L'Aveyronnais Olivier Savignac : "Le droit divin ne doit plus avoir la suprématie sur le droit pénal"

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  • Agressé sexuellement à 13 ans par un prêtre, Olivier Savignac  ne cesse de se battre depuis des années pour la libération de la parole.
    Agressé sexuellement à 13 ans par un prêtre, Olivier Savignac ne cesse de se battre depuis des années pour la libération de la parole.
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Victime d’un prêtre pédophile dans son enfance, l’Aveyronnais Olivier Savignac, cofondateur de l’association "Parler et revivre", a qualifié le rapport Sauvé "d’historique", mardi. S’il considère que "beaucoup de personnes n’ont pas parlé encore", il attend désormais "une réforme de l’Eglise et de l’institution, complice de ces crimes de masse".

Que représente ce rapport Sauvé pour vous ?

Il est historique. Ce doit être une nouvelle pierre pour l’Église catholique dans sa reconnaissance de ses crimes sur les enfants. Car malheureusement, pour 9 personnes sur 10, il n’y aura pas de réponses de la justice, les faits étant prescrits. Cela veut dire que l’Église doit faire des pas en avant par rapport à ces personnes qui attendent une reconnaissance. Les processus d’indemnisations sont très importants, on pourrait également imaginer un événement de reconnaissance pour toutes ces victimes…

L’Église française a dit son "effroi" et a demandé "pardon" aux victimes,. Le pape a pour sa part confié "son immense chagrin". Comment recevez-vous ces mots ?

Demander pardon, c’est facile. Mais la sincérité de ce mot s’inscrira dans ce que l’Église souhaite mettre en place désormais. Elle doit se réformer, remettre en question toute cette institution et son rôle de complice. Elle doit faire la lumière sur tout ce qui a conduit à ce mécanisme horrible et systémique comme le montre ce rapport.

Vous attendiez-vous à un rapport aussi accablant ?

Je ne m’attendais pas à un chiffre aussi élevé de victimes, sans compter que les personnes décédées ne sont pas prises en compte ! Combien de victimes de l’Abbé Maurel en Aveyron sont aujourd’hui en vie ? Tous ces chiffres montrent un véritable crime de masse. Et de nombreuses personnes n’ont pas parlé encore. Dans les milieux ruraux, comme l’Aveyron, on a l’habitude de laver son linge sale en famille et la libération de la parole reste très difficile. Pourtant, tous les jours, des gens me racontent des histoires. Encore ce matin (hier), à la sortie d’un entretien à la télévision, un technicien m’a approché pour me raconter, les larmes aux yeux, qu’il avait subis des attouchements de la part d’un prêtre lorsqu’il était jeune…

Croyez-vous en cette repentance de l’Église et en sa volonté de réforme ?

C’est à elle de le prouver mais moi, je ne peux rien présager. Je suis trop fatigué de ces discussions avec cette institution et je préfère aujourd’hui mener mon combat auprès des personnes qui ont été abîmées par ces faits horribles. C’est la priorité. J’espère seulement que l’Église lira bien ce rapport… La Ciase demande la levée du secret de la confession, c’est très important. Car l’État est complice de ces agissements avec la loi qui prévoit qu’on ne peut pas toucher à ce secret. Le droit divin ne doit plus avoir la suprématie sur le droit pénal. Et tout doit être dénoncé.

Le rapport dit également que l’Église "n’a pas su voir", n’a-t-elle pas davantage fermé les yeux selon vous ?

Elle n’a pas voulu voir, dans certains cas, pas tous. Il y a une notion de complicité active dans les années 1950 notamment.

Ce rapport peut-il libérer la parole en Aveyron ?

Je l’espère, car beaucoup n’ont pas parlé. Et notamment en Aveyron où je considère que sur quatre, cinq victimes, une seule a osé parler. J’ai envie de leur dire que ce n’est pas trop tard, qu’aujourd’hui il faut parler. Car plus le secret date, plus il est lourd à porter. Notre structure et d’autres permettent désormais d’accompagner et d’aider ces victimes.

Conservez-vous toujours la foi ?

Je l’ai mais pour moi, en ce que je crois, en Dieu. Mais pas en l’Église.

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Mathieu Roualdés
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