Couvre-feu : un cafetier aveyronnais à la table des ministres

  • Hervé Vayssette, au fondà gauche (manches blanches) a pu donner son point de vue.
    Hervé Vayssette, au fondà gauche (manches blanches) a pu donner son point de vue. repro cpa
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Je crois bien que j’étais le seul en jean autour de cette table", sourit Hervé Vayssette, le patron de la brasserie "Aux Ministères" située dans le VIIe arrondissement de Paris, un quartier de… Ministères. Il faut dire qu’il ne s’attendait pas spécialement ce vendredi matin à se retrouver au Café du commerce, dans le XVe arrondissement voisin, à la table du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, du ministre détaché au PME Alain Griset, des secrétaires d’État Jean-Baptiste Lemoyne et Olivia Grégoire, au même titre que Thierry Grégoire, de l’Umih des saisonniers et de quelques pontes des affaires parisiennes. Avec au menu évidemment de cette rencontre souhaitée par les représentants du gouvernement : le couvre-feu.

C’est Olivia Grégoire, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, habituée du petit café dans cette brasserie à l’accent aveyronnais qui a tenu à ce qu’Hervé Vayssette soit présent. Pour faire entendre aussi la voix des petits bistrotiers. Si le Bozoulais ne cache pas avoir été un brin impressionné, d’autant qu’à l’extérieur du Café du commerce, cameramen et journalistes faisaient le pied de grue, il n’en a pas moins profité pour exprimer son sentiment, qui est celui d’une bonne partie de la profession.

"Bruno Le Maire a coupé court"

"J’ai évoqué le couvre-feu à 21 heures, en expliquant que 22 heures me semblait un horaire plus approprié pour ne pas couper l’élan de la soirée, pour permettre d’étaler l’afflux de population vers le métro, mais Bruno Le Maire a coupé court. Il s’est montré inflexible sur ce sujet tout de suite", explique Hervé Vayssette.

Tout en soulignant néanmoins l’attention portée à son propos. "Je l’ai senti très concerné, très attentif. Et il m’a paru très honnête, avec une véritable envie de nous aider. Je crois qu’il aime bien ce milieu de la restauration parisienne. Il m’est déjà arrivé de le servir et je le pense honnête dans ce qu’il dit", souffle le patron des Ministères.

Ce qui ne l’a pas empêché de rappeler l’épisode chaotique de la fermeture des bars avec des décisions qui changeaient toutes les deux heures. D’évoquer ces aides qui, si elles sont les bienvenues, ne compensent pas tout. "Et loin de là pour beaucoup d’affaires parisiennes qui font leur chiffre le soir."

Mais surtout Hervé Vayssette a tenu à rappeler les efforts réalisés par une profession qui aime tout simplement ce qu’elle fait. "Au fond, certes, il y en a qui gagne bien leur vie, mais surtout, c’est ce rôle social que nous avons, que nous aimons, et que l’on nous empêche de faire qui me gêne dans ces décisions."

Une manière de dire que la profession hôtelière se sent une nouvelle fois montré du doigt alors qu’elle a le sentiment de pouvoir plutôt être en capacité d’aider le pays…

"Pas beaucoup de visibilité"

"Activité partielle, fonds de solidarité, exonération de charges sociales, PGE : l’État est, et sera là pour les aider massivement. Nous préserverons ce secteur qui fait l’âme de notre pays", a tweeté le ministre des PME à l’issue de cette entrevue d’une heure. "Ce sont des personnalités politiques, ils parlent bien, ils nous ont peut-être un peu pris par les sentiments, mais ils ont vraiment insisté sur la gravité de la situation actuelle. Ils nous ont demandé de faire changer les habitudes de nos clients, mais je n’y crois pas beaucoup. Ils ont aussi admis qu’ils n’avaient pas beaucoup de visibilité…", glisse le Bozoulais. À peine sortie de cette réunion, avec sa tenue jean baskets, il est vite reparti "Aux Ministères". Le couvre-feu allait tomber dans quelques heures, et avec lui une nouvelle période pleine d’incertitudes.

Philippe Routhe
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