Paris, ses limites et ses forces face au Covid

  • Paris a été particulièrement touché pendant la première vague du Covid.
    Paris a été particulièrement touché pendant la première vague du Covid. Brasil2 / Getty Images
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(AFP) - Particulièrement touchée pendant la première vague du Covid, Paris a montré les limites de la répartition de ses espaces mais aussi l'importance de son tissu commercial. La directrice de l'Atelier parisien d'urbanisme, Dominique Alba, revient sur les forces et faiblesses de la capitale.

Quelles ont été les faiblesses de Paris?

"Pendant le premier confinement, ce qui a montré ses limites, c'est le modèle de la ville découpée en quartiers en fonction de l'usage: les quartiers d'affaires étaient vides, tandis que ceux d'habitation étaient saturés.

Les effets sur les services sont négatifs puisque d'un côté, dans les quartiers professionnels, il n'y avait plus de demande de service, et de l'autre, il n'y avait pas assez d'offres de services.

Comme dans beaucoup de très grandes villes où le besoin d'espace est impérieux pour les habitants, il devient nécessaire d'arrêter le modèle de la ville découpée en quartiers en fonction de leurs usages. A terme, il faudra, par exemple, avoir des bâtiments qui permettent d'accueillir du bureau ou du logement et soient mutables facilement de l'un vers l'autre."

Paris, où vivent 2,3 millions d'habitants et se croisent plus de 3,5 millions d'autres, est-elle plus vulnérable aux épidémies par sa taille?

"Les chiffres de surmortalité confirment que bien davantage que la densité, ce sont les conditions de vie et de ressources qui sont des facteurs aggravants en cas de pandémie.

La suroccupation des logements est un facteur aggravant. Souvent, ces logements sont occupés par des personnes avec des revenus les plus faibles, dont l'emploi contraint aux déplacements, qui prennent les transports en commun et se contaminent ou contaminent les autres dans des espaces de promiscuité.

Le nord-est de la capitale, où les populations concentrent ces facteurs de risque, a été particulièrement touché comme la Seine-Saint-Denis."

Votre organisation est publique et travaille avec la Ville de Paris, quelles sont les orientations que vous envisagez pour la capitale?

"La question du rythme, la quête de temps, l'envie de ne pas courir, et de fil en aiguille, le concept de la ville du quart d'heure ou de la demi-heure se sont imposés dans la réflexion.

Il devient nécessaire de sortir de l'heure voire de l'heure et demie de transports, entre le domicile et le travail, qui est devenue insupportable. Il faut poursuivre cet objectif: pouvoir habiter, travailler, s'approvisionner, apprendre, s'épanouir et être en forme dans une échelle de temps qui permet d'être, à pied ou à vélo, à un quart d'heure de ces 6 fonctions sociales urbaines.

Mais il faut aussi retrouver des usages passés, retrouver un urbanisme humaniste, comme au début du XXe siècle, avec des cités jardins, par exemple."

La "ville du quart d'heure", c'est celle qui offre tout à un quart d'heure de chez soi, commerces, travail, écoles, services publics... Où en est-on à Paris?

"En limitant l'ouverture des commerces aux commerces de première nécessité, la crise sanitaire a alerté sur l'importance de disposer de cette offre pour les habitants.

Paris est la ville qui offre le plus de commerces par habitant (28 commerces pour 1.000 habitants contre 17 à Lyon). 100% du territoire est couvert!

Mais la crise a accentué des zones de carence en commerces de première nécessité abordables dans certains secteurs, comme le nord-est et les quartiers proches du périphérique. Quand les marchés de plein air ont été fermés, une partie de la population n'avait plus accès aux produits frais à des prix supportables parce qu'ils n'avaient plus accès qu'à des supérettes, trop chères pour leur budget."

Relaxnews
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