Le château du Bosc, héritage détourné de Toulouse-Lautrec ?

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  • Le château du Bosc, situé à Camjac, demeure familiale des Toulouse-Lautrec.
    Le château du Bosc, situé à Camjac, demeure familiale des Toulouse-Lautrec. Archives Centre Presse Aveyron
  • Nicole Tapié de Celeyran, arrière-petite-nièce  d’Henri de Toulouse-Lautrec et occupante du château  du Bosc durant près de six décennies.
    Nicole Tapié de Celeyran, arrière-petite-nièce d’Henri de Toulouse-Lautrec et occupante du château du Bosc durant près de six décennies.
  • Jean-Marc Putzola et Corinne Marino, accusés d’avoir hérité frauduleusement du château du Bosc, en 2016.
    Jean-Marc Putzola et Corinne Marino, accusés d’avoir hérité frauduleusement du château du Bosc, en 2016. Archives José A. Torrses
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Au terme de plusieurs années d’instruction, les époux Putzola, mis en examen pour "faux", "abus de faiblesse", "abus de confiance" et "escroquerie", seront jugés ce mercredi matin devant le tribunal de Rodez. Avec cette question : ont-ils hérité frauduleusement du château du Bosc, demeure familiale de Toulouse-Lautrec, en profitant de la vulnérabilité et du grand âge de l’occupante historique, Nicole Tapié de Celeyran, avant son décès en 2016 ?

Du peintre Henri de Toulouse-Lautrec, on connaît ses œuvres sur la vie nocturne du célèbre Montmartre de la fin du XIXe siècle, son appétit pour les maisons closes, son goût prononcé pour les plaisirs défendus, sa petite taille (1,52 m) ou encore son musée posthume, joyau de la cité épiscopale d’Albi. On connaît, en revanche, bien moins l’une de ses demeures, le château du Bosc. Situé dans la petite commune de Camjac, à quelques encablures de Naucelle, il a vu grandir le peintre jusqu’à ses 17 printemps, avant qu’il n’y revienne tous les étés jusqu’à son dernier souffle, à l’âge de 37 ans. Durant des décennies, ce site, classé aux Monuments historiques, a été occupé par ses descendants. Nicole Tapié de Celeyran est l’une d’elles. Toute sa vie, l’arrière-petite-nièce du peintre se plaisait à recevoir en personne les visiteurs au château, sans oublier de faire vivre la mémoire de son ancêtre.

Depuis son décès, le 12 août 2016 dans sa 92e année, le château n’est pourtant plus aux mains de cette descendance, garnie de noms à particule. Ce sont Jean-Claude Putzola et son épouse Corinne qui sont à la tête du patrimoine, estimé à plus d’un million d’euros… Nicole Tapié de Celeyran en avait fait ses légataires universels quelques semaines avant son décès. De quoi éveiller la curiosité de la justice et des descendants "naturels" de Toulouse-Lautrec se sentant floués par ce couple, entré dans la vie de leur ascendante Nicole moins d’un an avant sa disparition.

"Les époux Putzola ont dépouillé Nicole de tout"

Mis au courant par une lettre reçue sur son bureau, le procureur de la République saisit alors la juge d’instruction et une information judiciaire est ouverte, dès 2016, sur cet héritage "suspect". "Les époux Putzola ont dépouillé Nicole de tout, petit à petit", avance Me Robert-François Rastoul, l’un des conseils des descendants "déshérités", pour qui "les Putzola avaient un plan bien précis dès le premier jour où ils sont entrés dans le château du Bosc".

Ce premier jour, c’était le 25 août 2015. Jean-Claude Putzola et Corinne Marino vivent à Lodève, dans l’Hérault. Lui se présente comme parolier pour divers musiciens, elle élève des volailles et écume les marchés de la région pour vendre ses produits. Dans leurs connaissances : Agnès, une cousine par alliance de Nicole Tapié de Celeyran. C’est par son intermédiaire qu’ils découvrent le château du Bosc. Nicole vient tout juste de fêter ses 90 ans et s’inquiète du devenir de la demeure. "En 1992, on a frôlé les 10 000 visiteurs. On en a désormais entre 3 000 et 5 000 par an. Il y a une crise, pourtant on s’adapte, on ouvre tous les jours, toute l’année, pour tous les publics, on a même des brochures en japonais !", confiait-elle cet été-là à Centre Presse.

Avec les Putzola, le courant passe très vite. Ils assurent être en capacité de s’occuper du patrimoine. Rapidement, Nicole leur ouvre ses portes, le couple s’installe dans les appartements privés du château. Tout aussi rapidement, ils apparaissent dès le mois d’octobre aux côtés d’héritiers naturels sur le testament de la nonagénaire. Trois autres suivront jusqu’au dernier, à l’été 2016, où cette fois, les Putzola sont les seuls à apparaître sur le testament. Et deviennent ainsi les uniques héritiers de Nicole Tapié de Celeyran, de son château, du mobilier et d’un fermage de 22 hectares entourant le domaine. Comment ont-ils pu gagner aussi rapidement la confiance de la descendante de Toulouse-Lautrec ? La version livrée par les plaignants est digne d’un roman à succès.

"Ils ont profité du grand âge de Nicole"

Dans les témoignages recueillis par les enquêteurs, on apprend que la vieille dame fut très rapidement isolée par les Putzola. Elle n’aurait plus eu le droit de manger avec les guides bénévoles comme elle en avait l’habitude, plus le droit de recevoir quiconque sans la présence de Jean-Claude, plus eu droit de regard sur son association transformée en un "Institut Toulouse-Lautrec" sans sa présence…

Son numéro de téléphone aurait également été changé, la coupant de sa famille. "Nicole était étouffée par ces personnes, elle est tombée dans leurs filets et ils étaient très habiles", explique Me Robert-François Rastoul. Dans son ordonnance de renvoi, le 15 juillet dernier, la juge d’instruction en charge du dossier ne laisse que peu de place au doute : "Les éléments démontrent que les époux Putzola ont profité du grand âge de Nicole Tapié de Celeyran, de sa méconnaissance du droit des affaires, de sa crainte, de sa crédulité, de l’isolement dans lequel ils l’ont placée, pour obtenir non seulement quatre testaments successifs dont le dernier les a institués seuls légataires des biens."

S’il reconnaît que l’histoire peut paraître "surprenante", l’avocat des époux Putzola, Me Élian Gaudy, n’a pas tout à fait la même lecture du dossier : "Je constate que ce château qui n’intéressait personne du vivant de Nicole Tapié de Celeyran est aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises. Les démarches de mes clients ont été réalisées en toute transparence, l’héritière leur a simplement fait confiance pour le devenir de la demeure. Et ils la font vivre depuis. Je rappelle également que le dernier testament a été signé par un notaire et à ma connaissance, il n’est pas poursuivi pour complicité !"

Un virement de 20 000 €

"Il n’était pas très regardant", nuance son confrère de la partie civile, dressant un portrait bien peu reluisant des époux Putzola et de Jean-Claude, "ancien membre d’une loge maçonnique dans laquelle il s’était déjà livré à de nombreuses manipulations". Dans le dossier, un virement d’une valeur de 20 000 € de Nicole Tapié de Celeyran aux Putzola, juste avant son décès, interroge également. "C’est un prêt pour la réalisation de travaux. Et j’en justifierai devant le tribunal", assure Me Gaudy. En attendant, le destin du château du Bosc est entre les mains de la justice. Ce mercredi, après les débats, le jugement pourrait être mis en délibéré à une date ultérieure.

 

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Mathieu Roualdés
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