Aveyron : pour Gérard Rohmer, "La Covid-19 est entrée dans les failles psychologiques"

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  • Gérard Rohmer rappelle la nécessité des gestes barrières.
    Gérard Rohmer rappelle la nécessité des gestes barrières. repro cpa
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Morosité de novembre, reconfinement, entretien avec Gérard Rohmer, psychiatre et médecin chef de l’Unité d’accueil de diagnostic et d’orientation à l’hôpital Sainte-Marie de Rodez.

Dans quel état se trouve le moral des Aveyronnais ?

Le premier confinement a pu être géré, puis, on s’est mis dedans cet été en loupant le déconfinement. Depuis la rentrée, on constate une reprise augmentée de l’activité psychologique car nous avons cumulé du retard dans les patients et de nouveaux sont arrivés. C’est la grande nouveauté avec cette deuxième vague, la contamination personnelle. La Covid-19 est entrée dans les failles psychologiques de nous tous. Un tableau dépressif s’est réveillé pour ceux qui ont des carences affectives, des deuils, des stigmates de l’enfance, des histoires du passé sont ressorties, et la crise économique qui en découle. La Covid et les conséquences du confinement ont amené cette nouvelle prise en charge avec ce nouveau public, je ne serais pas surpris que ces troubles perdurent. On a du mal à réguler ce profond sentiment d’insécurité et de vulnérabilité, c’est l’incertitude. On est tous un peu perdu, cela fait un siècle qu’on n’avait pas connu ce genre d’épreuve. 

Que préconisez vous ?

Le premier conseil est de ne pas se laisser glisser, garder le rythme de vie, de se lever aux heures régulières, prendre les repas, s’habiller. On constate une augmentation de la violence dans les structures familiales par l’alcool notamment, due à l’anxiété. Il faut garder des temps de liberté psychologique, ne pas regarder la télé en boucle, garder un média sérieux, une lecture qui structure son histoire, cela peut être aussi une photo, un objet pour atténuer ce mécanisme anxieux. 

Quelle est la situation à l’hôpital ?

L’activité est très soutenue, nous sommes dans une situation de tension mais nous ne sommes pas débordés avec la remise en place de l’unité Covid et psychologique. Nous avons deux publics : les patients psychotiques et les patients psychologiques que le confinement accélère, allant jusqu’à l’hallucination. Du côté du personnel soignant, il y a de l’absentéisme mais il n’y a pas d’alerte rouge. On n’interdit pas aux gens de prendre leurs congés. Il faut garder la cohésion des équipes. La solidarité permet de faire face. L’activité psychologique traditionnelle ne régresse pas, on est dans l’inconnu. On en revient à l’incertitude qui créé la dimension d’anxiété. 

Est-ce que l’absence des applaudissements symbolise l’abattement, la lassitude voire la résignation ?

Il y a une forme de résignation car la durée du virus frappe comme un marteau-piqueur. Les applaudissements renvoyaient l’onde de choc. Aujourd’hui, on est tous dans le même besoin. Je pense que la population peut entendre le message des soignants en étant aussi vigilante dans la sphère privée. On ne sort pas d’une pandémie sans le soutien de tous. Le risque est le relâchement à la maison. 

Où trouver l’éclaircie ?

L’espoir viendra par un médicament mais on en revient à l’emballement personnel. La vaccination permet d’être hors d’affaire mais il peut ne pas être performant. La chance que nous avons c’est que tous les scientifiques du monde travaillent en commun pour trouver une solution. On va bien trouver un vaccin, mais l’autre problème sera ensuite de convaincre les Français de le prendre car 40 % d’entre eux sont réfractaires, ce qui me met hors de moi. 

Cela peut se comprendre, il y a eu plusieurs polémiques comme l’hépatite B ou encore le vaccin contre la grippe de Hong Kong en 1969 qui fut un fiasco.

Oui mais il y a beaucoup de "fake news" et regardez pour le risque médical avec la Dépakote, quand un médicament est toxique, cela sort. C’est le paradoxe des Français puisque dans le même temps, on ne trouve plus de vaccins pour la grippe. On en revient à l’angoisse, tout cela n’est pas rationnel. 

Quelles sont les pistes ?

Le virus peut disparaître demain ou jamais. Il faut apprendre à vivre avec le virus en se protégeant tout le temps y compris dans la structure familiale. Il faut savoir que la moyenne des personnes en réanimation est de 55 ans et que des gens gardent des séquelles vasculaires et pulmonaires sans passer par la réanimation. La vie est plus contraignante mais il faut faire les gestes barrières pour se protéger et protéger les autres.

Les résultats montrent que les gestes barrières sont efficaces. Le message d’espoir est là : ça tient pour l’instant. Cela passe par le maintien dans le soin et dans le lien. Par exemple, on accepte de ne pas fêter Noël mais il faut le sapin. Garder les symboles sur nos racines, c’est sécurisant car nous avons besoin de repères. 

22 % 

C’est le pourcentage de Français actuellement anxieux. Habituellement de 13 %, il est monté à 27 % lors du premier confinement. Une étude montre que 6 minutes de marche rapide par jour permettent d’augmenter de 30 % sa bonne humeur et son bien-être.

Olivier Courtil
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