Covid-19: ces milliers de malades soignés à domicile

  • L'hospitalisation à domicile, un moyen de désengorger les hôpitaux et d'aller vers une médecine de plus en plus confortable pour les malades.
    L'hospitalisation à domicile, un moyen de désengorger les hôpitaux et d'aller vers une médecine de plus en plus confortable pour les malades. Halfpoint / Getty Images
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(AFP) - Installée sur un lit médicalisé au milieu de son séjour, Geneviève, 32 ans, est soignée pour le Covid-19 par oxygénothérapie. Comme quelque 5.000 autres malades, elle a échappé à l'hôpital, où le manque criant de lits favorise l'hospitalisation à domicile.

Perfusion de corticoïdes dans un bras, piqûres d'anti-coagulant sur les cuisses pour éviter toute thrombose, mesures régulières des constantes (température, oxygène dans le sang), et oxygène dans les narines avec un tuyau relié à un concentrateur: Geneviève a tout le matériel et les soins qu'elle aurait trouvés à l'hôpital.

"Les urgences, en ce moment, sont à flux tendu. Et, franchement, on fait aussi bien", se réjouit son infirmière à domicile, Isabelle Chicault, 48 ans "dont douze passés en réanimation".

"C'est dur d'être à l'hôpital", juge sa patiente, Geneviève Biluila, d'abord hospitalisée en soins Covid et pour qui un séjour hospitalier reste "fatigant. On est levé tôt, il y a beaucoup de passages entre médecins, infirmières, aide-soignants"...

Alors, quand les médecins lui ont proposé une hospitalisation à domicile (HAD), cette hôtesse de l'air n'a pas hésité: "J'ai préféré être avec mon mari et mon fils".

Certes, le matériel installé dans le séjour "fait vite encombré", le concentrateur à oxygène émet un bruit constant, et il a fallu dire au garçonnet de "ne pas se prendre les pieds dans le fil, ne pas toucher à la machine, aux perfusions", convient son compagnon Vincent Cairola. Reste qu'il y a "plus d'avantages" et que la famille reste unie.

Pour son infirmière, "une prise en charge à domicile peut éviter beaucoup d'hospitalisations" et "favorise une guérison plus rapide".

- "Crainte de saturation" -

Selon les derniers chiffres, la France compte près de 6.000 patients en réanimation, et quelque 5.000 en oxygénothérapie à domicile, parmi lesquels certains nécessitent une simple béquille en oxygène, tandis que pour d'autres, les soins sont plus lourds et vont entraîner une HAD.

"L'oxygénothérapie a été posée sur la table lors de la deuxième vague", rappelle le président de la Fédération nationale des infirmiers, Daniel Guillerm, dans un contexte où il y avait "une forte crainte de saturation extrême" du système hospitalier.

"Ce sont des patients dont l'état nécessite une remise à niveau de la saturation d'oxygène, sans qu'il y ait nécessité d'une réanimation lourde", détaille-t-il auprès de l'AFP.

Au départ, ce dispositif était mis en place "auprès des personnes handicapées ou âgées résidant en Ehpad", reconnaît Elisabeth Hubert, présidente de la Fédération nationale des établissements d'hospitalisation à domicile (FNEHAD).

Les hospitalisations à domicile concernent en général des malades "qui ont été en réanimation ou placés en surveillance continue, ont eu un Covid extrêmement sévère" et, si "leur situation ne nécessite pas une intervention sous des secondes ou minutes", elle exige néanmoins "une surveillance", détaille-t-elle.

Ainsi en HAD, les infirmières à domicile, médecins de ville et médecins d'hôpital s'engagent à un suivi régulier des malades et à une communication fluide entre professionnels.

"Je passe deux fois par jour chez chacun de mes patients, je vérifie tout et je reste joignable", confie Isabelle Chicault, qui s'engage à venir en 15 minutes auprès de ses malades en cas de complication et qui suit trois patientes en HAD.

Bien que satisfaite de cette organisation, Geneviève admet qu'au début elle "aurait plus eu peur (...) s'il avait fallu (la) réanimer".

"Heureuse de ne pas avoir été hospitalisée" et d'être restée dans son pavillon cossu en Seine-et-Marne, Séverine, 49 ans, est convaincue que les soins, à l'hôpital, auraient été les mêmes "mais dans un contexte complètement aseptisé, stressant, éloignée des miens", insiste-t-elle entre deux inspirations.

Même son malaise récent dans la salle de bain ne l'a pas fait changer d'avis, bien que ce soient ses deux filles adolescentes et son conjoint qui sont venus à son secours.

"En ce moment, être à l'hôpital c'est la double peine" avec l'absence de "droit de visites" et le "risque d'infections nosocomiales", relève Chantal, 69 ans, elle aussi malade du Covid-19.

Lorsque la retraitée a décidé d'être soignée par oxygène à domicile, "tous (lui) ont dit qu'(elle) était complètement folle", et son compagnon qui vit en Allemagne s'y est opposé en vain.

- "Pression incroyable" -

Dans une enquête Viavoice pour la Fnehad, en 2017, 81% des personnes sondées se disaient favorables à bénéficier, chez eux, de soins et d'un suivi identique à celui de l'hôpital. Mais 54% estimaient que les inégalités d'accès aux soins allaient augmenter.

"L'oxygénothérapie comme la HAD, c'est l'avenir", assure Patrick Pelloux, même s'il "reste quelque chose à caler de plus performant pour le lien entre médecin hospitalier et médecin de ville, pour qu'il soit beaucoup plus étroit".

"C'est un moyen de désengorger les hôpitaux et d'aller vers une médecine de plus en plus confortable pour les malades", plaide le président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

En prime, l'hospitalisation à domicile est moins coûteuse pour la Sécurité sociale, fait valoir Mme Hubert: le coût moyen d'un séjour hospitalier avec hébergement est de 750 euros, contre 250 à 300 euros, en moyenne, pour une HAD.

Avant de mettre en place la HAD, "on se pose toujours la question de savoir ce qui est le mieux pour le patient: une hospitalisation à domicile ou une hospitalisation classique?", assure Elisabeth Hubert. Et pour savoir si le patient est éligible ou pas à ce système, plusieurs critères sont passés au crible.

"Le critère médical prime", puis "le projet thérapeutique" et enfin une "analyse de l'environnement", savoir si le "domicile s'y prête, s'il y a de l'électricité, s'il n'y a pas de problème de salubrité, si quelqu'un peut faire les repas et les courses ou s'il faut mettre en place un appui", détaille-t-elle encore.

Des aidants, souvent la famille des malades sur lesquels pèse une lourde responsabilité. Sonia (prénom d'emprunt), 34 ans, en pleure encore lorsqu'elle évoque les soins apportés l'an passé à ses deux soeurs handicapées, atteintes du Covid-19.

"Il y a un an le médecin nous a dit cash: +soit elles meurent à l'hôpital soit elles meurent à la maison+", raconte la jeune cadre en finances au sujet de ses proches, finalement rescapées. "On nous a déposé un concentrateur en oxygène, on a acheté des oxymètres" et c'est tout. "Entre deux visites de l'infirmière, il se passe 12 heures... c'est une pression incroyable qui pèse sur les aidants".

Relaxnews
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