Sud-Aveyron : alors qu'un agriculteur crie au détournement de fonds, les parties se défendent

Abonnés
  • Jean Galzin se plaint de divers éboulements. Ses opposants estiment qu’il en est le responsable.
    Jean Galzin se plaint de divers éboulements. Ses opposants estiment qu’il en est le responsable. C. G.
Publié le , mis à jour

L’affaire a vingt ans d’âge. Dans l’équation : un agriculteur, la maire d'Ayssènes et un chef d’entreprise.

De l’eau aurait dû couler sous les ponts. Pourtant, de cet orage du 13 juin 2000, il reste, selon Jean Galzin, agriculteur à La Fabrié, à Ayssènes, de nombreux stigmates. Au-dessus de sa bergerie, où sont abritées 180 brebis destinées à la viande, passe une route communale qui, depuis, menacerait de s’écrouler. "Les intempéries de l’époque ont fragilisé le talus, estime-t-il. Nous avons régulièrement des éboulements. Nous avons même dû retirer un poteau du hangar et réduire le bâtiment de cinq mètres. Autrefois, j’avais un passage. Je pouvais faire le tour en 4 X 4. Aujourd’hui, ce n’est plus possible."

Jean Galzin, qui était à l’époque conseiller municipal, garde précieusement un dossier qu’il a agrémenté avec le temps de différents courriers. En ce début mars, l’homme ressort une facture acquittée de 143 258 francs (qui correspondent à 28 168 €, selon l’Insee, NDLR), de 2001, à destination de la société de travaux publics Jacques Arlès. Il était ainsi prévu "des travaux sur la voirie communale sur le secteur de La Fabrié suite aux orages du 13 juin 2000", comme le précise le document. "La Fabrié, c’est ici, pas ailleurs et rien n’a été fait", assure Jean Galzin.

Jean-Noël Verdier, président de la Coordination rurale de l’Aveyron, dont Jean Galzin est adhérent, soutient qu’il y a bel et bien "une escroquerie, un détournement de fonds. Il y avait des subventions du Conseil général et de l’État qui ont été utilisées pour faire autre chose. Il convient de s’interroger alors que, plus bas, aux Deux-Aygues, des travaux ont été effectués sur des terrains privés…" L’allusion est forte, puisque le lieu-dit des Deux Aygues est le hameau familial de la maire de la commune. Au-dessus de chez lui, l’éleveur tient également à montrer les grumiers, chargés de leur cargaison, qui vont et viennent, sans restrictions, sur ce petit bout d’asphalte.

Aucun tribunal saisi

Sollicitée, Marie-Chantal Bou-Calmes, l’édile d’Ayssènes depuis 1995, s’interroge sur la temporalité : "Ça fait vingt ans ! Pourquoi ressortir cette histoire maintenant ? Si une facture a été payée, c’est que des travaux ont été effectués. S’ils ne plaisent pas à M. Galzin, je n’y peux rien. Pour moi, c’est terminé."

Jacques Arlès, qui a eu en charge les travaux en 2001, et que les habitants de Saint-Rome-de-Tarn ont élu maire en 2020, s’oppose à la version de son détracteur : "Avec l’orage de l’époque, une vague s’était formée et avait emporté la route jusqu’en bas, au pont des Deux-Aygues. En plus de nombreuses tâches, le gros du travail s’est naturellement porté sur ce secteur et notamment chez l’oncle de la maire."

Jean-Luc Vayssettes, directeur des services techniques de la Communauté de communes Muse et Raspes du Tarn, dresse même une autre chronologie : "Les désordres au niveau de cette route communale sont antérieurs à l’orage de 2000. Jean Galzin a fait des travaux de terrassement dans les années 1980 pour construire sa bergerie. Il a alors gratté sous la route. Le talus était bien trop pentu. C’est pour ça qu’il fout le camp."

En vingt et un ans, aucun tribunal n’a jamais été saisi par l’agriculteur d’Ayssènes. "Ils m’ont roulé dans la farine depuis des années", se justifie-t-il. "Il pensait que cette affaire allait se régler à l’amiable, le défend Jean-Noël Verdier. Il a été naïf et abusé dans sa naïveté. Le problème, c’est qu’ils sont tous plus ou moins parents." Ce que confirme Jacques Arlès : "Il est difficile de savoir ce qu’il y a derrière toute cette affaire. Je crois qu’il y a des histoires de familles."

En ce sens, une conciliation est en cours entre la Communauté de communes, qui a récupéré la compétence voirie, et Jean Galzin.

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
1€/mois
Célian Guignard
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?