A 80 ans, Marie-Françoise Français vient à bout des 1515 km du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle

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  • Marie-Françoise, ici bien entourées après la traversée des Pyrénées.
    Marie-Françoise, ici bien entourées après la traversée des Pyrénées. MFF
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Pour ses 80 printemps, Marie-Françoise Français s’est offert les 1 515 km du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Seule, à pied, lestée d’un sac à dos de 8 kg... elle revient sur son périple de 68 jours entre Le Puy-en-Velay et Santiago en Espagne : "une expérience inoubliable" pour la Millavoise qui nous raconte son chemin. .

Le départ

Ce qui m’a décidée ? L’expérience d’amis qui avaient fait le même parcours voilà quelques années. Avec eux, j’ai aussi parcouru le chemin entre Sestas et Saint-Jean-Pied-de-Port. Là, je me suis dit, ma petite vieille, tu es capable de te lancer ! Pendant un an, j’ai préparé le voyage, j’ai lu des bouquins sur le sujet, j’ai consulté des guides, internet…

Pour moi en revanche, il était impensable de n’en faire qu’une partie. Pour moi le chemin, c’était vraiment de partir avec mon sac à dos, du début à la fin. Même si, Dieu le sait, ça a très mal commencé.

Appel au secours

Le jour du départ, j’ai assisté à la messe des pèlerins en la cathédrale du Puy. Nous n’étions pas très nombreux, mais quand ils ont ouvert les portes, il y a vraiment quelque chose qui se passe ! On se pose beaucoup de questions. Vais-je réussir ? Serais-je capable de suivre le chemin ? C’est aussi ce premier jour où j’ai vraiment souffert. Je n’avais que 15 km à parcourir et pourtant, la première côte à la sortie du Puy m’a énormément fait souffrir. Je me suis traitée de vieille prétentieuse à plusieurs reprises (rires) avant d’appeler mon amie à l’aide. J’avais besoin d’être boostée, besoin que l’on mette un peu de courage dans mes chaussures. Et finalement j’y suis arrivée.

"Miam Miam, Dodo"

C’était ma bible. Le fameux guide du pèlerin qui compile toutes les adresses utiles sur le chemin. Les gîtes en particulier. Ce fut un compagnon fidèle. Tous les matins, j’appelais pour réserver un couchage pour le soir même. Je n’avais rien préparé de plus. La fleur au fusil, je le reconnais… Tout ça est sans doute lié à l’inconscience de la vieillesse (rires)… mais j’ai toujours réussi à me loger. C’est aussi dans ces gîtes que j’ai fait des rencontres extraordinaires.

Le chant du pèlerin

La météo était très clémente. Étonnamment, je n’ai trouvé la pluie qu’en Aveyron. Entre Estaing et Conques. Et je dois dire que pour ce premier jour de pluie, je me suis éclatée. Tout me rappelait ma jeunesse, quand avec mes petits camarades, nous arrivions à l’école trempés comme des soupes. J’ai chanté toute la journée. J’étais seule, je ne gênais personne (rires). J’adore ça. Dans la famille, le chant a toujours beaucoup compté chez nous. Mon père dirigeait la chorale. La musique est une partie intégrante de nos gènes. Donc je chantais, notamment le chant des pèlerins, tous les matins : "Tous les matins nous prenons le chemin, Tous les matins nous allons plus loin. Jour après jour, la route nous appelle, C’est la voix de Compostelle. Ultreïa ! Ultreïa !" Je chantais aussi le soir, en fin d’étape quand c’était un peu plus difficile.

Je chantais de vieux chants de ma jeunesse, ou je pensais très fortement à la personne pour qui je marchais.

Car tous les jours j’ai marché pour quelqu’un… Pour quelqu’un de ma famille, des amis, des proches. Je suis croyante mais pas pratiquante. C’était donc pour moi une façon de prier, ma façon de prier, ! Ça m’a aidé, beaucoup… et j’espère que ça les a aidés aussi !

Facebook

J’ai ouvert un compte à mon retour pour continuer d’échanger avec ceux que j’ai croisés sur le chemin. J’ai fait des rencontres exceptionnelles en France comme en Espagne. La barrière de la langue n’a jamais été un problème. Avec un mélange de Français, d’Espagnol et d'Anglais, on arrive toujours à se comprendre (rires). Depuis mon retour, j’ai d’ailleurs, c’est assez incroyable, était contactée par plusieurs journalistes. Je prévois aussi de retrouver mes amis très prochainement.

Pleurer

En partant, je ne savais pas trop ce que je cherchais, si ce n’est, c’est un peu ridicule quand j’y pense, que je voulais arriver à Saint-Jacques et savoir pleurer. Je suis d’une génération ou peut-être d’une famille où il ne fallait pas montrer ses sentiments. Surtout ne pas se déboutonner, disait-on.

Mais au fur et à mesure du chemin, je me suis demandé si c’était vraiment ça le plus important dans la vie : pleurer est libérateur certainement. Mais ce n’est pas véritablement ça qui va me guider. Au fur et à mesure du chemin, je me suis rendu compte en revanche que je voulais me consacrer aux autres. Le temps qu’il me reste à vivre – je suis quand même sur la pente descendante (rires) – j’aimerais être hospitalier : vous allez aider dans les gîtes pèlerins bénévolement, soit faire de l’écoute, téléphonique. Je ne sais pas encore mais je sais par contre que j’ai encore envie de bouger ! Je pars d’ailleurs au Portugal dès l’année prochaine pour un mois et demi de randonnées. J’ai envie de visiter Lisbonne, ça va être formidable !

Aventure

Ce fut véritablement une belle aventure, extraordinaire jusqu’au dernier jour, à mon arrivée à Santiago où j’ai retrouvé toutes les personnes qui ont compté pour moi durant le chemin. Un regret ? Peut-être n’avoir pas dormi à la belle étoile. Mais ce n’est que partie remise.

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Propos recueillis par Aurélien Delbouis
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