La crise sanitaire rebat les cartes de la mobilité étudiante à l'étranger

  • Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, une baisse de 20% de la mobilité étudiante a été enregistrée l'an dernier.
    Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, une baisse de 20% de la mobilité étudiante a été enregistrée l'an dernier. Zigres / Shutterstock
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(AFP) - Des programmes d'études Erasmus vécus par les jeunes depuis la France, des séjours à l'étranger annulés ou repensés, des échanges recentrés sur l'Europe: la crise sanitaire a aussi rebattu les cartes de la mobilité étudiante internationale.

Etudiante à l'Institut d'études politiques de Strasbourg, Lina devait partir en septembre à l'université de Göteborg, en Suède, dans le cadre du programme européen Erasmus+. C'est en fait chez ses parents qu'elle est retournée vivre, à Epinal dans les Vosges, pour suivre les cours de l'université suédoise... derrière son ordinateur.

"Cet été, c'était compliqué de savoir quelle serait la situation sanitaire à la rentrée, j'ai préféré attendre avant de me rendre dans le pays", explique-t-elle à l'AFP.

Derrière son écran, elle partage des cours, via le système de téléconférence Zoom, avec "des gens qu'(elle) ne connaît pas". Difficile dans ces conditions de se motiver pour cette année d'échange universitaire, confie-t-elle.

Elle espère désormais pouvoir rejoindre la Suède au deuxième semestre, sans aucune certitude. "C'était censé être la meilleure année de mon parcours, c'est presque la pire", soupire-t-elle.

Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, une baisse de 20% de la mobilité étudiante a été enregistrée l'an dernier. A la rentrée, les inscriptions étaient stables mais, vu la dégradation de la situation, des annulations semblent inévitables.

Pour Clément Beaune, secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, "ce serait une erreur d'enterrer toute ambition d'échanges". Raccourcir les séjours, les reporter ou changer de destination sont autant de façon d'y parvenir, selon lui.

A l'université d'Evry par exemple, on encourage plutôt les étudiants à reporter leur projet d'études à l'étranger au second semestre, en anticipant une évolution favorable de la situation.

A en croire la directrice d'Erasmus+ Laure Coudret-Laut, "l'appétence des jeunes pour l'international n'a pas diminué". Mais il faut "rassurer les universités" et "promouvoir des mobilités d'un nouveau type".

Dans de nombreux pays (d'Amérique du Nord, d'Asie...), les établissements ont carrément fermé leurs portes aux étudiants internationaux.

- "Resté sur ma faim" -
"On a dû être réactifs, trouver de nouvelles destinations pour ne pas freiner la dynamique", lance Irini Tsamadou-Jacoberger, vice-présidente relations internationales à l'Université de Strasbourg, qui cite des reports vers l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Grèce ou encore l'Irlande.

Face à la crise, "les séjours se sont recentrés en Europe et il a fallu inventer une nouvelle notion d'échanges académiques internationaux à distance", souligne aussi Vanessa Scherrer, directrice des affaires internationales de Sciences Po.

Un séjour d'études à l'étranger est obligatoire dans le cursus du prestigieux établissement, au moment de la troisième année de licence. "Cette année, 100% des étudiants ne vont pas pouvoir partir l'année entière mais nous espérons que tous auront a minima l'expérience d'un semestre dans une université étrangère", dit-elle.

Pour remplir l'objectif, Sciences Po a, comme d'autres établissements du supérieur, reconnu la validité d'échanges universitaires "en distanciel".

Etudiante à Bordeaux en licence de statistiques et d'informatique, Lisa est arrivée à Madrid en septembre. "Je préparais ce projet depuis longtemps; pendant de longs mois je n'ai pas su si l'université accepterait que je vienne étudier là bas".

Dans la capitale espagnole, elle suit les cours de manière alternée: une semaine en ligne, une autre en "présentiel". "C'est difficile de socialiser mais j'ai quand même pu me faire des amis via des groupes whatsApp", relate-t-elle.

Si elle ne regrette pas du tout l'expérience, elle a "l'impression de la vivre à moitié".

Mathieu, 20 ans, étudiant à Cergy, en région parisienne, prépare, lui, une "nouvelle mobilité l'an prochain" après un premier séjour en Espagne l'an dernier. Arrivé fin janvier à Salamanque, il a "eu un mois de liberté avant d'être confiné", raconte-t-il.

Il a malgré tout décidé de rester dans le pays jusqu'à la fin du semestre, parce que la vie en colocation avec des étrangers lui a apporté les échanges culturels qu'il était venu chercher.

Mais, ajoute-t-il, "je suis resté sur ma faim".

Relaxnews
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