L’Aubrac, terre promise des résidences secondaires

  • L’Aubrac, terre d’accueil, à l’instar du buron des 4 frères.
    L’Aubrac, terre d’accueil, à l’instar du buron des 4 frères.
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Avec la pandémie, le plateau de l’Aubrac génère un appel d’air. Au risque de nuire aux jeunes générations.

Le plateau de l’Aubrac a été envahi l’été dernier suite à la crise sanitaire. Et on prend sans doute le même chemin cette année. Certains touristes poussent même encore plus loin leur lien avec le plateau puisque nombreux sont ceux qui cherchent à acquérir une résidence secondaire, voire à s’y installer définitivement. " Cet effet a même été profitable dès les vacances de février. Il y a une demande soutenue en résidence secondaire ainsi qu’en résidence principale. Cela se vend bien, on souffre du manque d’offre. Il y a des carences qui ne sont pas sans conséquence sur le marché ", dit Pierre Ignace, maire de Mur-de-Barrez. Lequel qui s’apprête à lancer un lotissement pour répondre aux besoins. Des projets similaires, le Nord-Aveyron en regorge. À l’image de la réhabilitation de l’ancienne gendarmerie à St-Chély-d’Aubrac.

"C’est le rural qui paye ", résume Anthony de l’agence Laforêt à Laguiole qui a effectué pas moins de quinze ventes sur le seul mois de février. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. " Les résidences secondaires représentent 80 % des ventes avec un profil de gens plus jeunes qu’auparavant, âgés aux alentours des 40 ans, achetant en prévision de leurs retraites. Le problème, c’est le manque d’offre même si les prix n’ont pas augmenté. "

Adapter l’offre à la demande

La problématique de l’offre est liée au bâti ancien demandé qui nécessite des travaux de rénovation. "Le neuf n’est pas le cœur de cible. Les acheteurs veulent une maison en lauze avec un peu de terrain pour un budget de 40-50 000 € avec 20-25 000 € de travaux à faire auquel il faut ajouter environ 10 000 € de travaux d’assainissement."

Outre la problématique d’adapter l’offre à la demande, cette vague de résidences secondaires n’est pas sans conséquence sur l’activité du territoire à l’année. "Elles entrent en concurrence pour les jeunes et les familles qui souhaitent s’installer", déclare ainsi Vincent Alazard, maire de Laguiole. Un frein à l’installation à laquelle s’ajoute la conciliation entre transition écologique et enjeu démographique comme en témoigne l’élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal (Plui) sur le Nord-Aveyron. "Les orientations du Plui visent deux tiers de réhabilitation d’ici 2030, cela ne va pas dans le bon sens. Les jeunes n’ont pas les moyens de s’installer car c’est plus facile d’acheter neuf que de rénover. Il faut qu’on nous laisse de la surface à construire pour répondre à la demande", explique Christian Cagnac, maire de Saint-Amans-des-Côts.

À l’heure où le Nord-Aveyron est plébiscité, avec l’arrivée de la fibre qui permet d’attirer des actifs, le futur Plui doit s’adapter.

Ce qui semble être le cas au regard des derniers échanges, qui redonne le pouvoir décisionnel à l’échelle des communes. Avec le secret espoir de dépasser la barre 11 000 habitants projetés à l’horizon 2 030 pour 10 305 habitants au dernier recensement.

Du sud

La nouveauté enfin vient du public accueilli. Certes, les Aveyronnais de Paris rouvrent leurs fenêtres, mais les acheteurs viennent désormais du Sud. De l’Hérault et des Bouches-du-Rhône, mais aussi désormais en provenance de la côte d’Azur. Qualité de vie et tranquillité face à l’insécurité n’ont pas de prix.

32,8

En pourcentage, le taux de résidences secondaires en Nord-Aveyron (la moyenne départementale est de 17,3 %).

Avec une dizaine de maisons rénovées ces dernières années, Alain Cézac, propriétaire du château de Taussac, acheté à l’abandon et aujourd’hui ouvert en chambres d’hôtes - décrochant au passage le premier prix départemental du patrimoine voici une décennie -, témoigne de sa passion pour la rénovation. Et de son intérêt. "On ne compte pas la sueur. La notion de bâtisseur, c’est un bonheur, un plaisir. Toutes ces maisons sont des coups de cœur."

Parmi les dernières réalisations, une maison du XVIIIe siècle effondrée et sans toiture, située à Manhaval, commune de Taussac. Cette "jolie ruine" achetée 10 000 €, après travaux menés par des entrepreneurs locaux au savoir-faire reconnu ainsi que par deux salariés, fut revendue plus de 150 000 €. Il faut noter toutefois que la plus-value réalisée est peu importante au regard de l’ampleur des travaux et du coût des matériaux ainsi que de la main-d’œuvre mobilisée. "Il faut savoir qu’il est beaucoup moins onéreux de construire du neuf que de restaurer de l’ancien. On est porté par l’enthousiasme et c’est un territoire d’avenir", conclut-il, voulant pour exemple une maison cantalienne restaurée de fond en comble par lui et vendue à une ressortissante japonaise tombée amoureuse de notre territoire. L’Aubrac, le Nord-Aveyron, n’a jamais eu autant d’attraits. L’attractivité passe par l’investissement pour ne pas laisser une terre en friche et passer à côté de cet engouement qui regagne la campagne.

 

Grégory Dubuissez s’est installé à Saint-Amans-des-Côts en novembre dernier.
Grégory Dubuissez s’est installé à Saint-Amans-des-Côts en novembre dernier.

Grégory Dubuissez pose ses valises en Viadène par amour de la pierre

C’est une combinaison d’événements qui est à l’origine du déménagement de Grégory Dubuissez, d’Albi à Saint-Amans- des-Côts : l’air de la campagne, un ami sur place et la possibilité d’exercer son travail. Car bien plus qu’une résidence secondaire, il s’agit d’ouvrir un nouveau chapitre de sa vie. "Il n’y avait plus mon corps de métier. J’ai sauté le pas", résume cet artisan peintre décorateur, âgé de 38 ans.

Son arrivée en terre aveyronnaise confirme l’attrait des urbains pour la campagne, accentué avec la pandémie. Laquelle attire un public d’actifs et plus seulement de retraités. Reste la problématique du bien souhaité, maison et jardin, pour profiter de la campagne. "La recherche est compliquée. On a trouvé au départ une location par hasard chez un particulier", dit-il.

En attendant, il est ravi de sa nouvelle vie, et certain d’avoir du travail avec les nouveaux arrivants.

 

Olivier Courtil
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