Chambre d'agriculture : pourquoi plus de 1 600 dossiers d'agriculteurs ont été piratés ?

  • Le piratage informatique remonte à 2018.
    Le piratage informatique remonte à 2018. -
Publié le , mis à jour

En mars dernier, le tribunal de Rodez avait condamné une "fausse stagiaire" pour le vol de données de nombreux éleveurs aveyronnais en 2018... Ce mercredi, c'est le "commanditaire" qui a été condamné. Il n'était pas présent lors de l'audience.
 

L'affaire fut particulièrement relayée, tant elle épouse tous les codes d'un délicieux roman d'espionnage. Elle remonte à l'été 2018. Une jeune femme, née en 1994, se présente à la chambre d'agriculture de l'Aveyron. Elle souhaite y suivre un stage de quinze jours en tant qu'assistante administrative. Pour cela, elle pleure-misère, se dit en détresse familiale et financière. L'institution est amadouée et n'a que faire de la convention, issue d'un organisme étranger pas vraiment répertorié... Le 13 août, la Chambre d'agriculture compte donc une nouvelle "stagiaire". Rapidement, elle parvient à se faire prêter un badge d'accès aux bureaux ruthénois afin de rester un peu plus tard que ses collègues le soir. Personne ne s'en doute alors, mais le tour est joué.

Plus de 1600 fichiers d'éleveurs piratés

En moins d'une semaine, la jeune femme extrait sur une clé USB plus de 1 600 fichiers confidentiels sur les élevages aveyronnais dans lesquels on retrouve l'adresse, le numéro de téléphone, le détail de leur cheptel ou encore les codes d'accès pour déclarer les entrées et sorties de bovins... Mais, la "stagiaire" ne s'arrête pas là. Elle installe également un logiciel espion permettant de prendre le contrôle de son ordinateur à distance. Quand le service informatique s'en rend compte, il est trop tard. La "stagiaire" a disparu. En mars dernier, elle a été condamnée par le tribunal de Rodez à 10 000€ d'amendes avec sursis pour ces faits. Elle était absente du procès, tout comme celui qu'elle a présenté comme son "commanditaire". Ce dernier s'était dit "cas contact", sans le justifier. Ce mercredi, il était de nouveau attendu au palais de justice pour comparaître. Mais, cette fois, "il nous a envoyé un mail ce matin pour nous dire qu'il avait dû se rendre à l'étranger après le décès soudain de son père", a confié la présidente Sylvia Descrozaille. "Il se moque du monde et de nous comme il s'est moqué de la Chambre d'agriculture", a pesté l'avocat de cette dernière, Me Bastien Auzuech, face à cette nouvelle défection. Le tribunal a néanmoins retenu le dossier.

Exportateur de bovins à Saint-Nazaire

Le dossier d'un prévenu aux multiples visages. Sur la toile, il se présente tantôt comme avocat au brillant cursus (titulaire de Masters en divers droits, diplômé de l'université de Cardiff, ancien juriste pour la commission européenne...), tantôt à la tête d'une entreprise spécialisée dans l'export de bovins. Sur son site internet, la société se revendique comme la "1re exportatrice de bovins du nord-ouest de la France vers le Maghreb et le Moyen-Orient" et son PDG s'affiche en photos avec l'ancien ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, ou encore l'ambassadeur d'Algérie en France. Pourquoi a-t-il "envoyé" son employée en "mission commando" dans l'Aveyron ? "Car nous recherchions des bovins de race aubrac", a-t-elle confié devant les enquêteurs, se disant "sous emprise" de cet employeur après "une sortie de prison difficile". Lui a seulement avancé qu'il n'avait "jamais fait usage des données piratées" avant de faire valoir son droit au silence... Contactés, les éleveurs aveyronnais floués ont indiqué qu'ils n'avaient jamais été approchés par cette société.

"On ne saura pas à quoi ces données ont finalement servi, c'est la zone d'ombre", avait déjà insisté le procureur, Bernard Salvador, lors de la première audience. Ce mercredi, le tribunal s'est une nouvelle fois posé la question. Toujours sans réponse. Seul l'avocat de la Chambre d'agriculture a avancé "une hypothèse", lors de sa plaidoirie. "Il se pourrait que ce Monsieur ait récupéré les numéros d'identification de certaines bêtes aveyronnaises pour en exporter d'autres non déclarées avec..."

Le tribunal l'a condamné, comme son ancienne employée, à une amende de 10 000€ avec sursis. Il devra, en outre, dédommager la Chambre d'agriculture à hauteur de 1 500€. En attendant, sa société d'export en bovins s'affiche toujours comme "active" sur internet...

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