Connaissez-vous les "anywhere", la nouvelle élite qui représente 20% des Français ?

  • Connaissez-vous les "anywhere", cette nouvelle élite qui se sent bien partout ?
    Connaissez-vous les "anywhere", cette nouvelle élite qui se sent bien partout ? Anchiy / Istock.com
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(ETX Studio) - Dans "Génération surdiplômée, les 20% qui transforment la France", Jean-Laurent Cassely et Monique Dagnaud se sont penchés sur les "anywhere". Cette alter-élite archi diplômée impose ses nouveaux codes de culture, de consommation et de travail. A l'aise partout, ils représentent une nouvelle élite mobile.  

"Aspirational class", "creative class"... La nouvelle élite est mobile, connectée, créative. Alors que l'on parlait volontiers des "1% les plus riches" dans les années 90, le paysage des privilégiés a changé. Il s'est étendu à la catégorie de la population la plus diplômée, de Bac +5 et au-delà, soit 20% des Français, baptisée "anywhere". 

Monique Dagnaud est sociologue et directrice de recherche au CNRS au Centre d'étude des mouvements sociaux. Elle est l'auteur, entre autres, de nombreux ouvrages sur les médias et la génération Y. Au côté de l'essayiste et journaliste Jean-Laurent Cassely - qui s'intéresse depuis de nombreuses années aux élites, de leurs "bullshit jobs" aux "néo artisans" - ils ont décrypté les nouveaux codes du haut du podium. Le fruit de leur enquête a été publié aux Editions Odile Jacob : "Génération surdiplômée, les 20% qui transforment la France". 

Les "anywhere", partout chez eux 

En plus d'être archi diplômés, ou plutôt parce qu'ils le sont, les "anywhere" sont volontiers ouverts sur le monde. C'est souvent une conséquence de leurs études. De nombreux établissements, comme les écoles de commerce ou de communication, obligent souvent à passer une année à l'étranger lors d'un cursus. Et les villes plébiscitées sont souvent liées à l'écosystème de l'innovation comme Paris, Londres, Berlin ou la Silicon Valley. 

Le concept "anywhere" a été formalisé par le journaliste, économiste et écrivain britannique David Goodhart. Dans son ouvrage "The Road to Somewhere, The Populist Revolt and the Future of Politics", l'auteur oppose ceux qui sont bien partout aux "somewhere", ceux qui viennent de quelque part et qui s'identifient à un territoire, à des valeurs et à des représentations.

Génération adaptable 

En plus d'être agiles, les "anywhere" sont mobiles. Ils savent comprendre et comparer des systèmes de valeurs. Ils ont appris, durant leurs études, à se reprogrammer en permanence, dans un monde en perpétuel mouvement. Pour eux, il ne s'agit même plus d'adaptation, mais d'une valeur constitutive de leur identité. Ils travaillent d'ailleurs souvent avec des équipes d'origines et de cultures différentes. Cette flexibilité est une "caractéristique essentielle".

Elite culturelle 

Ces têtes bien faites gagnent bien leur vie. Entre 3.000 et 6.000 € net par mois. Ce qui les place dans la couche des 10% les plus aisés. Mais leur influence n'est pas tant financière que culturelle. Plutôt que de travailler dans des multinationales, ils privilégient les startups ou le freelancing. Ils travaillent volontiers depuis des espaces de coworking, puisqu'ils peuvent voler de ville en ville ou des tiers lieux.  

En comparaison aux 1% les plus riches, les "anywhere" ne rêvent pas d'un luxe ostentatoire. Exit donc les Rolex ou les voitures de course. Ils auront plaisir à acheter des marques qui "ont un sens", dont la chaîne de fabrication, de la conception à la réalisation. Ils opteront aussi plus volontiers pour la sobriété matérielle.  

Demain, tous "anywhere" ? 

Ce modèle d'une nouvelle bourgeoisie, basé sur l'extrême mobilité et l'adhésion à des valeurs écologiques va-t-elle devenir mainstream. Pas si sûr ! "Les plus diplômés sont un peu les leaders d'opinion et ceux qui impulsent des modes de vie qui sont, comme on dit, parfois aspirationnels, peuvent faire rêver", explique Jean-Laurent Cassely à Stratégies. Pourtant, bien qu'ils jouissent d'une certaine liberté, grâce à leur télétravail ou à leurs finances, "il n'est pas sûr que le modèle soit si entraînant que cela pour le reste de la société", complète Monique Dagnaud. "Pour les gens qui sont un peu assignés à résidence, qui sont au chômage, qui sont dépendants de la proximité avec la famille, l'objectif, c'est plutôt d'avoir un pouvoir d'achat, d'accéder à la propriété..."

Pas certain, du coup, que ce mode de vie léger, mobile, flexible et teinté d'une certaine morale parle aux autres catégories sociales".

Relaxnews
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