Dans les villages aveyronnais, des patrons de bar très "contrariés"

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  • La fermeture des cafés en milieu rural a du mal à passer.
    La fermeture des cafés en milieu rural a du mal à passer. Repro CP -
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"Petite" balade dans la campagne aveyronnaise, chez des cafetiers qui sont bien souvent la plaque tournante sociale du village. Ils sont parfois en colère, parfois résignés…

Qu’ils aient pignon sur rue dans des villes de grandes ou de moyennes importances ou dans de tout petits villages, le régime sera donc le même pour les bars aveyronnais : fermeture complète pour six semaines. En effet, comme cela a été annoncé par la préfecture en fin de semaine, et dans le cadre plus général de l’état d’urgence sanitaire lié à l’épidémie de Covid-19, les cafés et bars devront rester fermés durant toute la période de couvre-feu, y compris en journée.

"C’est l’incompréhension"

Sans occulter la problématique urbaine, cette mesure peut apparaître encore plus difficile à vivre dans les villages, où le café est bien souvent l’un des rares lieux de vie au quotidien. Sans prétendre relayer ici un ressenti représentatif et exhaustif, l’écrasante majorité des responsables d’établissements villageois que nous avons pu contacter se montraient, samedi, soit contrariés, soit… très contrariés.

On passera sur les témoignages les plus virulents. On s’arrêtera en revanche sur celui de Lucienne Girodon, propriétaire du bar "Chez Lulu", à Cantoin, dans le nord du département. Un témoignage plus mesuré que certains autres mais qui n’en résume pas moins l’état d’esprit qui semble présider chez les cafetiers de la campagne aveyronnaise.

"C’est l’incompréhension, relève la commerçante sur un ton désabusé. Ce n’est pas normal. Pas normal que les restaurants puissent rester ouverts jusqu’à 21 heures. Pas normal que des boulangeries puissent servir un café ou une boisson quelconque à des clients qui achèteront une viennoiserie quelconque (1). Non, ce n’est pas normal."

Et d’insister, aussi et surtout, sur l’aspect social que peut selon elle avoir son bar dans la vie locale, sachant que le commerce de Lucienne Girodon inclut également des activités buraliste, épicerie et agence postale (qui, elles, peuvent rester ouvertes). "Cantoin, c’est 300 habitants environ. Il en vient au moins une soixantaine très régulièrement dans mon café. Pour discuter, de tout, de rien. Pour se rencontrer, passer un moment quoi. Certains clients ont baptisé le bar Le Facebook de Cantoin. C’est tout dire. Beaucoup de mes habitués sont vraiment malheureux de la situation, même si on peut comprendre qu’il faut bien faire quelque chose pour freiner l’épidémie. Mais peut-être pas ça."

Ça, c’est donc, et comme pour tant d’autres, la fermeture pour six semaines du bar de Cantoin. Qui va devoir aussi gérer les pertes économiques. "Si le fonds de solidarité est reconduit comme pendant le confinement, ça devrait passer et aider à payer les factures. Mais bon…"

"Si vous le dites"

Et puis, plus au sud du département, du côté de Montclar, on vit la chose d’une manière décalée qui dénote par rapport aux discours les plus entendus. Odile Jeantet, propriétaire du Café de La Place, n’était samedi matin même pas au courant. Et le fait qu’on lui apprenne les mesures de fermeture n’a pas vraiment traumatisé la nonagénaire, toujours fidèle au poste malgré le nombre des années.

"Ah bon, si vous le dites, mais je n’ai pas trop suivi les dernières actualités. Bah, de toute façon, ça ne changera pas grand-chose, il n’y a presque plus personne qui vient consommer. Pour les parties de belote, je suis même souvent obligée d’être la quatrième. Il n’y a plus grand monde à Montclar. Et puis, il me reste le côté épicerie qui continue à pas trop mal marcher. Bon, en attendant, je vais donc fermer. Je ne voudrais pas voir débarquer les gendarmes…"

(1) Les boulangeries peuvent effectivement servir un café ou autres boissons à leurs clients, mais uniquement à emporter.
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François Cayla
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