Rodez. Pour Jean-Louis Chauzy, c'est "l’année de tous les dangers" pour l'industrie aveyronnaise

  • Jean-Louis Chauzy.
    Jean-Louis Chauzy.
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Propos recueillis par Mathieu Roualdés

Président du Conseil économique, social et environnemental (Ceser) de la Région, le Ruthénois fait part de son inquiétude pour les sites industriels du département, Bosch et Sam en premier lieu.

Crise à Bosch, crise à Sam… L’industrie aveyronnaise n’est pas franchement au beau fixe depuis plusieurs années. Ces dernières semaines et ces derniers jours ont une nouvelle fois apporté leurs lots de mauvaises nouvelles, malgré la révélation du projet Verkor et de sa "gigafactory" de batteries électriques auquel l’agglomération ruthénoise fait les yeux doux. Dans ce contexte, Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique, social et environnemental (Ceser) de la région Occitanie, a invité la presse hier pour brosser l’actualité de l’année 2021 qu’il considère comme "celle de tous les dangers". Entretien.

L’avenir du diesel ne cesse de s’assombrir et la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, l’a une nouvelle fois fait entendre aux syndicats de Bosch, ce jeudi lors d’une visioconférence (lire notre précédente édition). Vous appelez depuis plusieurs années à la diversification de l’usine castonétoise. Est-ce aujourd’hui une urgence ?

Oui, ça l’est. Mon appréhension actuelle, c’est qu’on arrive d’ici peu de temps avec un Bosch au même niveau qu’en 1971 quand il s’est installé sur l’agglomération, c’est-à-dire avec 800 salariés (1 350 actuellement, NDLR)… Je rappelle qu’il y a peu, la direction du groupe a parlé pour la première fois d’une possible fermeture du site, on ne s’y attendait pas car elle nous avait toujours promis le contraire. Aujourd’hui, je demande à cette direction qu’elle traite son usine aveyronnaise comme celles de l’Allemagne. On ne peut pas envisager de fermer une usine avec autant de savoir-faire et de labels. Pour éviter cela, il faut sortir du diesel et diversifier l’activité.

Malheureusement, le mot de diversification ne cesse de revenir au premier plan mais les actes, eux, se font inlassablement attendre…

Aujourd’hui, une trentaine d’ingénieurs du site Bosch travaillent à cette diversification. Il y a des pistes, la Région porte celle de l’hydrogène par exemple.

Mais la culture Bosch, c’est une certaine arrogance et surtout le monoproduit coûte que coûte. Ils ne semblent pas vouloir s’intéresser à l’aéronautique, ni autres. Alors qu’on sait très bien que leur stratégie actuelle de départs en préretraite ne peut tenir sans une véritable diversification.

Nous révélions cette semaine que Rodez est en lice pour accueillir une "gigafactory" de batteries électriques, avec près de 2 000 emplois à la clé comme l’annonce le porteur de projet, Verkor. Il souhaite signer un partenariat avec l’usine Bosch, cela peut-il être une lueur d’espoir, voire plus ?

Les discussions sur ce projet viennent à peine de commencer. et on ne connaît toujours pas le "business plan" de cette entreprise. C’est légitime que Rodez se positionne sur ce projet même si les Hauts-de-France paraissent bien plus avantagés. Et je ne pense pas que ce soit une réponse immédiate pour l’enjeu de Bosch. Tout se joue dans les deux années à venir et une usine de cette ampleur ne se construira pas à l’horizon 2023 comme cela a été annoncé. Ne serait-ce que pour l’acquisition du foncier, l’Agglomération en a pour plusieurs années…

La Région n’a-t-elle pas néanmoins tout intérêt à appuyer ce projet et la candidature ruthénoise ?

Bien entendu mais comme je l’ai dit, les négociations viennent seulement de débuter et comment créer un plan industriel en si peu de temps ? Laissons faire les industriels, la conclusion leur appartient. C’est aujourd’hui Renault qui a la clé pour la création de cette "gigafactory", pas Verkor. N’oublions pas également que les batteries électriques sont présentées aujourd’hui par certains spécialistes comme le futur scandale du XXIe siècle ! Comment les recyclera-t-on ? En les envoyant en Afrique ? La batterie électrique n’a un véritable avenir que si elle est décarbonée, sinon ça finira certainement comme le diesel.

Ce jeudi, près de 700 personnes se sont réunies devant l’usine Sam à Viviez. Le tribunal de commerce a fixé au 15 février la date butoir pour les offres de reprise. êtes-vous inquiets là également pour les 365 salariés ?

Ce qui me chagrine, c’est qu’à l’époque, la Sam était reconnue de tous, c’était la première visite du préfet en Aveyron ! C’est un fleuron de notre industrie. Quand les Chinois (Jinjiang) sont arrivés il y a deux ans, j’avais dit qu’il ne fallait pas applaudir des deux mains : ils n’ont finalement rien fait et c’était prévisible.

J’étais en contact avec Patrick Bellity (ancien PDG du groupe Arche) pour son intérêt de reprise, la CGT n’en a pas voulu. Il était, selon moi et selon l’État d’ailleurs, un candidat sérieux même s’il a pu faire des erreurs d’investissement à l’époque pour le site. Aujourd’hui, il y a un possible repreneur espagnol sur le coup. Il faut voir en espérant qu’il n’est pas pour projet de ne reprendre qu’un salarié sur deux comme l’ont indiqué les syndicats.

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