Rodez : condamné pour une morsure, il récidive dès son arrivée en prison

  • L'affaire a été jugée mardi au tribunal judiciaire de Rodez.
    L'affaire a été jugée mardi au tribunal judiciaire de Rodez. Archives Centre Presse - José A. Torres
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Le tribunal judiciaire de Rodez a condamné le prévenu, déjà détenu à la maison d'arrêt de Druelle, à six mois de prison supplémentaires. 
 

En une petite semaine, un jeune Soudanais, réfugié politique dans l’Hexagone depuis 2017, s’est retrouvé à deux reprises sur le banc des prévenus du tribunal judiciaire de Rodez. La première, c’était le 27 juillet. Pour des violences sur plusieurs gendarmes de Villefranche-de-Rouergue. Ces derniers s’étaient rendus à son appartement pour l’entendre dans le cadre d’une affaire. Réveillé, l’homme était entré dans une colère noire et avait notamment mordu à deux reprises l’un des militaires. Le tribunal l’a condamné à 18 mois de prison ferme pour ces faits.

Après les gendarmes, un agent pénitentiaire

Une semaine plus tard, ce mardi, il était de retour au palais de justice. Toujours sous bonne escorte et accompagné d’un traducteur. Et surtout, toujours pour des faits de violences, en l’occurrence… une nouvelle morsure ! Cette fois, c’est un agent pénitentiaire qui en a fait les frais. C’était le soir même de son arrivée à la maison d’arrêt de Druelle. Particulièrement en colère après sa condamnation, lui qui n’avait jusqu’alors pas eu affaire avec la justice hormis une condamnation pour violation de domicile, il tente de mettre fin à ses jours dans sa cellule.

Alertés, les agents le transportent vers l’infirmerie. Mais face à la blessure, et l’hémorragie, le Samu est prévenu. À leur arrivée, les médecins lui proposent un médicament pour « le calmer ». Il refuse. On lui conseille alors de faire une piqûre. À la vision de l’aiguille, le détenu entre dans une intense colère. Il renverse son brancard, jette un défibrillateur en direction des six agents présents pour le surveiller, en fait tomber l’un d’entre eux puis… mord au bras un autre.


Accusé d’être un espion dans son pays


« La plupart des gens frappent quand ils sont énervés, vous vous mordez », souffle la présidente, Sylvia Descrozaille. « Je ne m’en souviens pas, j’étais paniqué, angoissé. je ne savais pas ce qu’ils disaient…», tente-t-il d’expliquer. Avant que son avocate, Me Alexandra Gosset, ne prenne sa défense et rappelle le parcours « pour le moins douloureux » de son client. 

Retour au Soudan, Afrique de l’est. Tout juste majeur, il décide de rejoindre Israël « pour travailler ». Il n’y arrivera jamais et sera arrêté à la frontière de l’Égypte. Accusé d’être un espion à la solde de l’État hébreu, il passera un an dans les geôles égyptiennes puis soudanaises, dont on devine le quotidien. Jusqu’en 2017, où il parvient à s’enfuir. Direction la Libye, clandestinement. Puis les îles italiennes, à l’aide de « passeurs », puis Vintimille et enfin l’Hexagone, où il obtient rapidement le statut de réfugié politique. Ce qui lui permet de travailler, ce qu’il a fait durant plusieurs mois avant ses ennuis judiciaires. « Quand les forces de l’ordre sont arrivées chez lui à Villefranche ou quand on a voulu lui faire une piqûre en prison, il a paniqué. Il n’y avait pas d’interprète. Et dans son pays, vous imaginez bien qu’on ne protège pas les détenus… Alors, il a pris peur et sa défense a été de mordre », plaide Alexandra Gosset.

Si elles n’ont pas caché « être sensibles à ce parcours de vie », ses consœurs de la partie civile, Mes Elsa Cazor et Christelle Cordeiro, n’en ont pas pour autant excusé le geste. « Une morsure, c’est sauvage, c’est pour faire mal. Et on n’imagine pas les conséquences : mon client vit dans l’angoisse d’attraper un virus et en prévention, il est obligé de suivre une trithérapie durant six mois ! », explique la dernière, avant de demander 1.500 € de dommages et intérêts pour son client. Elle l’obtiendra. Le prévenu, lui, est retourné à la maison d’arrêt de Druelle. Pour six mois supplémentaires.
 

Mathieu Roualdès
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