Les faiseurs de culture de l'Aveyron jonglent avec la crise… à l’aveugle

Abonnés
  • Dix compagnies artistiquesse sont produites surles différentes scènes du Club, mardi, pour préparer l’avenir.
    Dix compagnies artistiquesse sont produites surles différentes scènes du Club, mardi, pour préparer l’avenir. Repro CP -
Publié le

Déjà plus de six mois que le monde de la culture a pris de plein fouet la crise sanitaire, la faisant passer au second plan des intérêts gouvernementaux. En Aveyron, les spectacles vivants ont repris avec la rentrée, mais jusqu’à quand ?

Si, en ce début de saison, l’enthousiasme et la joie sont palpables du côté des programmateurs culturels et des artistes, l’incertitude plane encore et toujours au-dessus de leurs espoirs d’une saison (presque) normale. Le Covid-19 a pris la forme d’une épée de Damoclès suspendue au-dessus du monde du spectacle. Et les mesures sanitaires de plus en plus strictes ne font que craindre davantage de dommages pour l’avenir du secteur culturel.

La saison sur les rails

"Notre tournée, qui a débuté mi-septembre, est fixée depuis début 2020, et même fin 2019", confie Laura Croonenberg, chargée de production et de diffusion dans la compagnie La Faux populaire. La saison culturelle actuelle était signée avant même qu’on ne connaisse l’existence du Covid-19. Elle suit donc son cours… avec les moyens qui restent aux artistes et aux programmateurs. Et surtout avec des perspectives d’avenir incertaines.

"Le public a répondu présent dès la reprise des spectacles. Mais on s’attend à une baisse d’affluence d’ici novembre, car on a perdu le lien convivial qui se tisse autour de la culture et qui est encore plus nécessaire dans ce contexte", déplore Stéphane Chatellard, directeur de la Maison du peuple à Millau. Les organisateurs et faiseurs de culture sont tous les deux partagés entre deux états d’esprit : l’optimisme et la prudence. "On avance à l’aveugle. Peut-être que dans cinq mois, il n’y aura plus rien ou au contraire, la situation sanitaire sera encore pire que maintenant, on ne sait pas", reconnaît Laure Croonenberg.

Difficile de programmer

Les programmes sont pleins jusqu’à juin prochain, mais le plus dur est à venir. Les prochaines saisons culturelles sont censées se construire maintenant, mais les différents acteurs sont confrontés à des problématiques inédites. "Nous voulons être confiants, regarder loin et aider les artistes, mais il faut trouver un équilibre pour ne pas engager trop d’argent alors que le budget, qui repose notamment sur les subventions, est incertain", souligne Stéphane Chatellard.

Comme dans de nombreux secteurs, les compagnies ont elles aussi côtoyé le chômage partiel, additionné à des annulations de résidences et de représentations. Et la perspective de saisons incertaines ajoute un poids sur une situation économique déjà précaire. "Les artistes ont une capacité à rebondir, mais pas éternellement. Plus la situation actuelle va durer, plus ça va être dur pour eux", prévient Florence Vézy, chargée du théâtre, du cirque et des arts de rue à Aveyron Culture.

S’adapter… et réinventer

Malgré un brouillard omniprésent depuis près de sept mois, les acteurs culturels commencent à y voir plus clair. "On doit jongler entre nos envies et les mesures sanitaires. On s’adapte à chaque situation et chaque projet. Mais on a maintenant une vision de plus long terme sur la crise", constate Laura Croonenberg.

Les règles vont être amenées à changer en fonction de l’évolution de l’épidémie. Mais pour l’heure, les scènes aveyronnaises sont ouvertes. Et comme l’ont montré les 12es rencontres professionnelles autour des nouvelles créations artistiques, "les artistes sont heureux d’être là pour faire vivre leur art ", s’enthousiasme Florence Vézy.

La situation n’est pas encore stable pour le monde de la culture. Mais ceux qui la font vivre se penchent d’ores et déjà sur les manières de la réinventer. "La situation nous fait penser qu’il y a peut-être d’autres possibilités pour aller à la rencontre du public et de le faire s’investir", songe l’administratrice de la Faux populaire. Car, même si les programmateurs et les artistes sont déjà sur scène et en coulisses, il faut que le public embrasse cette culture masquée et distancielle pour que le spectacle puisse continuer.

Itinéraires culturels

Au début du mois de septembre, Aveyron culture a présenté ses "itinéraires d’éducation artistique et culturelle 2020-2021". Cette action, à destination des enseignants aveyronnais et de leurs élèves, regroupe, cette année, 42 itinéraires. Afin de soutenir les structures et les équipes artistiques dont les animations n’ont pu avoir lieu au printemps dernier, Aveyron Culture a tenté d’en reporter au maximum à cet automne. Et cela a été réalisé avec succès ! Malgré la rentrée qui, déjà, s’annonçait complexe, les enseignants ont répondu 100 % présents. En quelques jours seulement, plus d’une centaine de demandes d’inscription avaient été faites.

"En mai, nous étions certains que nous ne rouvririons pas le théâtre avant janvier. Et nous avons finalement pu reprendre en septembre

Stéphane Chatellard, directeur et programmateur de la Maison du peuple, à Millau.

 

La création ne s'arrête pas

Mardi 13 octobre, se sont tenues les 12es rencontres professionnelles autour de nouvelles créations artistiques. Ce rendez-vous annuel organisé par Aveyron Culture avait lieu dans les salles intimistes du Club, à Rodez. Dix compagnies et équipes artistiques ont présenté leurs spectacles en cours ou en fin de création, devant des programmateurs aveyronnais.

Cette journée de rencontres était l’occasion de mettre en lumière des créations qui pourront figurer dans les programmations culturelles des prochaines saisons, mais également pour soutenir les artistes dans cette période compliquée.

 

Margot Pougenq
Voir les commentaires
Réagir