Marseille - Rodez 1991 : trente ans après, les Ruthénois refont le match

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  • Les joueurs de Rodez pénètrent sur la pelouse du Vélodrome, pour l’un des plus grands chapitres de l’histoire du sport aveyronnais.
    Les joueurs de Rodez pénètrent sur la pelouse du Vélodrome, pour l’un des plus grands chapitres de l’histoire du sport aveyronnais. Archive MS
Publié le , mis à jour

Le 2 juin 1991, Rodez se rendait à Marseille pour disputer ce qui est à ce jour son unique demi-finale de Coupe de France. Les joueurs ruthénois présents au stade Vélodrome ont rembobiné leurs souvenirs pour faire revivre cette rencontre historique.

Dimanche 2 juin 1991. Il est près de 20 heures et tout Rodez a les yeux tournés vers le stade Vélodrome de Marseille. Dans quelques minutes, les footballeurs ruthénois s’apprêtent à disputer une demi-finale de Coupe de France. Une première pour le club sang et or, qui portait alors le nom de Stade Rodez football, jamais égalée depuis. Après un parcours qui les a vus faire chavirer de bonheur Paul-Lignon, grâce à des succès contre Metz (1-1, 4-3 tab) et Sochaux (2-1), la troupe de Michel Poisson s’apprête à poursuivre son épopée à Marseille.

Comme une récompense de leur mérite sportif, les sang et or ont droit aux honneurs de la case du dimanche soir et des caméras de Canal +, avec Charles Biétry et Thierry Gilardi aux commentaires. Un autre immense honneur s’offre à eux : se mesurer à l’OM de Papin, Waddle et Mozer, référence française du moment, auréolée quelques semaines plus tôt d’un troisième titre de champion de France consécutif. "On est arrivé les yeux grands ouverts devant le stade Vélodrome, dont on rêvait tous, se souvient le défenseur Jean-Luc Pasturel. Avec un sentiment un peu mélangé, entre la dynamique positive qui nous a permis d’arriver jusque-là et la crainte d’affronter l’une des meilleures équipes d’Europe." À cette époque-là, les Phocéens figuraient en effet parmi les géants du continent, eux qui ont été battus quatre jours plus tôt par l’Etoile rouge de Belgrade (0-0, 5-3 tab), en finale de la coupe d’Europe des clubs champions, l’ancêtre de la Ligue des champions.

Pasturel : "Notre façon de procéder : être des morts de faim et n’avoir peur de rien"

"On se disait que c’était peut-être le meilleur moment pour les prendre, qu’ils auraient le moral dans les chaussettes", se souvient Jacques Pradier, alias Jeff, l’un des deux remplaçants ruthénois au coup d’envoi. Un espoir confirmé par les premières minutes de jeu, plutôt équilibrées. Les Aveyronnais se sont d’ailleurs procuré la première occasion, par une frappe d’Aleksandar Krstic (5e). "On avait notre façon de procéder habituelle : être des morts de faim et n’avoir peur de rien", lance Pasturel.

Cette entame prometteuse n’a cependant pas survécu à l’ouverture du score. Alors que les Marseillais ont commencé à prendre l’ascendant dans le jeu, Jean-Pierre Papin a trouvé la faille après une mauvaise relance de la défense (19e). Le prélude à une période difficile pour les Aveyronnais, qui ont eu du mal à voir le jour durant un gros quart d’heure. "Le premier but les a mis sur de bons rails et nous a assommés. Ils ont été libérés et on a subi", explique Marc Geniez, le gardien de Rodez.

Le dernier rempart a été mis à contribution au cœur du temps fort marseillais, marqué par deux autres buts de Papin, mais aussi la justesse de Philippe Vercruysse, la technique de Dragan Stojkovic et les dribbles de Chris Waddle. L’ailier anglais a fait des misères à la défense ruthénoise, comme il a donné le tournis à de nombreuses autres arrière-gardes françaises et européennes à cette époque. "J’ai connu vingt minutes très difficiles", convient le latéral Pascal Auréjac, son vis-à-vis direct. "Pourtant, je m’étais dit que si un joueur en France pouvait arrêter Waddle, c’était bien Pascal", glisse Michel Poisson, son entraîneur. Mais l’arrière gauche n’a pas réussi à museler le Britannique, auteur du centre décisif sur le deuxième but olympien (21e). "Il était magique", admire Jean-Luc Vinuesa, le meneur de jeu de Rodez.

Un autre moment magique est intervenu sur le troisième but olympien, lorsque Vercruysse a éliminé Geniez d’une aile de pigeon, avant de servir Papin, auteur d’une volée dont il a le secret (32e). 3-0 après une grosse demi-heure de jeu, les chances d’exploit avaient pris un sacré coup de semonce. "Dès qu’on a été un peu moins concentrés, un peu fatigués, le talent a fait la différence. Les buts encaissés coup sur coup nous ont fait très mal", analyse Vinuesa.

Geniez : "Michel (Poisson) nous a dit de rester nous-mêmes"

Pour autant, la formation rouergate a eu le mérite de ne pas baisser les bras. Elle a eu plusieurs possibilités de réduire l’écart juste avant la pause, notamment par Vinuesa, dont la frappe depuis l’entrée de la surface a heurté la transversale (45e). "Le ballon revient sur mon pied gauche, qui n’est pas le meilleur, dit-il. Je tente un tir sur une touche pour lober Olmeta. Cela ne se joue pas à grand-chose…"

Un but avant la pause aurait-il permis de relancer le suspense ? La question restera à jamais sans réponse. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que l’écart à mi-parcours paraissait insurmontable, même aux yeux des intéressés. "À la mi-temps, on savait que c’était fini. Que sauf miracle, nous étions condamnés. Michel (Poisson) nous a dit de rester nous-mêmes", rapporte Geniez. "En début de seconde période, on a joué, on n’est pas resté derrière. Mais on savait que c’était mission impossible de remonter trois buts à Marseille", ajoute Vinuesa.

Les Ruthénois ont en effet continué à se montrer entreprenants. Mais, dans un second acte animé et riche en occasions de part et d’autre, la menace venait aussi de l’attaque marseillaise, qui continuait à donner du travail à Geniez. Celui-ci s’est d’ailleurs incliné une quatrième fois, devant Vercruysse, après un slalom de Waddle entre trois défenseurs (58e).

La menace d’une très grosse déroute, à l’image de celle subie par Gueugnon, autre équipe de D2, contre Monaco deux jours plus tôt dans la première demi-finale (5-0), a alors plané. Mais les efforts sang et or ont été récompensés par le but de Pradier, quelques minutes après son entrée en jeu, d’une belle frappe en angle fermé (78e). "C’était mon dernier match avec Rodez, le score était fait. En temps normal, je n’aurais certainement pas frappé", glisse-t-il.

Auréjac : "On n’a pas fait le match qu’on attendait de nous"

L’honneur est sauf et Rodez aurait même pu connaître un autre bonheur en fin de match. Quasiment dans la foulée, Krstic a faussé compagnie à Carlos Mozer et a vu sa frappe heurter le poteau (79e). L’un des derniers temps forts, avant que Papin, lui aussi, ne touche du bois (83e), puis que Mirsad Omerhodzic, l’autre entrant sang et or, ne manque le cadre de peu (89e).

Un but, deux poteaux, les Ruthénois ont réussi à exister durant la rencontre, malgré la différence de statuts. "On n’a pas trop eu le ballon, mais nous n’avons pas été ridicules", relève Vinuesa. Ce qui laisse même quelques regrets à Krtisc. "On n’est pas passé loin de les contrarier. J’ai l’impression qu’on pouvait faire quelque chose, mais les étoiles n’ont pas été dans le bon ordre, lance-t-il. Il y a comme un petit goût d’inachevé." Un sentiment mitigé partagé par Auréjac : "On n’a pas fait le match qu’on attendait de nous. Nous n’avons pas été assez agressifs." Mais dans l’ensemble, les acteurs ont surtout reconnu la supériorité de leur adversaire. "On avait le même état d’esprit que lors des tours précédents, estime Jean-Luc Pasturel. Mais là, la montagne était trop haute." Si haute, qu’elle figure comme le sommet d’un parcours inoubliable.

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Guillaume Verdu
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