"La vie publique a besoin de nouveaux profils qui viennent du terrain, et c'est le but du Collège citoyen de France"

  • De gauche à droite, de haut en bas : Thierry Cotillard, Maryline Gigax, Léa Moukanas, JR, Dominique Versini, Tania De Montaigne, Marc(o) Berrebi, Julien Neutres, Edouard Bergeon, Alice Zagury.
    De gauche à droite, de haut en bas : Thierry Cotillard, Maryline Gigax, Léa Moukanas, JR, Dominique Versini, Tania De Montaigne, Marc(o) Berrebi, Julien Neutres, Edouard Bergeon, Alice Zagury. Collège citoyen de France
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(ETX Studio) - Ils ont lancé le Collège citoyen de France il y a trois semaines pour renouveller la vie publique en France. Ce collectif de hauts fonctionnaires, chefs d'entreprises, artistes a décidé de créer cette "ENA du terrain" pour former les reponsables publics de demain. Dans une semaine, se termineront les candidatures pour intégrer cette première promotion. Entretien avec Julien Neutres, l'un des dix co-fondateurs.


Ils ont lancé les candidatures avec un film décalé...pour un programme de formation à la vie publique, lui aussi, original. Car tout le monde peut postuler au Collège citoyen de France, aussitôt rebaptisé ENA du terrain.  Une école gratuite, qui recrute à la motivation, au sens des responsabilités et à la pertinence du projet de politique publique envisagé. L'ambition du Collège Citoyen de France est de donner la chance aux profils souvent absents des cursus classiques de Sciences-Po ou de l'ENA.


Une formation différente

L'école propose 300 heures de formation continue de juin à décembre 2021 pour aborder sous plusieurs modules les fondamentaux de la vie publique, le développement d'un projet et l'immersion dans les réalités sociales. 

Tous ces modules seront dispensés par différents intervenants venus de tous les horizons. De la championne olympique Marie-Amélie Le Fur, à l'ancien président de Danone, Emmanuel Faber, en passant par l'ancienne députée libanaise anti-corruption Paula Yacoubian.

Le collectif du Collège Citoyen de France

Plusieurs personnalités du monde artistique, de la politique, des entrepreneurs aussi, sont à l'initiative du projet. Parmi eux, l'artiste JR ; la journaliste Tania de Montaigne ; l'ancienne secrétaire d'Etat Dominique Versini ; Julien Neutres, haut fonctionnaire ; Alice Zagury, cofondatrice de l'incubateur de startups The Family.

Des "passeurs d'expériences" au service des jeunes et de potentiels projets novateurs de la vie publique, comme l'explique Julien Neutres, directeur de la création au Centre National du Cinéma (CNC) et haut fonctionnaire. IlA une semaine de la cloture des candidatures de la première promotion, il a répondu à nos questions. 

Le Collège citoyen de France, qu'est-ce que c'est et pourquoi l'avoir créé ?

C'est une nouvelle école pour identifier et préparer les responsables publics de demain. L'enjeu est né durant le premier confinement où la prise de conscience a été collective : Si nous voulons que la démocratie soit plus vivante et que ceux qui ont une action positive puissent rayonner à plus grande échelle, nous avons besoin de les préparer, de les accompagner pour faire ce pas vers la politique. Au Collège citoyen, nous formons à la compréhension de la machine administrative, nous les aidons à développer et incarner des projets environnementaux et sociaux, nous leurs faisons prendre conscience des réalités sociales du pays, pour qu'ils soient prêts à affronter ce monde de la vie publique, qui est un parcours du combattant.

Les 50 premiers élèves de la promotion vont démarrer les cours au mois de juin. Comment les avez-vous recrutés ?

Nous sommes toujours en recrutement jusqu'au 25 avril, mais dans les premières candidatures que nous avons reçues, nous voyons déjà une grande diversité des profils et des projets : nous avons reçu le dossier d'une directrice d'Ehpad et d'un commandant de caserne de pompiers par exemple. Nous recherchons des profils divers, mais le critère principal sera le projet qu'ils souhaitent mener et leur motivation.

Quelles sont les ambitions des candidats qui postulent ?

Certains se destinent à devenir maire, député tandis que d'autres souhaitent simplement développer leur projet dans une association. Le profil le plus représentatif est plutôt celui d'un 30-40 ans qui se lance dans une deuxième carrière et peut continuer à travailler à côté des 300 heures de formation.

La diversité est à l'image du collectif à l'origine du Collège citoyen, formé de hauts fonctionnaires, de chefs d'entreprises, d'artistes… Comment s'est constitué le collectif à l'initiative de ce projet ?

Nous sommes 10 co-fondateurs qui avons des parcours de vie très différents. Certains sont passés par l'associatif ou l'entreprise à la vie publique, d'autres ont fait leur carrière dans la fonction publique, d'autres sont chefs d'entreprises ou artistes. Nous avons tous une action très concrète sur le terrain, des valeurs communes, et la volonté de faire. Nous voulons ramener des faiseurs dans la vie publique.

C'est pour cette raison que le Collège citoyen de France est qualifié d'"ENA du terrain" ? 

Oui, nous l'avons pensé comme une école d'excellence qui a un impact, qui se met au service d'une société publique. Nous ne voulons pas être l'administration qui regarde, nous sommes un lieu de rencontre entre société, terrain et la vie publique.

Vous aviez déjà cette impression "d'administration qui regarde" à l'époque où vous étiez à l'ENA ?

Du jour où je suis entré à l'ENA, je me suis rendu compte du manque. Je venais du monde de l'entreprise et c'était pour moi une immersion totale. Ce qu'il manquait le plus, c'était la confrontation avec les réalités sociales. Je me suis rendu compte que mon expérience me servait plus dans ma réflexion que les cours sur l'anthologie des politiques publiques d'il y a trente ans. Je trouve très important que les écoles les plus attractives mènent au service public, mais il faut redonner une attractivité à l'action publique.

Jeudi 8 avril, Emmanuel Macron a annoncé supprimer l'ENA, pour la remplacer par l'Institut du service public. Concrètement, selon vous, cela change quelque chose ?

Il faudra voir concrètement quels changements cela va donner en termes de pédagogie, de critères de recrutement. Que l'ENA soit en mouvement, nous pouvons tous le souhaiter et cela va dans le bon sens. Je souhaite que cet Institut public soit le plus attractif possible. En attendant, nous faisons une proposition totalement complémentaire avec le Collège citoyen de France et réinventer un modèle, une autre logique.

 

Dans les institutions publiques, il existe une certaine concurrence entre les énarques et les autres fonctionnaires. Les premières promotions du Collège citoyen ne risquent-elles pas de se confronter à ces querelles ?

Ce serait un problème. Le projet que nous voulons porter comme vision au service d'une efficacité, s'appuie sur une diversité politique donc nous allons tout faire pour qu'il n'y ait pas de concurrence dans l'état d'esprit. Mais nous sommes aussi conscients qu'ils ne seront pas accueillis avec des fleurs, et c'est pour cette raison que nous allons les préparer à travailler dans des milieux hostiles, à comprendre leurs codes pour qu'ils aient confiance en leur expérience, en leurs projets, en eux.

Relaxnews
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