Des scientifiques transforment la forêt de Chantilly en laboratoire géant

  • Des bénévoles prélèvent des éléments dans la forêt de Chantilly : bourgeons, insectes, racines... Ces échantillons seront ensuite analysés par des scientifiques de l'INRAE, dans le cadre d'un vaste projet visant à protéger ce massif forestier.
    Des bénévoles prélèvent des éléments dans la forêt de Chantilly : bourgeons, insectes, racines... Ces échantillons seront ensuite analysés par des scientifiques de l'INRAE, dans le cadre d'un vaste projet visant à protéger ce massif forestier. Domaine de Chantilly
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(ETX Studio) - "Ensemble, sauvons la forêt de Chantilly" : derrière ce slogan se cache un projet d'une envergure inédite porté par des scientifiques et des citoyens bénévoles. L'objectif ? Prédire l'évolution de cette forêt emblématique au cours des 50 prochaines années, afin de la rendre plus résistante au changement climatique.

Le massif forestier de Chantilly souffre. Ses arbres, durement éprouvés par le changement climatique, se meurent. À tel point que ce site situé à une trentaine de kilomètres de Paris, à cheval entre l'Oise et le Val-d'Oise, pourrait disparaître d'ici une cinquantaine d'années. C'est précisément pour éviter ce scénario que le collectif  "Ensemble, sauvons la forêt de Chantilly" a vu le jour fin 2020. 

Un projet de grande ampleur réunissant une quarantaine de scientifiques de France et de Navarre a été lancé en novembre 2020. Le but est d'étudier de fond en comble les espèces de cette forêt et leur résistance face au dérèglement climatique, afin de mieux les protéger. Entretien avec Laurent Saint-André, directeur de recherche au centre INRAE de Nancy, qui pilote le projet. 

Chantilly n'est pas l'unique massif forestier de France menacé par le changement climatique. Pourquoi ce site plutôt qu'un autre ? 

La forêt française est, comme toutes les forêts européennes, en pleine expansion. Elle contribue énormément à la captation de carbone atmosphérique. Il y a donc un enjeu fort, car nous n'avons jamais autant eu besoin d'elle depuis le Moyen-âge, mais elle est dans le même temps fortement impactée par le changement climatique.

La forêt de Chantilly est confrontée à la fois aux épisodes de sécheresses, à des sols moins fertiles que ce l'on pourrait croire, à l'invasion de hannetons qui mangent les racines et les feuilles des arbres… Elle est donc emblématique de toutes les problématiques actuelles auxquelles est confrontée la forêt française.

C'est de surcroît une forêt périurbaine, source de bien-être et synonyme d'instants récréatifs pour un grand nombre d'entre nous. Des paramètres qui n'ont peut-être jamais été aussi importants depuis la pandémie, surtout lorsqu'il faut se confiner dehors ! 

En quoi consistent les grandes lignes de votre projet ? 

L'ensemble de la forêt de Chantilly a d'abord été entièrement passé en revue par l'Office national des forêts afin d'évaluer le fonctionnement global de son écosystème. Des fosses creusées entre 2 et 4 mètres de profondeur vont aussi nous permettre d'observer le mouvement des sols et des racines.

Nous avons également effectué les prélèvements de matériaux dans la forêt de Chantilly (écorces d'arbres, fleurs, racines, terre, feuilles, insectes, etc.) entre le 15 mars et le 2 avril, grâce à l'aide précieuse de 110 bénévoles. Ces échantillons vont nous aider à apprendre les leçons du passé, d'enregistrer ce qu'il se passe actuellement dans la forêt, puis d'en déduire une évolution future. 

L'objectif ultime est de pouvoir continuer à assurer une forêt aux Franciliens durant les 50 années à venir. Les espèces forestières sont normalement capables de résister au changement climatique ou de migrer. Mais les bouleversements actuels sont si rapides qu'elles ne sont plus capables de le faire naturellement. Il faut donc les aider. 

La phase de terrain vient donc de s'achever. Quelle est la prochaine étape ? 

Les échantillons de la forêt de Chantilly vont maintenant être analysés en laboratoire à travers toute la France. Nous allons par exemple travailler à partir de prélèvements de chêne et essayer de reconstituer chaque partie de l'arbre, du coeur à l'écorce : celle détruite par les hannetons, par la sécheresse, par la fertilité du sol, etc. Les premiers résultats sont attendus courant juin-juillet.

Mais nous ne pouvons bien sûr pas attendre d'avoir toutes les conclusions de nos travaux pour agir. C'est pour cette raison que nous avons déjà mis en place des plantations expérimentales à partir d'espèces forestières provenant de pays méridionaux (chênes, résineux, etc.), afin de déterminer comment elles vont s'adapter à la forêt de Chantilly. 

Relaxnews
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