Aveyron : pour Stéphane Mazars, "critiquer la justice, c’est trop facile"

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  • Stéphane Mazars dans le bureau de sa permanence parlementaire à Rodez.  A l'arrière plan, une photo de Robert Badinter.
    Stéphane Mazars dans le bureau de sa permanence parlementaire à Rodez. A l'arrière plan, une photo de Robert Badinter. MR
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Récemment nommé rapporteur du projet de réforme de la justice voulue par le garde des sceaux, Éric Dupont-Moretti, le député aveyronnais et avocat de profession balaie l’actualité judiciaire de ces derniers temps. Il revient également sur un projet qui lui tient à cœur et qui lui a valu bon nombre de critiques de sa profession : la réforme des retraites.

Le procès historique des attentats du 13-Novembre se tient actuellement à Paris. "Le monde entier va nous regarder", a noté le garde des sceaux. C’est un véritable défi pour la justice française, en sortira-t-elle grandie ?

Notre pays s’est donné les moyens de rendre une justice dans de bonnes conditions avec une salle éphémère pour la tenue de ce procès hors norme, la mobilisation de tous les acteurs de justice durant ces neuf mois. On sort toujours grandi d’un procès dans lequel les règles de droit s’appliquent. C’est ce qui nous différencie des dictatures. Et même si on voit depuis le début des débats que laisser la parole à Salah Abdeslam peut s’avérer douloureux, irritant, c’est tout à notre honneur de le juger avec nos règles préétablies. Maintenant, il ne faut pas que ces neuf mois de débats se transforment en tribune pour lui et ses coaccusés. Mais je fais confiance au président et à son expérience pour gérer cela…

7,5 millions d’euros ont été investis pour la tenue de ce procès. Est-ce une réponse forte à la principale critique des acteurs de justice : le manque de moyens ?

Depuis des années et des années, la justice a été maltraitée et j’ai toujours été le premier à le dénoncer. Mais, ce n’est plus le cas aujourd’hui, cette critique ne tient plus. Depuis le début de cette mandature, on ne cesse de rattraper notre retard.

En cinq ans, le budget de la justice a augmenté de près de 30 % ! Il n’y a jamais eu autant de magistrats en France, de nombreux greffiers ont été recrutés et ces moyens servent à la mise en œuvre de la justice de proximité qu’on souhaite. Si Éric Dupont-Moretti a accepté la main tendue de ce gouvernement, c’est pour peser dans cette nouvelle donne. Et ça fonctionne.

Récemment, il vous a désigné rapporteur du projet de loi dit "confiance dans l’institution judiciaire". Les récents sondages d’opinion montrent que cette confiance s’effrite de plus en plus chez les Français…

Il est impératif de l’améliorer, c’est une exigence même. Car si demain, nos concitoyens ont le sentiment que même un juge ne peut pas leur donner raison, ça veut dire qu’on a tout perdu… La justice, ce sont des milliers de décisions rendues tous les jours. Et certes, certaines se passent mal, elles sont souvent médiatisées et mises en avant mais la très grande majorité n’appelle aucune critique.

Les politiques ont un rôle fort à jouer dans cette confiance. Récemment, votre confrère député et aujourd’hui président du conseil départemental, Arnaud Viala, indiquait sur CNews que la "justice était trop laxiste"…

Il y a deux attitudes à avoir : une responsable et une populiste. Si je veux me faire applaudir dans une assemblée, je n’ai qu’à dire que la justice est laxiste, qu’on relâche les criminels, que les juges font n’importe quoi… Mais ce n’est pas la vérité et surtout pas celle du travail honnête réalisé par les magistrats. Ils ne font qu’appliquer les lois que nous, politiques, on vote. Je m’interdis donc de critiquer cette institution malgré ses failles. Critiquer, c’est facile, trop facile.

Il y a également une opposition de plus en plus prégnante entre police et justice…

Cette opposition est délétère. Le temps de la police et celui de la justice sont complémentaires, on doit avancer sur ces deux jambes de notre État de droit.

Votre projet de loi prévoit la suppression des remises de peine automatiques… Est-ce une réponse à ce "laxisme" ?

C’est un outil qui permet de rétablir la confiance. Car lorsqu’on entend dans un tribunal que votre agresseur est condamné à 12 mois de prison et qu’on vous explique en sortant de ce même tribunal qu’il ne fera finalement que huit mois, on se demande quelle est cette justice… Désormais, il n’y aura que des remises de peine au mérite. Le détenu condamné à 12 mois ne sortira pas avant s’il ne se comporte pas bien !

Quid du problème de surpopulation carcérale auquel est confrontée la prison de Druelle, pourtant présentée à ses débuts comme une "prison modèle", et face auquel la France ne cesse d’être pointé du doigt par la communauté internationale…

Il y a un "plan prison" engagé avec la création de places supplémentaires. Mais sur ce sujet, il faut être pragmatique : il n’y a pas de solution miracle. Je pense pour ma part qu’il faut adapter notre modèle en façon du public. Il faut des prisons dures pour les durs, des prisons spécialisées pour les radicalisés et des prisons qui préparent la réinsertion. Car aujourd’hui, une personne qui a séjourné en prison ne serait-ce que quelques mois, il y a de fortes chances qu’elle y retourne…

Récemment, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a indiqué que la réforme des retraites n’était pas "enterrée". Êtes-vous toujours l’un des rares avocats aveyronnais à plaider pour ?

Je vais énerver beaucoup de mes confrères (rires). Aujourd’hui, si je ne regarde que mon intérêt, mon régime de retraite d’avocat me va très bien. Mais, j’ai un mandat de député et pour le bien de la nation, je crois en ce régime universel. Que l’on soit cheminot, fonctionnaire ou avocat, un euro cotisé doit ouvrir les mêmes droits. Je fais parler l’intérêt général avant mon intérêt particulier. Si ça avait été l’inverse, j’aurais pu être critiquable mais j’ai toujours été très clair avec cela. Durant toutes mes réunions publiques en 2017, je me suis engagé très fortement en faveur de cette réforme de la retraite universelle.

"Cotiser plus pour gagner moins" : tel était le discours des robes noires, dont le régime autonome actuel fonctionne très bien…

J’ai toujours eu un discours de vérité : oui, ils seront perdants dans un premier temps avec cette réforme avec l’augmentation de leurs cotisations (de 14 % à 28 %, NDLR). Mais ça, on l’a identifié. Et nous mettrons en place des mesures correctives pour amortir ces effets. C’est tout le travail qu’on doit co-construire avec les avocats si le débat revient sur la table. Mais ce que je dis à mes confrères, c’est d’avoir une vision bien plus large de ce sujet. Car les avocats sont dans la même situation que les agriculteurs il y a quelques années, quand leur régime autonome était vertueux avec davantage de cotisants que de retraités. Mais dès que la tendance s’est inversée, les agriculteurs ont fait appel à la solidarité nationale. Un jour, cela arrivera aux avocats et assez rapidement : selon les prévisions, ce sera dans les années 2030.

Maître Stéphane Mazars plaidera-t-il toujours pour Emmanuel Macron dans la campagne présidentielle à venir ?

Oui ! J’espère qu’il se représentera, car ce quinquennat fut difficile et on n’a pas pu porter toutes les réformes souhaitées. Je souhaite qu’Emmanuel Macron aille au bout de son projet.

Défendre l’indéfendable ?

Auriez-vous accepté de défendre Salah Abdeslam ? Peut-on défendre l’indéfendable ? C’est une question que bon nombre d’avocats se posent et qui ramène sur les bancs de la faculté de droit. Le célèbre Jacques Vergès y aurait répondu avec facilité et sans détour. Pour Stéphane Mazars, la question n’est pas si simple. "Au-delà de l’horreur des faits reprochés à Abdeslam, il y a le comportement de la personne qu’on défend. S’il fait dans la provocation, je ne me serai pas senti de l’avoir dans mon dos derrière durant neuf mois. Mais s’il accepte de s’expliquer, de respecter le droit, j’ai prêté serment pour défendre tout le monde", réagit-il. Et de poursuivre : "Je tire en tout cas mon chapeau à la jeune avocate qui le défend (Me Olivia Ronen). Si elle arrive au bout des neuf mois, je serai le premier à la féliciter. Car, il est toujours bon de le rappeler : un avocat n’épouse pas le crime de son client, nous sommes là pour la compréhension."
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Propos recueillis par Mathieu Roualdés
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Les commentaires (2)
Altair12 Il y a 29 jours Le 20/09/2021 à 09:44

Charles De Gaulle déclarait " Chacun sait que la justice n'est pas rendue en France " ; force est de constater que depuis ces propos la dégradation de l'institution judiciaire s'est poursuivie inexorablement jusqu'à l'état de décrépitude où elle se trouve de nos jours et ce n'est pas le Garde des Sceaux actuel qui va remédier à la situation !

Vilain Il y a 29 jours Le 20/09/2021 à 09:16

Le bouillonnant petit avocat aveyronnais semble toujours et encore parler pour ne rien dire. Ses multiples apparitions ressemblent plus à un narcissisme chronique qu'à une volonté de faire avancer l'intérêt général du Pays. Il ferait mieux de réviser son droit que de vouloir parler d'un sujet dont-il ne maîtrise pas la portée.