Pascale Combe-Cayla (centre hospitalier de Villefranche) : "On va dans le mur !"

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  • Pascale Combe-Cayla, pneumologue, élue municipale et communautaire.
    Pascale Combe-Cayla, pneumologue, élue municipale et communautaire.
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Interview du docteur Pascale Combe-Cayla, pneumologue au centre hospitalier de Villefranche et conseillère municipale déléguée à la Santé et vice-présidente d’Ouest Aveyron communauté chargée, là encore, de la Santé.

Quel regard portez-vous sur la situation sanitaire actuelle ?

Nous sommes confrontés aujourd’hui, comme on l’avait annoncé, à une recrudescence du virus. C’est logique après des périodes de retrouvailles familiales, notamment avec des jeunes, des étudiants qui vont et viennent un peu partout et rentrent ensuite dans leur famille.

Qu’en est-il exactement en Aveyron ?

Avec un taux d’incidence de 396,6 cas pour 100 000 habitants en Aveyron, selon les derniers chiffres communiqués par la préfecture, on côtoie les chiffres toulousains et c’est effarant ! Mais le souci c’est que nous n’avons pas les mêmes ressources.

Et la Covid, ce ne sont pas à chaque fois des cas graves, mais ils représentent tout de même une bonne proportion. Et comme le nombre de personnes contaminées augmente depuis trois semaines, les cas graves font de même.

Quelle est la stratégie à Villefranche ?

Depuis la première vague de l’épidémie, au printemps dernier, notre stratégie a changé. Contrairement à mars et avril où Villefranche et Millau n’étaient que des centres de tri dans lesquels les personnes diagnostiquées Covid étaient systématiquement envoyées à Rodez, aujourd’hui on garde le maximum de cas Covid, sauf ceux qui nécessitent une réanimation, puisque le CHU ruthénois affiche un taux d’occupation d’environ 80 % de ses lits Covid. À Villefranche, nous avons donc aménagé un service Covid, en bout d’aile du bâtiment hospitalier tandis que les médecins libéraux sont en première ligne pour traiter les cas asymptomatiques. On est très inquiet et les mesures de la préfète ne font sourire personne ici. Elles sont nécessaires car il ne faudrait pas s’asphyxier et déprogrammer les autres interventions, ce qui n’est pas le cas pour l’instant.

Justement, que pensez-vous des mesures prises par l’État et que recommandez-vous ?

Le couvre-feu est logique car si l’on ne se regroupe pas on a moins de chance de se contaminer. La vente de boissons alcoolisées est également proscrite après 20 heures ce qui est normal car dès qu’on boit on est un peu grisé et on fait moins attention. Le masque est obligatoire dans la rue et dans toute l’agglomération villefranchoise, pas seulement dans la Bastide. Mais je pense qu’il aurait dû être systématisé beaucoup plus tôt car cette deuxième vague était annoncée. Se laver souvent les mains est aussi très important sans oublier l’aération des pièces. C’est l’accumulation de tous ces gestes barrières qui crée une bonne protection. Les activités sportives en milieu fermé sont elles aussi interdites car lorsqu’on bouge beaucoup on a une capacité respiratoire plus grande, la densité du virus monte, et on peut contaminer des personnes même à deux mètres. En revanche, en extérieur, on ne risque rien et l’activité physique est d’ailleurs recommandée car on combat mieux le virus lorsqu’on est en bonne forme physique. On peut également faire une cure de vitamines D et bien évidemment avoir une alimentation saine et équilibrée.

Peut-on encore venir à l’hôpital en toute sécurité ?

Cet été, pendant que les gens se relâchaient, on a rodé nos filières Covid et non Covid. On a essayé d’anticiper, d’organiser. Malheureusement, on est toujours confronté à des gens qui ont peur de venir à l’hôpital par appréhension d’y attraper le virus alors que s’il y a un lieu où on ne risque rien, c’est bien ici.

Conjuguer santé et économie, c’est un numéro d’équilibriste ?

Les points de vue sanitaire et économique sont antagonistes mais il faut absolument que les soignants puissent prendre en charge tout le monde, on ne veut pas devoir choisir entre les malades. Il faudrait instaurer d’autres mesures, comme, par exemple, un couvre-feu avant 21 heures et les week-ends. Pour les entreprises de restauration, ça risque d’être un sacré coup dur. Mais peut-être peuvent-ils développer la vente à emporter…

Êtes-vous favorable à un reconfinement ?

Je pense que l’on ne va pas couper au reconfinement car sinon, en France, on va dans le mur ! Après contamination, les cas graves se signalent 15 jours plus tard et les décès un mois et demi après. La semaine dernière j’ai adressé quatre cas graves à Rodez, Et il n’y a pas que les personnes âgées qui sont atteintes par la Covid-19, là, en l’occurrence, il s’agissait de patients âgés entre 42 et 58 ans.

Que dites-vous à ceux qui émettent encore des doutes sur cette épidémie ?

J’ai ras le bol des anti-masques, de ceux qui doutent de la virulence de la Covid-19 ou encore des adeptes de la théorie de la science-fiction. Face à tous ceux qui ne réalisent pas la gravité de la situation je n’ai qu’une seule réponse : Venez vous confronter à la réalité du terrain !

GDM
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