Itinéraire d’un "prédateur", de Paris à Millau via internet

  • Audience et faits "abjects", hier matin au palais de justice de Rodez.
    Audience et faits "abjects", hier matin au palais de justice de Rodez. JAT
Publié le , mis à jour

Récidiviste et décrit comme "pervers" et "pédophile", un quinquagénaire parisien a été condamné à cinq ans de prison, mercredi 4 novembre, au palais de justice de Rodez pour des faits de corruption de mineur, soustraction d’enfants, agressions sexuelles et détention d’images pédopornographique.

La question brûlait toutes les lèvres de la salle d’audience, elle est finalement venue d’une assesseur après plus de deux heures de débat : "Monsieur, êtes-vous un prédateur ?". "J’avais une déviance sexuelle, mais je n’aime pas le mot de prédateur. Il me fait mal…", répond le prévenu, plutôt taciturne jusqu’alors à la barre et handicapé par une obésité ne lui permettant pas de suivre les débats debout. Pourtant, ce père de famille, agent SNCF à Paris, en a eu tout le comportement entre 2010 et 2015. Il sort à cette époque d’un divorce difficile. Seul dans son appartement du 18e arrondissement, il décide alors de s’inscrire sur un site internet mêlant divertissements et discussions en ligne pour les 13-17 ans et souvent décrié pour être "un repère à pédophiles".

Il a 52 ans, mais son pseudo "Chris19" indique qu’il en a tantôt 16, 17, 19 ou 23. Ses photos, volées sur la Toile, sont celles d’un jeune homme. Le prédateur est entré dans le jeu, l’appât est "parfait" et les "proies" sont nombreuses. En cinq ans, il engagera la discussion avec 279 jeunes filles. Toujours sous le même mode opératoire. Il se montre gentil, parfois paternel, puis le bon ami virtuel dérive : il envoie des photos de son sexe, des vidéos toujours en dessous de la ceinture et surtout, il en demande en retour. Une dizaine d’adolescentes "tombent dans le piège". Avec l’une d’entre elles, une Aveyronnaise âgée de 16 ans, la ‘‘relation’’ va même plus loin. Ils s’appellent régulièrement et en février 2015, le quinquagénaire décide de prendre le train jusqu’à Millau pour la rencontrer. La lycéenne pense rencontrer "Chris", le jeune homme du réseau social. Ses parents l’accompagnent jusqu’au parking de la gare, où le rendez-vous a été fixé. En s’apercevant de leur présence, le "prédateur" prend la fuite. Le lendemain, il parvient néanmoins à la convaincre de revenir dans la Cité du gant, seule cette fois. Elle viendra, sera surprise de se retrouver face à un homme, du même âge que son père, mais elle le suit dans une chambre d’hôtel où ils auront plusieurs rapports sexuels. Non protégés à chaque fois. Quelque temps après, il l’invite à Paris. Il vient même la chercher à la sortie de son lycée. Et une nouvelle fois, elle le suit et fugue dans la capitale. Cette idylle "abjecte", comme le fait remarquer la présidente d’audience Sylvia Descrozaille, dure une semaine. Les parents de la jeune fille sont inquiets, mais le prévenu va jusqu’à les appeler en se faisant passer pour le père du fameux "Chris19". Il est trop tard, le mal est fait : en quelques jours, il "assouvira tous ses fantasmes", les plus "nauséabonds", rappelle le conseil de la jeune fille, Me Elsa Cazor. Puis à son retour à Millau, il est interpellé, la lycéenne a raconté "son cauchemar". Devant les enquêteurs, il reconnaît avoir rencontré deux autres mineures, à Paris et à Brive, avec lesquelles il a eu des relations également. Dans son téléphone portable, des dizaines de clichés pédopornographiques sont retrouvées, dont la vidéo d’un enfant de six ans sous une douche, obtenue grâce à un chantage sur sa cousine avec qui il discutait. "Comment vous sentiez-vous après avoir passé cette semaine avec une fille encore plus jeune que les vôtres ?", s’interroge le tribunal. "Je n’étais plus moi-même, je me sentais bien, j’étais un adolescent. Je n’ai rien forcé, c’était consenti", confie-t-il. "Elle n’avait plus le choix, elle était dans son appartement à Paris, je vous laisse imaginer ce qu’elle a vécu ! Aujourd’hui, elle vit tous les jours dans la peur de le recroiser, ne dort plus sans la lumière de peur de le revoir au pied de son lit !", s’offusquent les trois avocates de la défense, Mes Elsa Cazor, Christelle Cordeiro et Léa Coulon, rappelant au passage le "ton directif" du prévenu et son "chantage de dévoiler des photos s’il n’obtient pas ce qu’il veut" auprès de ces jeunes filles…

"Comment défendre un pédophile ?"

À la défense, leur consœur Me Alexandra Gosset sait qu’elle a le mauvais rôle. "Comment défendre un pédophile ? Derrière, il y a un homme, une personnalité. Quand je l’ai rencontré, c’était un enfant dans un corps d’adulte, il avait 15 ans d’âge mental", plaide-t-elle. Avant d’expliquer cette immaturité par un parcours d’adolescent "fait de traumatismes", entre des viols répétés chez les scouts, le suicide d’un meilleur ami, des parents absents… Le prévenu ne s’attardera pas trop sur ces épisodes. A la barre, il répète "avoir honte de ce qu’il a fait". Mais il se dit également "soigné", après avoir purgé six mois de détention préventive, en 2015. Depuis qu’il est libre, il fréquente un groupe de parole pour "agresseurs sexuels" dans la capitale. "Ça me fait beaucoup de bien", avoue-t-il, même si une récente expertise psychiatrique le qualifie toujours "de dangereux". D’ailleurs, pour le procureur Bernard Salvador, cela ne fait pas l’ombre d’un doute : "C’est un prédateur". Le tribunal a entendu ses réquisitions en le condamnant à cinq ans de prison ferme. Sans pour autant ordonner un mandat de dépôt, malgré une récidive. En 2011, l’homme avait déjà été condamné par le tribunal de Tours pour avoir laissé tomber des images pornographiques devant des jeunes filles dans la rue avant de leur proposer de les ramener chez elles.

"J’ai honte de tout ce que j’ai fait, je m’excuse", a-t-il lancé, hier matin, d’une voix discrète et en pleurs, avant le délibéré. Et avant de quitter le tribunal libre – il devra aménager sa peine avec un juge des libertés et de la détention –, au bras de sa nouvelle compagne…

Mathieu Roualdés
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