Valéry Giscard d'Estaing était-il drôle ?

  • Valéry Giscard d'Estaing a été président de la République de 1974 à 1981.
    Valéry Giscard d'Estaing a été président de la République de 1974 à 1981. FRANCOIS GUILLOT / AFP
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(ETX Studio) - Valéy Giscard d'Estaing, comme raconté dans les médias au lendemain de sa mort, était un homme connu pour son humour pince-sans-rire et ses phrases sarcastiques. Elles sont la carapace d'un personnage drôle, parfois malgré lui, qui joue de sa froideur et de son orgueil pour laisser planer le doute : est-ce une blague, ou le pense-t-il vraiment ?

A l'annonce du décès de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing, disparu du Covid à l'âge de 94 ans, les longs hommages affluent, les récits de sa vie sont déroulés ainsi que les échecs et réussites de sa carrière politique, dont un mandat de chef de l'Etat aux réformes très modernes de 1974 à 1981 . Mais sa "carrière" de blagueur demeure encore une énigme.

Le journaliste Patrick Duhamel, au micro de France Inter, ce jeudi 3 décembre au matin, décrit un Valéry Giscard d'Estaing "drôle, dans l'autocritique et l'autodérision." C'est aussi ce dont se souvient Brigitte Bardot dans ses mémoires "Initiales B.B". Elle y raconte une soirée où l'ancien président de la République s'était joint à son groupe d'amis, habitués à jouer aux Ambassadeurs, jeu de mimes incontournable de veillée. VGE, à son tour, se trouva à bondir dans la cuisine, pour y saisir serpillère et balais et incarner la phrase qu'il avait tirée : les sorcières de Salem.

Politique de l'humour involontaire

Cible privilégiée des humoristes et imitateurs, de Thierry Le Luron aux "Guignols" de Canal+, Valéry Giscard d'Estaing s'est distingué à plusieurs reprises au prix de l'humour en politique. Un prix qui récompense plusieurs politiciens chaque année pour leurs phrases humoristiques, volontaires ou non. En 1995, l'ex-chef de l'Etat remporte le deuxième prix de ce concours pour sa phrase adressée la même année à la Première ministre du Pakistan Bénazir Bhutto : "Votre peuple a eu l'intelligence de vous élire deux fois." Signe d'une légère amertume, toujours pas digérée et passée sous l'autodérision, de sa défaite face à François Mitterrand aux élections présidentielles de 1981.

En 2005, il réitère et ancre sa place de politicien "marrant" en remportant le prix Spécial du Jury pour l'ensemble de son œuvre, mais aussi, et particulièrement, pour deux phrases au sujet du projet de Constitution Européenne : "C'est un texte facilement lisible, limpide et assez joliment écrit : je le dis d'autant plus aisément que c'est moi qui l'ai écrit" et "C'est une bonne idée d'avoir choisi le référendum, à condition que la réponse soit oui."

Giscard est devenu drôle malgré lui. Et sa fameuse allocution télévisée en guise de message d'adieu aux Français en 1981 en est l'exemple parfait. Une séquence où on le voit disparaître très lentement à l'écran précédé d'un "au revoir" ému et d'une chaise laissée vide en premier plan. Cette scène se décline aujourd'hui en mème sur les réseaux sociaux

D'une froideur sarcastique

Pourtant, l'homme est décrit ce jeudi 3 décembre dans les nombreux articles et récits retraçant sa vie, comme une personne plutôt froide. "Incapable de caresser les élus dans le sens du poil", comme l'explique l'un de ses fidèles au Parisien. Incapable aussi d'être populaire auprès des Français après qu'il l'ait élu en 1974 et communicant peu habile malgré ses quelques phrases remarquées et son sens de l'humour.

Une froideur sarcastique, qui s'illustre par exemple dans sa relation électrique avec Jacques Chirac, autre ex-président de la République jusqu'aux obsèques de ce dernier. VGE aurait dit selon l'Express lors de la cérémonie à l'Église de Saint-Sulpice, le 30 septembre 2019 : "Chirac était toujours en retard, eh bah ça continue." Une épaisse couche de sarcasme recouvrant un Valéry Giscard d'Estaing drôle, mais orgueilleux.

Relaxnews
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