La distance géographique et l’informatique sont les deux freins à la vaccination

  • Les équipes soignantes ont vacciné à tour de bras, ce mercredi, à l’hôpital de Millau.
    Les équipes soignantes ont vacciné à tour de bras, ce mercredi, à l’hôpital de Millau.
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Les personnes de plus de 75 ans concernées par la vaccination depuis lundi rencontrent certaines difficultés pour recevoir leur dose, au-delà des complications pour prendre rendez-vous.

Franchir les portes de la plateforme Doctolib pour prendre rendez-vous est une première étape. Pour une personne née avec un ordinateur ou un smartphone dans les mains, la manœuvre est simple. Elle ne l’est pas forcément pour la population de plus de 75 ans concernée par la vaccination depuis lundi. Erica (1), venue au centre de Millau ce mercredi, a reçu les indications de son fils qui s’est chargé de toutes les formalités à distance. "J’ai reçu la confirmation mardi par téléphone, mais je n’ai pas réussi à appuyer sur le bouton pendant l’appel, je ne sais pas si je suis inscrite", témoigne la femme, hagard dans le couloir de l’hôpital. En Sud-Aveyron, certains rencontrent une autre barrière, celle de l’éloignement géographique. Pour tout le territoire, un seul centre, celui de l’hôpital de Millau, pour lequel il était impossible de prendre rendez-vous. Quand la famille est loin, l’ADMR est une solution. "Nous travaillons déjà avec des ordinateurs lorsqu’il s’agit de stimuler la mémoire des gens, témoigne Joëlle Rives, présidente de l’ADMR Tarn et Causses. Nous aidons déjà à la prise de rendez-vous chez le médecin, donc pour le vaccin il n’y a pas de soucis." À ce jour, le personnel accompagne dans les démarches administratives, sans influencer le choix des clients. "On leur communique un numéro pour qu’ils prennent rendez-vous, explique Marie-Lucie, employée de l’ADMR Tarn et Causses. Pour les personnes qui n’ont pas internet, on leur conseille de passer par le numéro, on ne leur prend pas rendez-vous sur la plateforme. Pour les personnes sous tutelle, on le communique avec le tuteur ou la tutrice. Une fois que le rendez-vous est pris, on peut les accompagner au centre de vaccination."

Une démarche qui prend du temps

Pour Marthe Galera, patronne de l’entreprise d’aide à domicile Ma+12, ce n’est pas encore le cas. "Nous avons monté un dossier que nous avons déposé au Département, nous attendons un retour d’ici quinze jours, explique la cheffe d’entreprise. Pour l’instant, notre champ d’action est limité." Sans aide à domicile, le déplacement depuis les contrées les plus reculées est difficile. Problématique sur laquelle s’est penché Jean-Marc Calvet, président de l’association des maires de l’Aveyron. "Nous imaginons travailler avec les services sociaux pour qu’ils recensent les personnes isolées dans chaque commune, explique-t-il. On ne sait pas si c’est mieux de payer un VSL (véhicule sanitaire léger) pour amener les personnes au centre de vaccination, ou amener le vaccin à eux directement."

Quand Benjamin Arnal, délégué de l’ARS en Aveyron, complète : "L’idéal serait d’installer des centres de vaccination éphémères à des endroits où plusieurs personnes dans le besoin ont été recensées."

Famille et collectivités locales

Région et Département sont sur le coup. Jean-François Galliard, le président du conseil général de l’Aveyron, a imaginé transporter la dose directement au patient.

"Nous avons déjà proposé de vacciner avec nos propres équipes, les personnes dans les établissements qui sont sous notre tutelle", admet-il.

Une fois cette tâche terminée, "nous avons proposé à la préfète cette même brigade mobile pour les personnes isolées".

À l’inverse, Carole Delga a mis en place "un transport à la demande pour les personnes isolées". Via le réseau Lio, il est possible de réserver une navette, la veille pour le lendemain, entre le domicile et le centre de vaccination. À condition d’avoir un rendez-vous au préalable. Mais pour l’instant, le système D est privilégié. "Les personnes se font généralement aider par la famille ou les voisins", témoigne Christine Bertrand, habitante de Curan. C’est le cas d’Alain, qui patiente ce mercredi dans la longue file d’attente du centre hospitalier de Millau.

Il est venu de Montclar avec sa mère et son père, âgés de 87 et 92 ans. "Je me suis occupé des démarches sinon ça aurait été compliqué pour eux, détaille-t-il. C’est allé assez rapidement. Je m’y suis pris dès que la plateforme a ouvert."

Ses parents font partie des 150 personnes qui ont reçu leur première dose ce mercredi.

(1) Le prénom a été modifié.

maxime cohen
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