Aveyron : "La liberté d’expression doit rester un travail de fond à l’école"

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  • Membre de l’opposition municipale à Millau, il reste très attaché à sa profession.
    Membre de l’opposition municipale à Millau, il reste très attaché à sa profession.
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Professeur d’histoire-géographie à Marcel-Aymard, Philippe Ramondenc réagit au recueillement national qui a eu lieu hier, en hommage à Samuel Paty.

Une minute de silence a été observée dans les établissements scolaires, hier matin, en hommage au professeur Samuel Paty, assassiné quelques jours après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression. Tout comme la victime, Philippe Ramondenc enseigne l’histoire-géographie, au collège Marcel-Aymard de Millau. Le professeur, aussi membre de l’opposition municipale millavoise, explique avoir été "profondément ému" par cette mort tragique, et rappelle les valeurs qui doivent continuer d’être enseignées et défendues en milieu scolaire.

L’émotion était-elle présente, ce lundi matin, pour la rentrée ?

C’était une rentrée très chargée en émotion. Je suis professeur principal d’une classe, à qui j’ai lu la lettre de Jean Jaurès. Je leur ai également partagé le texte d’une de mes anciennes élèves, qui m’a écrit spontanément lorsque le drame est arrivé. Au final, j’ai passé une heure et demie devant ma classe, mais c’était nécessaire. Il y a l’action officielle, mais aussi l’action personnelle. J’ai pris la liberté pédagogique de m’entretenir avec ma classe sur des sujets qui me semblent importants. Samuel Paty le méritait, il fallait marquer le coup. Tout ce qui s’est passé m’a énormément touché à titre personnel.

Pourquoi vous êtes-vous senti concerné à ce point ?

Je dois admettre que j’ai pleuré quand j’ai appris ce qui s’est passé. Cet homme ne pouvait pas mourir dans ces conditions. Il y a un sentiment d’injustice par rapport à ces événements. L’école, c’est la vie, c’est le vivre ensemble, c’est le partage, le droit d’expression… Le désaccord aussi, bien sûr. Mais ce n’est pas le choc des cultures, au contraire. La République a été atteinte dans ce qu’elle a de plus essentiel : le savoir, la laïcité, la liberté, l’égalité, la fraternité… C’est notre rôle d’enseignant de faire comprendre aux élèves que tout ça ne doit plus arriver.

Vous-même, entretenez-vous un travail de fond, en classe, sur la liberté d’expression, comme le faisait Samuel Paty ?

Bien évidemment, j’y suis très attaché et mes élèves le savent. La liberté d’expression doit rester un travail de fond à l’école, comme l’échange et la réflexion. Oui, on a le droit d’être contre les caricatures de Charlie Hebdo, mais ce n’est pas une raison pour tuer. Certains ne comprennent pas l’histoire qu’a la France avec la caricature.

Le charivari, le carnaval, les Fables de La Fontaine, Louis XVI en cochon… Tout ça, c’est l’histoire de France. Les seules limites à cela, ce sont bien entendu les lois.

Avez-vous déjà montré des caricatures en classe ?

Oui, cela m’est arrivé. J’ai cette culture de la liberté d’expression, dans le respect des gens. Une caricature peut blesser ou révolter. Mais la loi républicaine interdit de se faire justice soi-même.

Aujourd’hui, certains enseignants ont peur d’aller travailler. Est-ce votre cas ?

La peur, on la comprend. Moi, je ne la ressens pas. Je n’ai pas envie d’avoir peur.

Effectivement, ce qui s’est passé, c’est du terrorisme que l’on ne maîtrise pas.

Pour les arrêter, c’est compliqué. C’est aussi aux élèves d’être vigilants, de ne pas tomber dans l’amalgame et la bêtise, de ne pas stigmatiser une religion plus qu’une autre…

Le week-end dernier, les communautés musulmane, protestante et catholique de Millau se sont associées pour la messe de la Toussaint.

Que pense l’enseignant de cet acte symbolique ?

Je trouve ça très bien de montrer cette union en cette période délicate pour tout le monde. Je pense que Millau pourrait avoir un conseil du culte. Pour moi, c’est nécessaire pour échanger, pour prévenir…

Envisagez-vous des actions auprès de votre classe pour sensibiliser encore davantage à la religion et à la liberté d’expression ?

On peut organiser des choses autour de l’école, mais pas dans l’enceinte de l’institution, évidemment.

Il faut respecter les principes. Mais du travail à faire autour de ces sujets, il y en a.

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Victor Guilloteau
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