Football : pour le médecin de Rodez Pierre-Antoine Cros, ses joueurs " sont conscients des risques "

  • Pierre-Antoine Cros (à droite), aux côtés du coach ruthénois Laurent Peyrelade.
    Pierre-Antoine Cros (à droite), aux côtés du coach ruthénois Laurent Peyrelade. Centre Presse - JLB
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Alors que le Rodez Aveyron football affronte l'AJ Auxerre ce samedi (19 h) pour le compte de la 9e journée de Ligue 2, son médecin salue le comportement des joueurs au moment d’expliquer pourquoi le club aveyronnais est l’un des derniers de L2 à ne pas compter de cas de Covid-19. Entretien.

Avec Nancy, Rodez est le seul club de Ligue 2 à ne pas avoir connu de cas de Covid-19 depuis le début de la saison. Y a-t-il une recette particulière au Raf ?
S’il y en a une, ce n’est pas forcément moi qui l’ai. Cela revient aussi aux joueurs, très prudents dans leur vie de tous les jours. Pour être honnête, je pense que c’est plus facile de ne pas avoir de cas à Rodez qu’à Paris ou à Grenoble. Nous sommes dans une plus petite ville, dans une région plus épargnée que d’autres, même si les choses évoluent. De plus, le club a la chance de pouvoir travailler avec un laboratoire, Lxbio, réactif quand nous le sollicitions.

L’absence de cas est-elle le signe que les joueurs se comportent de manière responsable ?
C’est indéniable. Comme tout un chacun, il y a moins de chances d’attraper le virus si on porte le masque, on respecte les gestes barrières et on ne se rend pas dans de grandes fêtes, que si on a une attitude désinvolte. Je sais que certains ont demandé à des membres de leur famille venus les voir de se tester auparavant. J’en ai vu d’autres faire bien attention d’utiliser leur stylo avant de signer des autographes. Ce sont des garçons responsables, conscients des risques.

Quelles consignes leur ont été données ?
Un peu comme pour tout le monde : respecter les gestes barrières, porter un masque quand on se rend dans un endroit clos où il y a plus de 3-4 personnes. Avant les coupures internationales ou les week-ends, on leur dit avec les dirigeants d’être prudents, mais nous ne leur avons rien interdit. Ce serait délicat, d’autant que certains ont longtemps été éloignés de leur famille.

Avec la hausse récente du nombre de cas, leur avez-vous demandé plus de vigilance ?
J’en ai remis une petite couche, mais l’aggravation de l’épidémie est intervenue après la dernière trêve et donc les joueurs n’ont pas eu trop de temps libre récemment. Nous leur avons répété que nous avons besoin de tout le monde et que si un joueur contaminé en pâtit, l’ensemble du club aussi.

L’organisation des déplacements nécessite-t-elle des précautions particulières ?
Dans tous les déplacements que j’ai pu faire, les hôtels dans lesquels nous sommes allés ont toujours été respectueux des mesures sanitaires, sans que nous ayons à demander quoi que ce soit. Le principal risque pourrait être le moment des repas, mais nous avons toujours une salle où nous sommes seuls. Ce qui était déjà le cas avant l’épidémie, pour que les joueurs ne soient pas importunés.

Le Raf compte deux internationaux : Johann Obiang avec le Gabon, Yohan Roche avec le Bénin. Avez-vous des craintes qu’ils soient contaminés en sélection ?
C’est un peu plus risqué, surtout les trajets pour y aller et pour en revenir. Quand on n’a pas le joueur sous la main, c’est toujours facteur de crainte. Mais une fois qu’ils sont en rassemblement, ils ont les mêmes tests qu’en club. Quand Yohan est revenu (après sa convocation au début du mois, NDLR), il a été testé avant de pouvoir retrouver l’ensemble du groupe.

Depuis le début de la saison, des joueurs professionnels en manque de temps de jeu sont souvent utilisés avec l’équipe réserve. Ils se retrouvent avec des équipiers et des adversaires moins testés qu’eux. Appliquez-vous un protocole particulier avant qu’ils s’entraînent de nouveau avec l’ensemble du groupe ?
Nous en avons parlé avec l’entraîneur en début de saison, car cela peut quand même être un problème. En début de saison, on s’est dit qu’il fallait plutôt privilégier cela sur des matches à domicile, pour éviter de longs trajets avec des joueurs moins testés. Mais il y a aussi besoin d’avoir des gestions au cas par cas et des joueurs ont parfois besoin de temps de jeu.

Le club de Grenoble est actuellement fortement touché par le Covid-19. « Je ne sais pas ce que font les autres, mais nous, on a pris le parti de déclarer tous nos cas », a déclaré son manager aveyronnais, Max Marty. Vous êtes-vous senti visé ?
Je suis totalement clair avec moi-même, le club aussi. Il y a eu dernièrement des rappels généraux du directeur médical de la Ligue, pour nous demander de tout déclarer. Cela veut-il dire que certains ne l’ont pas fait ? Je ne sais pas. J’ai du mal à y croire, car cela poserait un problème de déontologie. La déclaration des cas de Covid-19 à la Ligue est obligatoire pour tous les médecins de club. Je ne vois pas un confrère masquer volontairement un cas pour un match de foot, malgré la pression que pourrait mettre un dirigeant, ce qui n’est pas mon cas à Rodez.

Propos recueillis par Guillaume Verdu
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