Françoise Hardy, un lien "indestructible" avec Jacques Dutronc

  • "Chansons sur toi et nous" de Françoise Hardy est sorti le 10 mars dernier. "Chansons sur toi et nous" de Françoise Hardy est sorti le 10 mars dernier.
    "Chansons sur toi et nous" de Françoise Hardy est sorti le 10 mars dernier. Courtesy of Editions des Equateurs
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(AFP) - "Notre lien me semble indestructible": ainsi parle Françoise Hardy de Jacques Dutronc, inspirateur de ses plus belles chansons sur un amour tourmenté, comme elle l'évoque dans son livre "Chansons sur toi et nous".

L'artiste de 77 ans, dont la vie "est devenue un cauchemar" après avoir été soignée pour un cancer du pharynx, a répondu par mail à l'AFP pour évoquer son ouvrage (éditions des Equateurs) et son parcours.

Vos meilleures chansons sont autobiographiques. Apaisaient-elles ?

"Cela m'a fait un bien fou de mettre en mots les frustrations et les douleurs de ma vie personnelle, mais c'était également un message aussi beau et émouvant que possible que j'adressais à l'objet de mes tourments".

L'album-concept "Entracte" est entièrement adressé à Jacques Dutronc pour "le réveiller un peu" à votre sujet. Diriez-vous que c'était follement romantique ?

"Je me suis toujours sentie sentimentale, romantique avant tout, et ce sont la musique et la littérature romantiques qui m'intéressent et me bouleversent le plus".

Etait-ce comme une bouteille à la mer, une bouteille à l'amer ?

"L'idée d'amertume ne me plaît pas ! J'espérais juste rendre l'autre un peu jaloux, sans savoir qu'il n'écoutait pas mes chansons. Quand je relis les textes de cet album, je suis quand même étonnée qu'en ne le connaissant pas si bien que ça, j'aie compris certaines de ses dissociations et certains de ses besoins, qui sont ceux d'une majorité d'hommes".

Comment qualifier aujourd'hui vos relations avec Jacques Dutronc (qui a refait sa vie en Corse, ndlr) ?

"Nostalgie de nos plus belles années, inquiétude pour nos états de santé respectifs, tendresse infinie. Il a été, est toujours, l'homme de ma vie et notre lien me semble indestructible. Dans mon album +L'amour fou+ et dans le tout dernier, deux chansons s'adressent à lui : +Rendez-vous dans une autre vie+ et +Personne d'autre+".

Votre fils Thomas est aujourd'hui durablement inscrit dans le paysage musical...

"Je suis en admiration devant Thomas. A 18 ans, son avenir tout tracé était Maths sup, car il était très doué dans ce domaine, mais il a choisi une autre voie que rien n'avait laissé présager. Il s'est pris de passion pour la guitare à cet âge tardif et tout le travail qu'il a fait pour progresser, entre autres, le courage qu'il fallait pour rencontrer les meilleurs guitaristes manouches, en particulier Bireli Lagrène, sont bluffants (...) En plus du talent, c'est quelqu'un de tellement sensible, aimant, délicat... Jacques et moi aurons eu beaucoup de chance d'être ses parents".

Pour en revenir à vos débuts, on vous demande de choisir entre la guitare et un poste transistor en cadeau après avoir eu le bac....

"Ce choix a été déterminant pour le reste de ma vie, mais il était saugrenu : l'idée de jouer de la guitare, de composer et de chanter ne m'était pas venue, ne me venait pas à l'esprit. Avec le temps, j'ai pensé que ce choix m'avait été dicté de là-haut !"

Le manque de confiance en vous, héritage du regard de votre grand-mère, traverse le livre. Pourtant des compliments sur votre œuvre, de Serge Gainsbourg par exemple, auraient pu changer la donne...

"J'ai toujours eu la bonne habitude de me référer à plus talentueux que moi, ce qui a au moins le mérite d'inciter à rester humble. Le compliment de Serge m'était allé droit au cœur car il concernait une chanson particulière, +Je suis de trop ici+, que peu de gens connaissent et qui exprime la grande souffrance que l'on éprouve quand on constate de visu que celui qu'on aime est attiré ailleurs".

Impossible de terminer sans prendre des nouvelles, comment allez-vous ?

"Ma vie est devenue un cauchemar, mais il vaut mieux ne pas trop en parler".

Un retour à la chanson - sur disque - est-il inconcevable ?

"Totalement. Grâce à 45 séances de radiothérapie, je suis devenue sourde d'une oreille, n'ai plus de salive, mes voies nasales ne sont plus irriguées et mon arrière-gorge non plus, avec tous les problèmes respiratoires, hémorragiques, alimentaires que cela provoque en permanence depuis deux ans".

Le débat sur l'euthanasie n'a pas abouti, qu'en pensez-vous ?

"Je suis indignée que la France soit tellement plus arriérée que l'Espagne et le Portugal, des pays aussi ou encore plus catholiques que le nôtre pourtant. Laisser quelqu'un d'incurable avoir des souffrances insupportables jusqu'à ce que mort s'ensuive est inhumain. Et qu'on ne me parle pas des soins palliatifs. Si une personne condamnée souffre trop, sans aucun espoir de souffrir moins, et souhaite qu'on abrège ses souffrances, la moindre des choses est de satisfaire sa demande. Honte aux députés qui ont tout fait pour empêcher le projet de légalisation de l'euthanasie d'avancer !".

Propos recueillis par Philippe GRELARD

Relaxnews
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