Millau : la gestion des rivières est mise à l’épreuve

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  • Jean-Pierre Henri Azéma veut un débat démocratique avec tous les acteurs de la rivière.
    Jean-Pierre Henri Azéma veut un débat démocratique avec tous les acteurs de la rivière. DR
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Associations de pêche et experts géographes se rejoignent sur l’urgence de la situation.

Fin septembre, l’Association agréée de pêche et de protection des milieux aquatiques (APPMA) de Millau sensibilisait sur les effets dévastateurs de la vie aquatique avec les barrages en pierre que les amateurs d’eau douce pouvaient ériger. "Il faut laisser courir la rivière et ces barrages les dégradent, déclarait un moniteur de l’association. Couper l’eau d’une rivière favorise la prolifération des algues."

Mais d’autres usagers de la rivière déplorent cette "stigmatisation des autres sans regarder leur propre comportement". "Il y a deux catégories de pêcheurs : ceux de base avec qui je suis ami et les intellectuels des fédérations qui tiennent des discours alors que la réalité de la rivière est tout autre, développe le Sévéragais Jean-Pierre Henri Azéma, docteur en géographie de l’aménagement et consultant spécialiste des moulins et du patrimoine industriel, ethnologue et kayakiste occasionnel.

Je n’ai aucun problème avec les pêcheurs mais avec la gestion de la rivière."

Pour lui, la science est laissée de côté par les AAPPMA qui "ne respectent même pas leur logo en détruisant des chaussées", ne manquant pas de rappeler le cas du moulin de Paillès à Saint-Georges-de-Luzençon, menacé, moulin pour qui s’est créé un collectif de sauvegarde. "Cet exemple va à contre-courant de ce qu’ils veulent où 400 ans d’histoire végétale seraient emmenés à disparaître pour élargir le lit de la rivière de 10 à 20 mètres, détaille le scientifique. L’eau ne sera pas chauffée, et il n’y aura plus de poisson non plus. Les arbres autour qui accueillent les rapaces attaquant les rongeurs seront abattus. Au bout, ce sont les cultures qui sont menacées."

Pour un débat démocratique

Servi par l’actualité et les précipitations tombées dans les Cévennes, Jean-Pierre Henri Azéma rebondit sur le terme de barrage qui se "définit comme un ouvrage hydraulique qui bloque la vallée et le cours d’une rivière". Au nombre de 24 en Aveyron, "ces ouvrages sont pourtant plébiscités par les pêcheurs". Pour démonter les "discours erronés" autour de la température, "plus la masse d’eau est importante, plus il est difficile de la chauffer, plus cela consomme d’énergie pour en élever la température". Et la prolifération des algues serait plutôt due aux "nutriments chimiques".

Au-delà de ces nombreux "paradoxes et pathologies du pêcheur", les usagers des rivières comme Jean-Pierre Henri Azema aspire à un débat démocratique pour "repenser la rivière de manière objective". "Nous avions sollicité la salle des fêtes de Saint-Georges-de-Luzençon pour tenir un débat mais elle nous a toujours été refusée", déplore l’expert géographe.

Reste à trouver un terrain d’entente pour une gestion durable des rivières.

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loïc bailles
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