Camjac : l’héritage du château du Bosc, une affaire "extraordinaire"

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  • Me Élian Gaudy.
    Me Élian Gaudy. José A. Torres
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Accusés d’avoir détourné l’héritage de la famille Toulouse-Lautrec en profitant de la vulnérabilité de Nicole Tapié de Celeyran, entre 2015 et 2016, les époux Putzola ont comparu devant le tribunal ce mercredi. Retour sur plus de sept heures de débats.
 

Plus de trois ans d’instruction, des centaines de témoignages recueillis, des dizaines d’articles de presse et enfin l’audience, ce mercredi. Elle a duré plus de sept heures avec des époux Putzola, costume et tailleur noirs, comme ces prévenus qui franchissent pour la première fois les portes d’un tribunal après une vie sans encombres. Des heures de débats, une complexité ajoutée à cette affaire dépassant les frontières de l’Aveyron et un drôle de sentiment, à la sortie du tribunal.

Jean-Claude Putzola, à la déconcertante faconde, et sa fluette épouse Corinne sont-ils, comme les ont décrits la partie civile, des " imposteurs ", des " ostrogoths " ? Des " araignées qui ont tissé leur toile " autour de l’arrière-petite-nièce du peintre Toulouse-Lautrec et propriétaire du château du Bosc, Nicole Tapié de Celeyran, jusqu’à ce qu’elle leur lègue tous ses biens peu avant sa mort, le 12 août 2016 à 91 ans ? Ou étaient-ils simplement " les seuls à s’occuper du château ", comme ils l’ont affirmé, soufflant au passage aux héritiers "naturels", réunis dans la salle, qu’ils étaient " tous là aujourd’hui contrairement à l’époque " ? La justice s’est donnée jusqu’au 15 septembre prochain pour répondre à ces questions et aux réquisitions du ministère public, demandant la condamnation du couple à 18 mois de prison avec sursis et à la restitution du château à ses premiers ayants droit.

"Instruction à charge"

Quelques heures auparavant, les Putzola, silencieux depuis le début de l’affaire en 2016, avaient enfin eu l’occasion de s’exprimer. Jean-Claude a longtemps occupé toute la salle d’audience, écrasant presque son épouse, et n’hésitant pas à dénoncer une "instruction à charge" ou encore des "procès-verbaux des enquêteurs pas conformes à nos dires". Face à la juge Sylvia Descrozaille, l’homme a eu réponse à tout, même s’il est apparu plus confus quand il s’agissait d’expliquer ce qui a bien pu l’amener avec son épouse à passer d’une vie modeste de producteur de musique et d’éleveuse de volailles dans l’Hérault à une vie de château.

"On s’est d’emblée très bien entendu avec Nicole", ont-ils répété à plusieurs reprises, justifiant ainsi les quatre testaments rédigés par la vieille dame, dont le dernier faisant des Putzola les seuls légataires universels… "Nicole, on ne pouvait l’obliger à rien, elle avait son caractère et toute sa tête !", ont-ils affirmé encore.

"Vous êtes tout droit sortis d’un mauvais film"

" Vous auriez fait de très bons commerciaux ", s’est amusé à leur dire Me Robert-François Rastoul, avocat de la plupart des plaignants, tout en citant dans sa plaidoirie quelques passages d’un livre intitulé… Pouvoirs de l’imposture. "Vous êtes tout droit sortis d’un mauvais film, comment osez-vous dire que vous étiez les seuls à pouvoir s’occuper de ce château qui est dans la famille Toulouse-Lautrec depuis le XIIe siècle ? Vous dépassez l’entendement ", s’est, lui, emporté son confrère Me Emmanuel Gil, avocat du Musée Toulouse-Lautrec d’Albi, tordant le coup à l’argumentaire que de nombreux travaux avaient été réalisés depuis leur arrivée dans le château du Bosc. " C’est vrai mais ils n’ont pas été faits avec leur argent, ils n’avaient ni ressources, ni compétences ! ", a assuré l’avocat rappelant le prêt de 20 000€ octroyé par Nicole Tapié de Celeyran aux Putzola qui avaient alors procuration sur les comptes de la vieille dame… Et dont le remboursement était différé, " malgré l’âge de 91 ans de Nicole ! ". " Nous la pensions immortelle ", a confié Corinne Marino devant le tribunal, avant de laisser la parole à son conseil, Me Élian Gaudy. "Je suis ici pour faire du droit, pas raconter des histoires", a-t-il plaidé, dénonçant à son tour "un procès en dénigrements" de ses deux clients. Et de rappeler que les testaments avaient été réalisés en présence de plusieurs notaires et qu’ils avaient indiqué que l’héritière de Toulouse-Lautrec était " saine d’esprit ". Qu’un prêt d’argent avec reconnaissance de dette ne pouvait être considéré comme "un abus de confiance", "on l’apprend en 3e année de droit". Que le grand âge de Nicole Tapié de Celeyran ne constituait "en aucun cas une faiblesse quelconque". " Que cette histoire puisse surprendre, oui. Mais sans jugement moral, il y a une place pour la relaxe dans ce dossier ", a-t-il conclu.

"C’est une affaire extraordinaire avec une série d’invraisemblances ", avait, juste avant, parfaitement résumé Bernard Salvador, représentant du ministère public, laissant désormais le soin à la justice de statuer sur le devenir du château du Bosc.

"Zone interdite"

L’affaire de l’héritage du château du Bosc a fait le tour de l’actualité ces derniers jours, jusqu’à la presse canadienne. Mercredi, une équipe de télévision de la chaîne M6 était présente lors de l’audience afin de préparer un sujet sur cet héritage pour un prochain numéro de "Zone interdite".

 

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Mathieu Roualdés
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