Incendie du Bowling d'Onet-le-Château : "On ne peut pas nier l'évidence"

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  • Me Alain Scheuer,  avocat de la famille Bastide Me Alain Scheuer,  avocat de la famille Bastide
    Me Alain Scheuer, avocat de la famille Bastide
Publié le , mis à jour

Même s’il a nié tout au long de l’audience, Ismaël E. a été condamné à trois ans ferme et deux avec sursis, vendredi soir pour l’incendie du Bowling du Rouergue, datant de 2018.

Je n’ai rien à voir avec cette histoire !". Jusqu’à l’ultime question de la présidente, après plus de six heures d’audience, Ismaël E. n’a cessé de calmer son innocence. Pourtant, dans le dossier de l’incendie du Bowling du Rouergue survenu en 2018, tout l’accuse. Lui-même s’en est d’ailleurs souvent vanté au téléphone, sans savoir qu’il était sur écoute, auprès de ses proches. Et de son ex-compagne tout particulièrement. Dès la nuit des faits, il la réveille. Et l’emmène sur les lieux de l’incendie, où de nombreux badauds assistent alors médusés à un spectacle de désolation. "Tu vois, c’est moi qui ai fait ça !", lui confie-t-il. C’est d’ailleurs elle qui quelques mois plus tard craquera et le désignera comme le coupable devant les enquêteurs. Même si ces derniers avaient déjà remonté la trace d’Ismaël E. depuis un bon bout de temps, grâce à plusieurs images de vidéosurveillance aux abords de l’établissement notamment. Dans cette nuit du 30 juillet 2018, elles montrent à 2 h 51 un homme rôder autour de l’hôtel de la famille Bastide. Muni d’un polo rayé, il est cagoulé, ganté et porte un bidon d’essence dans sa main droite. Quelques minutes plus tard, les premières flammes surgissent. L’individu repart en courant. Le "polo rayé", comme l’appelleront les enquêteurs, est ensuite aperçu à bord d’une voiture sur la rocade de Rodez. Cette voiture, c’est justement celle de l’ex-compagne d’Ismaël E.

"J’avais pour habitude de traîner là-bas, je m’y cachais pour boire et prendre de la cocaïne", explique-t-il devant le tribunal. Sur ses aveux cette même nuit-là à son ex-compagne, "c’était pour me vanter, je voulais faire le voyou". Le hic, c’est qu’il les réitérera devant d’autres personnes plus tard, sans savoir que son téléphone est mis sur écoute. Encore pour "fanfaronner", dit-il. Autre élément du dossier, son téléphone borne également sur les lieux de l’incendie. "J’habite à 500 mètres, c’est normal", répond-il encore. Pour la présidente, "cela fait beaucoup de coïncidences". Et de l’interroger :

"Pourquoi le lendemain des faits, vous partez en Espagne ?

- J’avais prévu des vacances depuis longtemps…

- Vous prenez néanmoins le soin d’éteindre votre téléphone ?

- Il n’avait plus de batterie…

- C’est encore une curieuse coïncidence. Et votre compagne, elle ment aussi ?

- Elle a parlé sous la pression.

- On a également des SMS de votre part dans lesquels vous reconnaissez…

- Je ne sais pas, j’aimais faire le voyou à l’époque et je buvais beaucoup."

La vengeance comme mobile ?

Un véritable jeu de "poker menteur" pour la représentante du ministère public, Esther Paillette. Pour elle, il n’y a pas de doute. Le coupable, c’est Ismaël E, contre qui elle requiert une peine de huit ans de prison. Aucun doute non plus pour la défense et Me Alain Scheuer, conseil de la famille Bastide : "Vous ne cessez de nier l’évidence. On peut mentir à tout le monde mais pas à soi-même. Un jour, vous vous retrouverez seul avec ce poids. Car n’oubliez pas que vous avez enlevé un patrimoine aux Aveyronnais et failli briser une famille entière", a-t-il plaidé.

Reste néanmoins le mobile, lequel était-il ? La vengeance, comme cela a été évoqué ? Quelques mois auparavant, en mars 2018, Ismaël E. s’était vu éconduit de l’établissement à la suite d’une rixe. Le soir des faits, il dira à sa compagne, " ils ont mérité ce que j’ai fait ! ". Son avocat, Me Carmelo Vialette, ne croit pas en cette thèse. " Se venger quatre mois après, je ne comprends pas. Il s’est fait virer de plein d’établissements de nuits et il n’y a pas mis le feu. Ce dossier, c’est Hercule Poirot. Il y a d’autres personnes qui se sont vantées d’avoir commis ce délit, le Bowling du Rouergue a été la cible de nombreuses tentatives d’intimidations avant – fusillade de la façade en 2016, alerte à la bombe, grenades retrouvées sur le toit, lettre de menaces aux gérants, NDLR – et on n’a jamais entendu personne." Avec son casier, ses multiples condamnations pour violences, vols, outrages, son client était "le bon candidat ", conclut-il, lors d’une dernière tirade afin d’instaurer le doute. Mais, après plus d’une heure de délibérations, le tribunal a rendu sa décision : Ismaël E. a été reconnu coupable et condamné à une peine de cinq ans de prison ferme et deux avec sursis. Dans le box des prévenus, le Ruthénois a accueilli cela sans sourciller.

Mathieu Roualdés
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