Rugby : commotionné en 2016, Sébastien Abdelkader (Millau) vit "au jour le jour"

  • Sébastien Abdelkader : "Avant, on ne réalisait pas le danger." Sébastien Abdelkader : "Avant, on ne réalisait pas le danger."
    Sébastien Abdelkader : "Avant, on ne réalisait pas le danger." DR
Publié le

Le troisième ligne de Millau (Fédérale 2), âgé de 34 ans, a failli arrêter sa carrière après une grave commotion cérébrale.

En février 2016, vous perdiez connaissance après avoir pris un genou en pleine tête en tentant un plaquage.

C’était à Decazeville, avec Millau. J’avais perdu connaissance une vingtaine de minutes, je commençais à convulser et les pompiers étaient venus me secourir sur le terrain. J’avais retrouvé mes esprits le lendemain à l’hôpital. Derrière, un neurologue m’a diagnostiqué une déficience de la mémoire à court terme. Il m’a dit que ça mettrait du temps à revenir et j’ai toujours quelques problèmes. Peut-être qu’en vieillissant, j’aurai plus de séquelles. Je vis au jour le jour.

Combien de temps avez-vous mis pour vous rétablir ?

J’ai été très affaibli pendant plusieurs semaines. Aller vider la poubelle à 50 mètres de chez moi, c’était l’effort du siècle. Pour soigner une commotion, il faut du repos, être patient et surmonter ses peurs, notamment celle du retour au jeu, et ce n’est pas évident. Deux mois et demi après, j’avais repris mon activité professionnelle et la musculation, gentiment, puis au bout de six, c’était le rugby. Quand l’entraîneur millavois de l’époque, Henri Ferrero, m’a vu de retour à l’entraînement, la première chose qu’il m’a dit, c’est : "Seb, je pensais vraiment que t’allais y passer." Lorsqu’un ancien entraîneur pro, qui a quand même vu pas mal de chocs spectaculaires dans sa carrière, vous dit ça, c’est un grand moment de solitude.

Avez-vous songé à stopper votre carrière ?

Je me disais que j’allais arrêter, mais je suis le capitaine de l’équipe d’Algérie et j’ai ce rêve de participer à la Coupe du monde 2023, qui serait la première de l’histoire de notre sélection. Sans ça, je ne serai jamais revenu. Nous sommes en quarts de finale de la Coupe d’Afrique (le vainqueur de la compétition obtient son ticket pour le Mondial, le finaliste dispute un tournoi de repêchage), qu’on a déjà remportée deux fois depuis mon retour. J’ai pris sur moi pour ces échéances internationales, j’ai forcé le destin. J’ai repris quelques KO, mais pas comme celui-là. Peut-être que derrière, j’en paierai le prix, mais j’assumerai les conséquences.

Jusqu’où comptez-vous aller ?

Je jouerai mon dernier match à la Coupe du monde 2023 et si on ne se qualifie pas, j’arrêterai quand même à cette période. Mais si je reprends deux gros chocs à la tête d’ici-là, il se peut que je stoppe avant.

Votre accident souligne l’importance de la maîtrise technique du plaquage aux jambes.

Déjà, trois quarts de mes KO sont intervenus à cause d’un plaquage que j’ai tenté. C’est le plaqueur qui prend le plus de risques depuis l’interdiction de plaquer au-dessus de la ceinture en rugby amateur. Il faut apprendre la technique de placement avant de plaquer, et ce dès le plus jeune âge. Quand l’attaquant vous déborde, il faut mettre la tête derrière ses jambes. Moi, je l’avais mis devant, donc c’est pour ça que j’ai pris un genou en pleine tête. Si on apprenait le nombre de KO en Fédérale pour ce genre de raisons, on serait surpris.

Les arbitres sortent-ils suffisamment de cartons bleus ?

Cette saison, un adversaire a été victime d’une commotion en match. Je l’ai dit à l’arbitre et il m’a ri au nez. Des coéquipiers du blessé l’ont relevé et une fois debout, il est retombé. Là, le carton bleu a été sorti, mais s’il avait tenu sur ses jambes, ce monsieur l’aurait fait continuer… Je regrette que les joueurs ne soient pas sensibilisés à ce protocole. Si c’était le cas, ils iraient plus facilement voir l’arbitre pour lui demander de sortir leur coéquipier commotionné.

Pensez-vous que le rugby tend à être moins dangereux ?

À l’époque, à l’école de rugby, on me disait : "Tu défonces tout ce qui arrive en face de toi et après, tu avises." Maintenant, au même âge, c’est un sport d’évitement, donc moins risqué. À l’avenir, je pense qu’il y aura moins de soucis.

Vincent Nael
Voir les commentaires
L'immobilier à Millau

655 €

N754 - A louer appartement T4 situé au 2eme étage avec ascenseur Résidence [...]

330 €

T1 MEUBLE EN RESIDENCE - En rez de chaussée de résidence, quartier de viast[...]

305 €

Appartement de type 2 avec balcon. - TARN - A louer au cœur de Millau, proc[...]

Toutes les annonces immobilières de Millau
Réagir

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?