Covid-19 : comme à Saint-Chély-d'Aubrac, le découragement gagne les Ehpad

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  • La population des Ehpad a l’impression d’être en première ligne face à la pandémie.
    La population des Ehpad a l’impression d’être en première ligne face à la pandémie. OC
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Au-delà de la mise en place du couvre-feu la semaine dernière en Aveyron et du retour ce vendredi 30 octobre au confinement national, le quotidien, sous le joug de la Covid-19, à l’Ehpad de Saint-Chély-d’Aubrac comme ailleurs, est rythmé par la lassitude de plus en plus grande des résidents et celui du personnel soignant.

Neuf heures jeudi 22 octobre. Dans son bureau, avec masques et gel à portée de main, David Morin, directeur de l’Ehpad de Saint-Chély-d’Aubrac, suit la visio dite "cellule de coordination" menée par Benjamin Arnal, délégué départemental de l’agence régionale de santé (ARS). Ce dernier annonce, quelques heures avant la déclaration du Premier ministre, le couvre-feu en Aveyron. Des points concrets venus du terrain viennent abonder la discussion. La Covid-19 se propage à toute vitesse, les Ehpad sont déjà durement touchés. "Toutes les précautions ne sont pas forcément prises ", entend-on entre professionnels de santé. L’habillage et déshabillage à répétition sont pointés du doigt. Tout comme les tablettes tactiles que se transmettent de main en main les infirmières pour le traçage et la validation des opérations. Des formations seront proposées début novembre. Cela semble déjà si loin. David Morin, dans son établissement de soixante-cinq résidents et cinquante-cinq salariés anticipent. Il a établi une liste de six-sept personnes prêtes à donner un coup de main. "Le recrutement est extrêmement difficile. Une jeune devait commencer en début de semaine mais le test était positif… " Le planning du personnel est, une fois encore, modifiée. "Ce virus appuie où ça fait mal : la vie en collectivité et la population fragile. " Et de lâcher : "On s’attend à perdre la moitié des résidents. L’État a fait le choix économique, 200 000 personnes vont mourir. La vague est impossible à éviter, on ne va pas échapper au reconfinement."

Parler est nécessaire

Face à ce tragique constat, le responsable veut entrevoir la lumière. Il reçoit un SMS : "Les tests antigéniques (qui donnent le résultat en quinze minutes, NDLR) seront livrés demain (lire vendredi 23 octobre)." Chaque jour compte. Une autre visio débute concernant la prise en charge des personnes handicapées. David Morin part en salle de restauration transformée en salle de réunion depuis mars pour annoncer les dernières nouvelles et échanger. Parler est nécessaire. La délicate question de remettre en chambre, tôt ou tard les résidents, est abordée. Une salariée, fille d’une résidente, s’y refuse. Les offices religieux du soir n’auront pas lieu. "Tu feras la messe Gisèle !", lance une aide-soignante à la responsable des animations. L’humour aussi est nécessaire. Vital. Le pire est (toujours) énoncé. Les familles pourront voir les corps. "C’est un peu plus humain", lâche une infirmière. Face à la fatalité, le personnel soignant exprime son découragement, son usure, sa démotivation. La première vague de la Covid-19 s’est accompagnée d’une vague de départ de salariés. Y compris à Saint-Chély. "Cela fait quinze ans que ça dure. On est mal payé, pas considéré, on n’a pas les moyens de faire correctement notre travail, la revalorisation répond au gel des salaires, c’est le bonbon qui ne change rien. " La Covid-19 est la goutte d’eau. Et derrière la crise sanitaire guette la crise financière. "Le Département et l’ARS financent quarante salariés, le reste est payé par les résidents. Que faire si j’en perds vingt ? Et encore la situation financière est bonne ici, ce n’est pas le cas pour d’autres… " Il faut tenir pour s’en sortir. Il est question d’ouvrir un secteur Covid. L’Ehpad de Saint-Chély, grâce à son deuxième bâtiment construit en 2013, est en capacité de se mettre en marche.

Vivre enfermé

La problématique est technique : quid de la désinfection des lits, des chambres ? Le manque de moyens est criant. Et pire que le découragement, la culpabilité s’est propagée au sein du personnel soignant. Coupable d’amener le virus. L’épée de Damoclès est sur toutes les têtes. Face au désarroi, la question ne se pose pas. Il faut tenir pour les résidents et les collègues de travail qui regagnent leur poste. Dans la salle d’animation qui fait aussi office de salle de restauration pour respecter la distanciation, Gisèle, en charge de cette activité, fait parler un noyau d’anciens. Une liste, encore une, est établie pour trouver de quoi s’occuper en étant enfermé. La pandémie a bouleversé la vie, donc le métier. Moins d’animations, avec grand regret pour les résidents qui ne peuvent que compter sur un petit jardin pour s’aérer. Pas moins de quarante animations sont organisées dans l’année sans parler du séjour, prévu dans le Gers, annulé aussi. En revanche, Gisèle va devoir s’improviser coiffeuse à nouveau, s’occuper du courrier, chef de cuisine avec des repas "comme à la maison".

Une grillée de châtaignes a eu lieu la veille ainsi que la préparation de confiture. Apéro le samedi soir, croissant le dimanche matin, gâteaux le dimanche midi, balnéothérapie à l’Oustalet (le second bâtiment), le karaoké géant avec le vidéo-projecteur, la liste des possibilités s’énumère comme la liste des envies. Toujours des listes. Puis la réalité revient en pleine face. La peur de mourir. Une ultime liste s’écrit, se dit : "C’est plus du tout pareil ", "on est privé de liberté", " le plus dur est de ne pas voir ses proches, ne pas se dire au revoir… ", "on se retrouve seul ", " je ne vois plus mes petits-enfants ".

Dans le bureau d’animation, une bulle du Chat de Philippe Geluk : "Être vieux, c’est être jeune depuis plus longtemps que les autres. C’est tout. " Comme un message de solidarité qui ne doit pas devenir une bouteille à la mer.

C’était jeudi 22 octobre, jour d’annonce de la mise en place du couvre-feu en Aveyron. Une semaine avant le retour, ce vendredi 30 octobre, au confinement hexagonal.

Olivier Courtil
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