L’Aveyron aux mains dimanche de 900 grands électeurs

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  • Les deux sénateurs sortants : Jean-Claude Luche, qui ne se représente pas.
    Les deux sénateurs sortants : Jean-Claude Luche, qui ne se représente pas. Archives CP - Christophe Cathala
  • Alain Marc candidat à sa réélection.
    Alain Marc candidat à sa réélection. Archives CP - Christophe Cathala
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Qui pour succéder à Jean-Claude Luche ? Alain Marc sera-t-il réélu ? Deux fauteuils de sénateur sont à pourvoir dimanche dans un scrutin au suffrage universel indirect, que les citoyens sans mandat regardent d’assez loin…

Seuls les élus élisent. C’est sûrement ce qui fait le charme des sénatoriales et plus encore ce qui suscite un relatif désintérêt des autres citoyens. Voilà de plus un scrutin qui est plus territorial que politique, même si les partis adoubent (ou non) les candidats pour gagner en influence au sein de la Chambre haute. Par essence même, "le Sénat assure la représentation des collectivités territoriales", selon l’article 24 de la Constitution.

L’Aveyron est donc célébré comme une entité unique qui "monte à Paris" faire valoir ses droits. Les sénateurs n’ont comme circonscription que le département dans son entier. On comprend ainsi que les citoyens regardent d’un peu loin les enjeux de ce scrutin, où les élus les mieux ancrés dans leur territoire, emportent souvent la place de favori. Mais bien des circonstances peuvent faire mentir la règle, il serait faux de dire que tout est joué d’avance.

Quels enjeux en Aveyron ?

Dimanche, les grands électeurs (ils sont 900 cette fois) auront le choix entre 10 candidats et leurs remplaçant(e) s (lire en encadré). Tous ont des "nuances politiques" comme l’exige la loi, sous la validation de la préfecture. "Mais le Sénat est résolument moins politique que l’Assemblée nationale : c’est avant tout, dans des départements comme le nôtre, une histoire d’hommes et de femmes", assure Jean-Claude Luche, sénateur sortant, qui a décidé de ne pas se représenter. C’est donc un peu comme pour les municipales : les personnalités en présence valent parfois mieux aux yeux des électeurs qu’un programme politique. Et en Aveyron, sur 286 communes, nombre d’entre elles sont dirigées par des conseils municipaux "intérêts communaux", c’est-à-dire "apolitiques" pour ne fâcher personne, c’est-à-dire aussi centre droit bien souvent, aux couleurs de la majorité départementale…

Dans ce contexte, certains candidats "de terrain" devraient pouvoir tirer leur épingle du jeu. On pense à Alain Marc, sénateur sortant candidat à sa réélection, et à Jean-Claude Anglars qui brigue la place laissée vacante par Jean-Claude Luche. Tous deux avec le soutien de ce dernier et du président du conseil départemental, Jean-François Galliard, pour assurer une représentation "dans la continuité", celle de la majorité départementale.

Les oppositions sur les starting-blocks

Face à eux, une "union de la gauche" avec Jean-Louis Denoit (Viviez, PS) et sa remplaçante Corinne Compan (Millau, PCF) et Pierre Pantanella (St-Rome-de-Cernon, PS) et sa remplaçante Isabelle Courtial (Onet, Génération. s). Ils glaneront des voix là où les socialistes sont bien ancrés, on pense à Millau désormais mais aussi le Villefranchois et le Bassin. Ce sont des candidats de terrain, bien connus des élus, comme leurs challengers Florence Cayla (Sébazac) et Patrice Panis (Lédergues) qui courent sous la bannière de la majorité présidentielle. Il en va de même pour Jérôme Czaplicki (animateur à Saint-Beauzély) et Claudine Bonhomme (ancienne élue de Rodez), candidats titulaires EELV. Et puis deux candidats isolés ferment la marche : le Decazevillois Bruno Leleu (RN) qui surveillera de près la progression de son mouvement et Jean-Luc Calmels (Conques, Divers gauche).

Chaque grand électeur encarté dans un parti est prié moralement de se conformer à la discipline de vote. Mais rien n’est si simple : dans le secret de l’isoloir, frémissent les trahisons, sur fond de haines recuites, toujours territoriales bien sûr…

Le scrutin de dimanche peut réserver des surprises, on le répète. En 2014, Anne-Marie Escoffier et Alain Fauconnier avaient ainsi été battus par MM. Luche et Marc, avec un taux de participation supérieur à 99 %. L’ancienne ministre et le maire de Saint-Affrique étaient-ils peut-être trop… "politiques" ?

10 candidats

Ils avaient jusqu’au 11 septembre pour se déclarer en préfecture. Les voici dans l’ordre de leur enregistrement en préfecture, avec leur remplaçant(e) entre parenthèses.

Alain Marc, (Dominique Gombert) ; Jean-Claude Anglars (Monique Alies) ; Jean-Luc Calmels (Aline Martin) ; Pierre Pantanella (Isabelle Courtial) ; Jean-Louis Denoit (Corinne Compan) ; Jérôme Czaplicki (Marie-Claude Carlin) ; Claudine Bonhomme (Jean-Pierre Valdit) ; Patrice Panis (Alix Janodet) ; Florence Cayla (Vivian Couderc) ; Bruno Leleu (Marie Parolin).

 

Scrutin, mode d’emploi

Qui sont les grands électeurs ? Pour les communes de moins de 9 000 habitants, le nombre de grands électeurs varie de 1 à 15 en fonction du nombre de conseillers municipaux, c’est-à-dire du nombre d’habitants de la commune. Ces délégués sont des personnes de confiance, choisies généralement pour leur proximité politique avec les conseillers municipaux, qui les désignent. Il s’agit concrètement de voter comme on leur demande, c’est-à-dire en respectant la couleur politique des conseillers municipaux élus. Dans les communes de 9 000 à 30 000 habitants, tous les conseillers municipaux sont grands électeurs. Au-delà de 30 000 habitants (l’Aveyron n’est pas concerné), un grand électeur supplémentaire est désigné par tranche de 800 habitants. S’ajoutent à tous ces grands électeurs, les parlementaires, les conseillers départementaux et régionaux. Au total en Aveyron, ils seront 900 à être invités à voter.

Comment se déroule le vote ? Dimanche 27 septembre, en un lieu unique : la salle des fêtes de Rodez. Il s’agit d’un scrutin majoritaire à deux tours… Au sein de la même journée. De 8 h 30 à 11 heures pour le premier tour et de 15 h 30 à 17 h 30 pour le second. Pour être élu, il faut la majorité absolue. Le temps laissé entre les deux tours permet aux candidats de décider ou non de se maintenir s’ils le peuvent et de négocier des soutiens avec d’autres candidats. Pour l’anecdote, on retiendra que l’on peut voter pour chaque mandat (si l’on est par exemple sénateur et conseiller départemental) en donnant pouvoir à la personne de son choix (son conjoint…) qui mettra alors le deuxième bulletin dans l’urne.

 

Christophe Cathala
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