Le Minier médiéval déploie toutes ses richesses au Viala-du-Tarn

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    Des étudiants effectuentdes relevés dans un ancienatelier sous la supervisionde Françoise Galès. Nicolas Minvielle Larousse
  • Fouille d’une mine d’argent. Fouille d’une mine d’argent.
    Fouille d’une mine d’argent. Nicolas Minvielle Larousse
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La campagne de sondages et de fouilles menée en août par une équipe scientifique interdisciplinaire devrait permettre d’en savoir beaucoup plus sur cette période clé de l’histoire.

L’existence de mines d’argent médiévales (XIIIe-XVe siècle) est un fait connu au Viala-du-Tarn et tout particulièrement dans le hameau du Minier, situé en contrebas du bourg centre, dans la vallée de l’Amalou.

Pour autant, un groupe d’une quinzaine de scientifiques a mené une campagne permettant d’établir un diagnostic de la vallée. Il est composé d’archéologues, d’historien, d’historienne de l’art, de géologue, de géochimiste, d’archiviste, de paléographe, ainsi que plusieurs étudiantes et d’étudiants en formation, de Millau, de Montpellier, de Paris, de Strasbourg, d’Aix, de Toulouse ou encore de Béziers, répartis dans quatre équipes. La plupart y ont participé bénévolement et pendant leurs congés.

Le chantier a fait l’objet d’un projet collectif de recherche (PCR) formalisé par le ministère de la Culture. La région Occitanie et le département de l’Aveyron ont également participé au financement de cette opération.

Le PCR du Minier a été construit progressivement à partir de prospections menées en 2017-2018 à l’initiative d’un passionné d’archéologie, Alain Bernat. Puis en 2019, Nicolas Minvielle Larousse (photo), archéologue, membre de l’École française de Rome et membre associé du laboratoire d’archéologie médiévale et moderne en Méditerranée de l’université d’Aix-Marseille s’est rendu sur le terrain. Ces campagnes ont permis d’apprécier le potentiel archéologique de la vallée du Minier et de justifier l’ouverture d’un chantier de fouilles décalé d’une année du fait de la crise sanitaire.

Ces investigations ont également bénéficié de la contribution d’Alain Carrière, membre du Foyer d’éducation populaire du Viala et fin connaisseur du réseau de chemins communaux vialarains. Maçon, celui-ci a mis à disposition et manœuvré sa pelle mécanique en suivant les instructions des scientifiques.

Confirmation de vestiges miniers médiévaux

La campagne, coordonnée par Nicolas Minvielle Larousse, a confirmé la présence de vestiges miniers médiévaux grâce à un corpus d’archives particulièrement fourni et aux relevés effectués sur le terrain. Elle révèle ainsi un potentiel archéologique important pour le Moyen Âge et montre que toute la chaîne opératoire de la mine se déployait sur place.

Le groupe de scientifiques dispose désormais d’une cinquantaine d’actes sur la production argentifère, là où d’habitude, on en compte une dizaine. Si on élargit le spectre thématique, il est possible de s’appuyer sur une centaine de références entre 1214 et 1452, respectivement première et dernière attestation d’activité.

Cette masse d’archives est issue pour l’essentiel de deux chartriers laïques. 55 % proviennent des archives des comtes de Rodez et 40 % d’Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse et de ses successeurs, les rois de France.

Les investigations ont permis de repérer précisément sept filons et seize mines répartis dans la vallée. Ils ne sont pas aussi importants que ceux qu’on peut trouver dans le Gard, mais ils sont jugés particulièrement riches. La mine d’Orzals, la plus imposante de cet ensemble découvert vers 1250-1260, a été la plus productive pendant plusieurs décennies.

Le rôle essentiel du Minier

Le filon du Minier (qui s’étend sur plusieurs centaines de mètres) joue un rôle essentiel. C’est sur lui que le village s’est bâti. On le trouve du côté du Viala dans la pente, il passe sous les maisons, sous le pont du Minier et ressort sous la vallée de Douzillenque. Trois galeries, dont les entrées sont condamnées, ont été topographiées. Les sondages de la mine médiévale du Minier témoignent de son bon état. Les archéologues y ont découvert un caniveau aménagé pour évacuer l’eau et le charbon de bois récupéré devrait être prochainement daté.

Un atelier de préparation du minerai et plusieurs enclumes qui servaient à le concasser et à le broyer ont également été exhumés. Des meules l’avaient été lors de la campagne de 2019. C’est aussi là qu’on séparait l’argent (1 %) du plomb (99 %). Les scories découvertes ont également révélé des traces de zinc, antimoine, cuivre, arsenic et étain.

Cet espace était contrôlé par les comtes de Rodez. Leur implantation au Minier date de la deuxième moitié du XIIe siècle. Le comtat est alors sous la suzeraineté du comte de Toulouse qui, lorsqu’il apprend dans les années 1260 qu’il y a là une source de profit facile, s’en mêle. Les deux parties entrent dans un conflit qui prend une tournure judiciaire. Au bout de plusieurs années, un compromis intervient pour le partage des prélèvements.

Le comte de Rodez récupère de la matière première pour battre le denier de Rodez. Quant à Alphonse de Poitiers, frère du roi de France, il prépare (1265-1270) la croisade de Saint-Louis à Tunis.

Extraire de l’argent pour fabriquer de la monnaie n’a du reste rien d’anodin à une époque où ce minerai est produit en quantité insuffisante non seulement en France mais dans pratiquement toute l’Europe. Les 16 exploitants sont alors des notables de Millau et de Saint-Affrique. Associés, ils emploient des ouvriers et perçoivent 85 % des bénéfices.

Le village du Minier présente également un intérêt majeur pour la conservation de son habitat médiéval. Il est composé de six maisons avec un caractère très urbain remontant à une période allant du XIIIe au XIVe siècle. Outre les édifices bourgeois, il y a eu un habitat minier ouvrier. "C’est d’autant plus remarquable que pouvoir étudier l’architecture d’un habitat médiéval dédié à l’exploitation minière est rare", selon Nicolas Minvielle Larousse.

Les recherches en cours renseignent également les mobilités ouvrières de l’époque. Ainsi, des mineurs du Minier s’exportaient au-delà de leur vallée. On note leur présence sur le massif du Lévézou, jusqu’à Canet-de-Salars pour la période allant du milieu du XIIIe au milieu du XIVe siècle.

Le site conduit donc à étudier une grande diversité d’acteurs à plusieurs échelles et sur une période assez longue. Si le chantier archéologique d’août 2021 a contribué à valider certaines hypothèses, des interrogations demeurent, à commencer par celles qui portent sur l’arrêt de l’activité au XVe siècle. Faut-il y voir une conséquence de la Peste noire de 1348 ou un épuisement des filons qui a engendré une baisse des rendements économiques de l’exploitation ? Pour répondre à ces questions, Nicolas Minvielle Larousse estime qu’"il faut trouver plusieurs fronts de taille médiévaux et apprécier le rayonnement de cette économie minière à travers la recherche de nouveaux filons". De même, les chercheurs ignorent quels étaient les circuits commerciaux du plomb. Mais dans le même temps, des portraits se dessinent, traçant ainsi la perspective d’une histoire au plus près de celles et ceux qui l’ont faite. C’est par exemple tout l’enjeu des études architecturales.

L’ensemble assez complet dont disposent les scientifiques constitue donc un gros potentiel pour engager d’autres chantiers de fouilles au Minier mais aussi sur le Lévézou à l’horizon 2022.

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