de communes qui organise ce jeudi à 14 h 30 une réunion d’information à l’attention des salariés. "Nous devons protéger l’outil pour éviter son démantèlement et permettre une reprise d’activités", espère-t-il. Un projet moins conséquent, en misant sur le local et en s’appuyant sur le parc naturel régional de l’Aubrac (lire par ailleurs). Pas certains que les travailleurs étrangers et d’autres à la situation précaire, disposent de ce temps pour patienter. C’est bien connu hélas, le temps c’est de l’argent. "On est venu il y a six mois de Paris car on nous a dit qu’il y avait du travail ici. J’ai eu un contact pour l’Ehpad mais si cela ne marche pas, on s’en ira", raconte une jeune maman. Un autre salarié confie avoir gagné 1 200 € par mois après dix-neuf de labeur à l’abattoir. Symbole du ravage du capitalisme qui touche partout. De Béthune à l’Aubrac.

L’espoir du parc de l’Aubrac ?

Le maire espère lancer un pôle viande pour éviter la friche industrielle, avec un opérateur sur lequel s’adosser et l’appui du parc naturel régional de l’Aubrac. L’élu, aussi éleveur, mise sur la cohésion entre bouchers, restaurateurs, éleveurs, producteurs… « Le forum « Croquons l’Aubrac » fixé au 12 octobre permettra de mettre en relation et faciliter les circuits de proximité et renforcer des projets comme le pôle viande », dit en ce sens Arnaud David, directeur du PNR de l’Aubrac. Et d’ajouter : « Le pôle viande est aussi l’occasion de réfléchir à d’éventuelles mutualisations. Nous y travaillons au travers de plusieurs programmes de développement ». Sans oublier la contribution de la marque Valeurs Parcs.


 

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