Campagnac : Grégory Badoc, la passion tranquille d’un jeune chevrier

  • Légende.	Crédit
    Légende. Crédit
  • Quelque 300 chevrettes ont rejoint l’exploitation familiale et finissent la mise-bas ces jours-ci.	Lola Cros Quelque 300 chevrettes ont rejoint l’exploitation familiale et finissent la mise-bas ces jours-ci.	Lola Cros
    Quelque 300 chevrettes ont rejoint l’exploitation familiale et finissent la mise-bas ces jours-ci. Lola Cros Repro CP
  • Grégory Badoc, la passion tranquille d’un jeune chevrier
    Grégory Badoc, la passion tranquille d’un jeune chevrier
Publié le , mis à jour

Il n’avait que 20 ans quand il s’est installé sur la ferme familiale, à Campagnac. Quatrième génération à faire vivre l’exploitation, il a récemment diversifié l’élevage de vaches allaitantes avec des chèvres laitières. Soucieux de "bien faire" sa part du métier, le jeune agriculteur partage aussi les doutes et réflexions qui le traverse chaque jour, au cœur d’un milieu agricole fragilisé.

L’air de rien, Grégory Badoc mesure ses mots. Quatrième génération à vivre sur l’exploitation familiale, il connaît le métier sur le bout des doigts. L’incarner a toujours été "une évidence". Pourtant le jeune homme, de tout juste 24 ans, sait son milieu professionnel scruté de près : "Mon vocabulaire a changé, je réfléchis à deux fois quand je parle de l’élevage parce que j’ai peur de me retrouver au milieu d’une polémique. C’est peut-être bête à dire."

Dans le village de Campagnac, deux fermes appartiennent au Gaec constitué de Didier Badoc, son père, Jeanine Puel, une cousine, et Grégory Badoc. Deux fermes historiquement dédiées à l’élevage de vaches allaitantes Limousine auxquelles Grégory a récemment ajouté une chèvrerie.

"L’administratif m’a coupé les ailes"

"La filière caprine a le vent en poupe, alors que celle des vaches est profondément fragilisée, explique l’intéressé. Dans le coin, je connais plusieurs fermes qui ont choisi aussi de faire du lait de chèvres. Surtout nous avions une vieille étable avec une vingtaine de vaches laitières. Nous étions à un tournant où nous devions investir lourdement si nous voulions développer l’activité, les faire pâturer et rénover l’étable. Nous avons fait le choix d’arrêter cette partie-là et de me permettre de développer l’activité caprine."

Ainsi, Grégory Badoc a investi une nouvelle parcelle et construit une chèvrerie qui accueille depuis quelques mois 300 chèvres blanches de race Saanen. Soucieux de rendre le bâtiment autonome en eau et en électricité, le jeune éleveur s’est heurté à des galères administratives. En attente de subventions depuis plus d’un an, et au vu de l’investissement réalisé, il dit avoir eu "les ailes coupées". "Cet épisode m’a vraiment montré que le métier avait changé, explique-t-il. Aujourd’hui, entre les traites du matin et du soir, je passe mon temps sur des dossiers administratifs. C’est pour ça que je retarde quelques projets et que je freine mes idées. J’en ai plein qui se bousculent pourtant."

"Ma plus grosse crainte : le dérèglement climatique"

Passé par un bac pro agricole au lycée Terre Nouvelle de Lozère puis par un BTS, Grégory Badoc est officiellement installé depuis quatre ans sur l’exploitation. Bientôt, son frère cadet de 19 ans et branché mécanique, Jérémy, les rejoindra. "À mon frère et ses copains, je leur répète souvent de faire attention, de se poser les bonnes questions pour ne pas rater leur installation, reprend Grégory Badoc. Au lycée, on nous prépare à ça mais on est loin de la réalité. En plus, tout est incertain : à commencer par le dérèglement climatique, ma plus grosse crainte. C’est pour ça que je veux être autonome en énergie au maximum. Et puis même pour la vie perso, s’installer sur une terre, ça veut aussi dire ne pas en bouger facilement. Moi, ça va parce que tous mes amis du village sont agriculteurs. Au lycée, on veut tous être agriculteurs aussi donc on se motive dans ce sens. Mais quand on voit des jeunes de notre âge à 35 h avec un salaire confortable, on peut douter de notre choix. Moi, en un an, je n’ai manqué qu’une demi-journée de travail sept jours sur sept. C’est mon choix, mais j’ai souvent des moments de doute. Notamment quand je me suis lancé dans ce projet de chèvrerie, je connaissais l’enjeu."

Fort de l’expérience paternelle, Grégory Badoc espère insuffler un petit vent de nouveauté sur la ferme. "J’essaie des associations de cultures, je questionne quelques choix de mon père, et on finit toujours par trouver une solution à mi-chemin", confie-t-il, bien conscient que des décalages séparent les deux générations : "Disons qu’on a chacun notre partie : lui les vaches, moi les chèvres."

"Tout le monde a son rôle à jouer"

Pourfendeur d’un élevage de montagne, d’une complémentarité des espèces et de la protection de l’environnement, Grégory Badoc se plaît à répéter son mantra : "La richesse est dans la diversité". Et d’expliquer : "Il faut de l’élevage, du maraîchage, de la transformation directe comme des intermédiaires, il faut défendre l’agriculture extensive sans supprimer l’intensive : tout le monde a son rôle à jouer." Dans son discours, nuancé et apaisé, le jeune agriculteur dit cultiver le "souci" de bien faire sa part du métier. À l’aube de sa carrière, il sait déjà que son travail "n’est plus difficile physiquement, grâce la mécanisation, mais c’est mentalement que ça se joue désormais. C’est dans la tête que l’usure est la plus nette, et il faut faire attention à ça : à la pression financière, administrative, à celle des fournisseurs et maintenant en plus des consommateurs."

 

 

Lola os
Voir les commentaires
Réagir

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?