Jean-François Julliard de Greenpeace France : "L'urgence absolue consiste à faire en sorte que les gouvernements se mettent enfin à écouter les scientifiques du climat"

  • À l'occasion des 50 ans de Greenpeace, le directeur général de Greenpeace France Jean-François Julliard revient sur les plus belles victoires de l'ONG et les défis qui restent à relever.
    À l'occasion des 50 ans de Greenpeace, le directeur général de Greenpeace France Jean-François Julliard revient sur les plus belles victoires de l'ONG et les défis qui restent à relever. Delphine Ghosarossian
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(ETX Daily Up) - Ce mercredi 15 septembre, Greenpeace souffle sa cinquantième bougie. À cette occasion, le directeur général de Greenpeace France Jean-François Julliard évoque les plus belles victoires de l'ONG et met l'accent sur les défis qui restent à relever. 



Le 15 septembre 1971, des militants embarquaient à bord du navire "Phyllis Cormack" depuis Vancouver pour tenter d'arrêter un essai nucléaire sur une île au large de l'Alaska… Avec succès, puisque les États-Unis interrompent définitivement leurs essais l'année suivante. C'est la première victoire d'une association de militants qui décide de se baptiser "Greenpeace", en référence à son engagement environnemental et pacifiste. 

Cinquante plus tard, l'ONG a acquis une renommée mondiale et mené un demi-siècle de campagnes et d'opérations de sensibilisation pour préserver les océans, la biodiversité et tout ce qui constitue les richesses de la Terre. Entretien avec Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. 

Greenpeace fête ses 50 ans. Quel est l'état d'esprit général au regard de la situation actuelle ? 

Il y a peu de raisons de se réjouir. Les indicateurs de santé de la planète ne sont pas bons, comme l'a confirmé le dernier rapport du Giec. Nos missions au sein de Greenpeace sont donc plus que jamais d'actualité. Mais ce qui est encourageant, c'est que beaucoup de solutions sont connues et à notre portée, ce qui n'était pas le cas il y a cinquante ans.

On sait par exemple qu'il faut limiter nos dépenses d'énergie, cesser de construire des centrales à charbon, développer les énergies renouvelables, transformer nos modèles agricoles, arrêter de couper des arbres en Amazonie pour faire pousser du soja, etc. Nous avons construit un système aberrant. Il faut changer tout cela. Malheureusement, les gouvernements manquent de volonté politique pour avancer sur ces sujets. 

Dans une interview récemment accordée à l'AFP,  la directrice générale de Greenpeace International Jennifer Morgan a déclaré : "Tout ce que nous avons fait au cours de ces 50 années, nous devons le déployer pour créer un changement absolument radical et profond". Que vous inspirent ses propos ? 

Nous ne sommes pas, bien entendu, les seuls à agir, mais c'est vrai que Greenpeace a contribué à créer un éveil des consciences. Aujourd'hui, les sujets écologiques et environnementaux sont présents partout : dans les dîners de famille, dans les débats publics et politiques...

C'est une vraie prise de conscience internationale, qui est loin d'être uniquement  franco-française. Maintenant, il faut la transformer en passage à l'action. Faire en sorte que les gouvernements, les grandes entreprises, mais aussi les citoyennes et les citoyens agissent pour avancer vers le changement.  

Cela va bientôt faire dix ans que vous dirigez Greenpeace France. Quelle évolution constatez-vous au sein de l'ONG depuis votre arrivée ?

Tout d'abord, un engagement accru de la part des Françaises et des Français, en particulier depuis ces quatre dernières années et notamment avec la jeunesse qui se mobilise sur ces questions. Il y a aussi une meilleure connaissance de certains sujets. Le fait d'aborder l'impact du transport aérien sur le climat est par exemple relativement récent.

Nous essayons aussi de travailler à la fois sur les questions environnementales et sociales. C'est-à-dire que nous veillons à ce que nous défendons au niveau environnemental ne contribue pas dans le même temps à creuser les inégalités. Nous faisons par exemple très attention au bien-être des travailleuses et des travailleurs lorsque nous abordons une question spécifique au climat. Est-ce qu'elles et ils risquent de perdre leur emploi ? Quelles sont leurs conditions de travail ? C'est quelque chose que nous faisions moins auparavant.

La création d'outils juridiques semble également prendre de plus en plus de place au sein des missions de votre ONG…

Nous essayons en effet, avec d'autres organisations, de créer une véritable justice climatique. L'idée est d'utiliser les recours juridiques pour avancer sur les questions environnementales quand la situation est bloquée, par exemple si des entreprises ou des gouvernements refusent de mettre des mesures en place. Ce qui peut se traduire par des plaintes ou des procès, comme nous l'avons fait aux côtés d'autres ONG pour l'Affaire du Siècle

Selon vous, quelles sont les plus grandes victoires de Greenpeace ?

Certaines sont emblématiques : le moratoire voté en 1986 pour interdire la chasse à la baleine ou encore le nouveau protocole rattaché au traité de protection de l'Antarctique en 1991, pour lequel Greenpeace s'est fortement mobilisé et qui a montré que les États sont capables d'agir concrètement pour protéger la planète lorsqu'ils en ont la volonté.

Plus récemment, il y a deux ans, nous avons réussi à empêcher un projet de forage pétrolier de l'entreprise Total au large de l'Amazone brésilien, à proximité des côtes de la Guyane française. Même si elle ne concernait qu'une seule action, cette victoire a démontré que l'on a le pouvoir de bloquer un projet orchestré par un groupe extrêmement puissant, ce qui nous a donné du baume au coeur et la volonté de continuer ! 

Justement, quels sont les grands objectifs que vous visez pour les prochaines décennies ? 

L'urgence absolue consiste à faire en sorte que les gouvernements se mettent enfin à écouter ce que nous disent les scientifiques du climat et agissent en conséquence. Cesser par exemple toute exploitation d'hydrocarbures, c'est-à-dire arrêter d'aller creuser la terre ou explorer les eaux dans l'espoir d'y trouver du gaz, du pétrole ou du charbon. Il faudrait que les gouvernements soient capables de se dire : "Ok, là on arrête". Dans le même temps, il faut continuer à chercher de nouveaux modes de vie pour s'adapter. Cela nécessite une véritable transformation, un bouleversement et une rupture absolument nécessaires. 

Faut-il donner plus de place aux jeunes dans ces combats ? 

Bien sûr ! Chez Greenpeace, nous avons recruté beaucoup de jeunes engagés dans les marches pour le climat. Pour ces nouvelles générations, adopter des modes de vie plus en phase avec le respect de la planète semble bien plus naturel : ils sont par exemple plus facilement végétariens, voire vegans, moins susceptibles de prendre l'avion, etc. Ils s'interrogent également sur leur avenir professionnel et l'engagement environnemental des entreprises. Ils n'iront pas forcément travailler dans des sociétés qui abîment la planète ! Il est donc absolument nécessaire de les écouter et de les impliquer.  

Relaxnews
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