Decazeville : Christian Viguié, écrivain irrévérencieux

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  • Christian Viguié a rencontré l’écriture et la poésie durant sa jeunesse vagabonde. Elles ne l’ont plus quitté.
    Christian Viguié a rencontré l’écriture et la poésie durant sa jeunesse vagabonde. Elles ne l’ont plus quitté. J.B.
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Le poète et écrivain decazevillois, Christian Viguié, vient de publier un nouveau recueil de poésie et un roman surréaliste. Rencontre avec un personnage qui revendique son côté anar et jette un regard critique sur le monde qui nous entoure.

Après sa jeunesse decazevilloise et penchotine, à quelques enjambées de l’ancien laminoir de Vieille-Montagne, suivie de quelques années d’errance et de vagabondage, Christian Viguié a trouvé pleinement sa place dans l’écriture. Essais, pièces de théâtre, nouvelles, romans, recueils de poésie, il est déjà l’auteur d’auteur d’une quarantaine d’ouvrages.

Instituteur dans la région de Limoges, où il vit depuis trente ans, l’écrivain aveyronnais, lui le fils de prolo qui a fêté ses soixante printemps en juillet dernier et qui commence à songer à la retraite, vient de publier deux nouveaux livres : La Naissance des anges, aux Éditions Les Monédières, un " roman irrévérencieux ", comme il le qualifie lui-même, une " balade picaresque, audacieuse et culottée ", et Damages, aux Éditions Rougerie, un recueil de poésie en hommage à ses parents décédés en 2015 et 2017. Rencontre avec cet écrivain un brin anar, ce personnage un tantinet surréaliste qui au-delà d’une vision purement esthétique a toujours posé un regard critique sur la société et le monde qui nous entoure. " Je suis une coccinelle rouge avec des points noirs ", s’amuse-t-il, en tirant sur sa clope, le visage balayé par des volutes de fumée.

Platonov est un immense écrivain. Il fait partie de cette jeunesse embringuée par le Bolchévisme et sacrifiée par les Staliniens. C’est un peu Rimbaud et Don Quichotte au Pays des Soviets…

Rencontre entre deux personnages de l’Américain Steinbeck et du Russe Platonov

On avait quitté Christian Viguié en 2018 avec sa Conjonction d’insubordination, l’espace notamment d’un entretien avec le poète Laurent Doucet, qui préside l’association La Rose impossible pour la réhabilitation de l’ancienne maison du père du surréalisme, André Breton, à Saint-Cirq-Lapopie. On le retrouve donc avec sa Naissance des anges et l’improbable mais pourtant bien réelle rencontre entre deux personnages de l’écrivain américain John Steinbeck, à qui l’on doit quelques classiques comme Les raisins de la colère et Des souris et des hommes et l’écrivain russe Platonov, beaucoup moins connu du grand public, et dont l’œuvre a d’ailleurs été interdite de publication de son vivant.

" Je suis amoureux total de Steinbeck. C’est un écrivain fabuleux. Giono et Steinbeck me font écrire, raconte l’auteur. Et puis je suis tombé sur un livre extraordinaire, Tchevengour d’Andreï Platonov. C’est un immense écrivain qui fait partie de cette jeunesse embringuée par le bolchevisme et sacrifiée par les Staliniens. C’est un peu Rimbaud et Don Quichotte au Pays des Soviets… Ce sont deux grands romanciers politiques. Platonov a un regard politique et poétique. Danny est un personnage de Tortilla Flat de Steinbeck. Son truc, c’est le pinard. C’est une sorte d’anarchiste joyeux et philosophe. Dvanov le personnage de Platonov est un anarchiste, poète, marxiste et métaphysicien. Je me suis dit, ce serait bien de les faire se rencontrer. J’ai trouvé intéressant de les faire revivre. Ils ont vécu des époques assez semblables mais ils renaissent maintenant dans la peau de deux clochards qui se retrouvent sur un banc. J’ai joué sur du déterminé et de l’indéterminé. "

Deux drôles de types adeptes du Boire Fumer Manger. " Tous les rapports sont inversés chez eux. Ils sont ailleurs et ils sont étonnés de ce monde-là. C’est un livre à la fois esthétique, politique et critique. Quand j’écris un roman, je ne sais pas où il va et à un moment les personnages choisissent leur vie. "

Cette Naissance des anges a pris du temps, beaucoup de temps. Douze ans au final. Il faut dire qu’entre-temps, l’auteur a commis bien d’autres ouvrages et publications. "C’est à cause de la structure du livre. Les chapitres sont autonomes mais en même temps, ils construisent le livre."

Je suis amoureux total de Steinbeck. C’est un écrivain fabuleux. Steinbeck et Giono me font écrire…

"Changer le monde, c’est une nécessité"

Au fil de la discussion, Christian se remémore son enfance dans le Bassin. " Quand j’étais gamin, on était des fils d’ouvriers, il y avait des fils de notables, on prenait de mauvaises notes mais j’ai vite compris qu’il y a une différence entre écrire bien et écrire vrai… Mes racines ouvrières m’ont fait me poser des questions esthétiques d’entrée." Rimbaud, Dostoïevski et quelques autres ont fait le reste et lui ont ouvert toutes grandes les portes de l’écriture poétique. Dès l’âge de 19 ans. " J’avais du mal à trouver ma place. J’étais dans une révolte permanente. Je n’aimais pas les poètes poètes et les politiques politiques… Souvent, les petites gens de Decazeville, on s’en est sorti par cette capacité d’inventer pour s’ouvrir de nouveaux horizons", se plaît à souligner celui qui se trouve complémentaire d’un ouvrier, qui aime les gens simples – "simple ne veut pas dire simplifié" – et qui revendique haut et fort que "la littérature, ce n’est pas l’art de la distraction."

Justement, quel regard jette Christian Viguié sur ce monde complètement déboussolé, qui semble parfois nous entraîner irrémédiablement vers le fond. "Le monde capitaliste détruit à la fois les gens et la planète et on n’a pas de réponse. En même temps, je suis un pessimiste joyeux. Changer le monde, c’est une nécessité, mais cela passe par une construction collective. Si on n’est que désespéré, ils ont gagné."

En attendant (espérant ?) des jours meilleurs, Christian Viguié a déjà la plume tournée vers son prochain roman. Un polar qui se déroulera à Decazeville, avec en toile de fond la guerre d’Algérie. Et parmi ses nombreux projets, il continue à contribuer à la revue A.Littérature-Action, qui propose différents regards croisés sur le monde à travers des écrivains d’ici et d’ailleurs.

La naissance des anges, son nouveau roman.
La naissance des anges, son nouveau roman. J.B.

Une certaine idée du bonheur

Autant dire qu’avec Danny et Dvanov, ça déconne, on s’amuse et on rigole pas mal (on trinque aussi…) au gré des pérégrinations et des aventures de ces deux personnages complètement décalés et passablement déjantés, qui se retrouvent dans un monde qui n’est pas vraiment le leur. Et ce dès les premières pages du roman. Dès la (re) naissance des deux compères sur le banc situé en face de l’horloge de la mairie, nés et morts, en d’autres temps, sous la plume de Steinbeck et Platonov. Alors bien sûr c’est parfois moins gai, plus dur, plus cru aussi. On y parle de cruauté, de racisme, de guerre, de politique, de communisme, de capitalisme, des femmes et de sexe bien sûr. Mais le style toujours très poétique, très imagé de Christian Viguié fait que l’on se régale de parcourir un bout de chemin en compagnie de ces deux ostrogoths, qui n’ont que faire de certaines règles de bienséance en société. Chemin faisant, on rencontre plusieurs autres personnages forcément étonnants. Un livre inclassable, un peu barge, pour une véritable ripaille littéraire dont on se délecte avec une certaine idée du bonheur. Un vrai roman de poète. Un beau roman poétique et surréaliste, qui vous laisse une impression de revenez-y, comme un bon verre de vin.

La Naissance des anges, Éditions Les Monédières, 20 €. Damages, Éditions Rougerie, 13 €.
 

 

 

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