La ministre Brigitte Bourguignon en Aveyron : "Avec la crise, des Ehpad ont montré leurs limites"

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  • Brigitte Bourguignon.
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Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l’Autonomie était en déplacement en Aveyron ce jeudi. Avant sa venue, elle évoque les questions autour de la dépendance et de la prise en charge à domicile.

Il y a quelques jours, vous avez annoncé un plan massif d’investissement dans les Ehpad. Celui-ci est l’aboutissement des discussions du Ségur de la Santé, avec notamment un budget de 2,1 milliards d’euros. Pourquoi est-il nécessaire ?

La crise sanitaire a révélé beaucoup de choses et notamment l’obsolescence du modèle d’accompagnement des personnes âgées qui ne correspond plus à ce qu’attendent les gens, particulièrement après la crise. Les citoyens veulent avant tout rester à domicile, au sens large du terme. Cela peut être dans un Ehpad qui est sécurisant pour eux-mêmes et pour leurs familles, mais il faut qu’il soit aussi respectueux de ce qu’est un domicile. Il faut avoir une approche plus résidentielle et non plus seulement sanitaire. Il y a des Ehpad qui ont aussi montré leurs limites car vétustes, obsolètes, un peu isolés et trop autonomes dans leur gestion. Tout cela doit être pris en considération dans le plan massif d’investissement que le Gouvernement engage dans le cadre du plan de relance après le Ségur de la santé. On veillera avant tout à répondre à cette vétusté, mais avec la philosophie d’un Ehpad plus médicalisé, qui reste un lieu de vie tout en étant plus ouvert sur l’extérieur. Ce sont les trois piliers de l’Ehpad de demain. Il ne s’agira pas seulement de rénover pour rénover. L’Ehpad d’hier n’est plus celui qui conviendra demain aux futurs résidents.

Cette évolution va coûter cher. Comment la financer pour que ça ne pèse pas trop sur les résidents ou sur leurs familles ?

Dans ces unités plus médicalisées, il y aura toujours ce coût qui est largement couvert par l’État et les départements. Mais le virage domiciliaire que nous voulons prendre permettra aux familles et aux personnes elles-mêmes de mieux anticiper leur vieillissement d’une manière beaucoup moins onéreuse. Les collectivités, avec lesquelles nous allons beaucoup travailler, sont en train de comprendre leur intérêt à prendre ce virage. Derrière, il y a des aménagements de territoire possibles, des prises en charges moins onéreuses et des personnels à domicile qui sont un vivier potentiel d’emplois.

Ce jeudi, vous venez en Aveyron, qui, comme beaucoup de territoires ruraux, a une population vieillissante et l’envie, pour beaucoup, de rester à domicile. Comment répondre à cette attente ?

L’Ehpad en tant qu’établissement d’accueil de personnes dépendantes demeurera et il faudra encore ouvrir des places supplémentaires, mais dans le même temps, il faut se tourner résolument vers l’approche domiciliaire. Cela ne peut fonctionner qu’avec des métiers qui sont valorisés et plus performants, mais aussi des coopérations sur le territoire et des collectivités qui s’engagent à construire des logements et équipements alternatifs, adaptés et inclusifs. Les territoires regorgent d’innovations que nous voulons accompagner, comme en Aveyron. Ce n’est pas quelque chose qu’on est en train de totalement inventer, mais qu’on est en train de booster partout en France.

Cette prise en charge à domicile se fera notamment grâce aux associations d’aide à domicile. Récemment, l’avenant 43, qui est passé au Journal officiel début juillet, a été voté. Il doit permettre des revalorisations conséquentes (entre 13 et 15 %) de milliers de personnes qui travaillent dans l’aide à domicile. C’est une satisfaction ?

L’Ehpad en tant qu’établissement d’accueil de personnes dépendantes demeurera (il en existe près de 7 400 en France) et il faudra encore ouvrir des places supplémentaires, mais dans le même temps, il faut se tourner résolument vers l’approche domiciliaire. Cela ne peut fonctionner qu’avec des métiers qui sont valorisés et plus performants, mais aussi des coopérations sur le territoire et des collectivités qui s’engagent à construire des logements et équipements alternatifs, adaptés et inclusifs. Les territoires regorgent d’innovations que nous voulons accompagner, comme en Aveyron. Ce n’est pas quelque chose qu’on est en train de totalement inventer, mais qu’on est en train de booster partout en France.

Jeudi, vous remettrez la Légion d’honneur à Nicole Cristofari, présidente de l’ADMR, l’une des plus importantes associations d’aide à domicile en Aveyron. Elle insiste régulièrement sur les difficultés de recrutement. Pensez-vous que la revalorisation salariale suffira pour résoudre ce problème ?

L’attractivité doit être salariale, mais pas uniquement. Il faut rendre les conditions de travail plus faciles. C’est pour cela que nous apporterons, dans les financements futurs, un accompagnement pour le recours aux aides techniques, notamment dans les logements. Il y a aussi le sujet de la voiture. Certaines associations se sont lancées dans l’acquisition de véhicules pour permettre à leur personnel de faire face aux déplacements de la meilleure façon possible. Il y a encore d’autres volets à travailler en dehors de la question salariale. Il faut aussi qu’on arrive à parler autrement de ces métiers. Nous ferons une campagne de sensibilisation à ces métiers très prochainement. Quand les auxiliaires de vie parlent de leur activité, elles le font avec fierté.

Dans les prochains mois, vous allez présenter la loi grand âge et autonomie. Que vous apportent les visites de terrain, comme celle que vous allez faire ce jeudi en Aveyron, dans la préparation du texte ?

Elles permettent de nourrir la réflexion. On peut s’appuyer sur les préconisations de beaucoup de rapports, mais j’aime aussi recueillir les propositions issues du terrain, d’autant que la crise sanitaire a changé la donne dans l’approche et la réflexion des gens. Ils ont compris que c’était un sujet de société, qui touche chaque famille. Dans son discours du 12 juillet, le président de la République a d’ailleurs rappelé qu’on devait apporter une réponse forte à ceux qui ont été les plus touchés par la crise, comme ce fut le cas pour les personnes âgées. Il a redit qu’il souhaitait un pacte entre les générations. C’est cette vision sociétale et cette ambition humaniste qu’il s’agit de porter dès que la situation sanitaire le permettra.

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RICHAUD Guilhem
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