Le vrai du faux des enjeux du Nutri-score pour la filière roquefort

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    La filière considère que l'étiquetage Nutri-score n'est pas adapté à son AOP. Midi Libre - Archives
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La campagne de communication lancée par la Confédération générale de roquefort a abouti, elle a également laissé place à beaucoup de contre-vérités sur le sujet.

La filière roquefort se mobilise contre le Nutri-score. Elle estime que ce système de classification en cinq échelons, basé sur trois couleurs (vert, jaune, rouge), qui permet de mesurer la qualité nutritionnelle d’un produit, n'est pas adapté au roi des fromages. Créé en 2016, par les autorités françaises de santé publique, le Nutri-score s’est peu à peu installé sur les emballages des produits alimentaires, afin de mieux guider les consommateurs dans leurs choix. Mais à la fin de l'année 2022, sous l’impulsion de l’Europe, il pourrait devenir obligatoire sur la totalité des aliments vendus en grande surface.

Le sujet inquiète en Aveyron et il y a quinze jours, la Confédération générale de roquefort, l'interprofession qui gère le sujet, a tapé très fort sur la table. Elle a organisé une conférence de presse, à Millau, pour lancer une grande campagne de communication et de lobbying sur le sujet. Le mot d'ordre : le Nutri-score n'est pas adapté et met en danger la filière. L'action a en partie réussi, quand on touche au roquefort, on touche au terroir français. La Confédération à mettre en avant le sujet au premier plan au niveau national. Mais le succès n'est que partiel. En effet, il a abouti à beaucoup de contre-vérités. 

Lactalis et Société des caves instrumentent le sujet : faux

C'est le principal reproche qui est fait autour de cette campagne : Lactalis, propriétaire de Société des caves, utilise le sujet pour se faire un coup de communication. Pour certains médias, éditorialistes, et militant, le fait de voir Hugues Meaudre, directeur général de Lactalis AOP et Terroirs, parler en tant que président de la Confédération générale de roquefort est même synonyme d'un conflit d'intérêts. Mais c'est oublier le fondement même d'une interprofession : elle représente les acteurs de la filière.

La Confédération générale de roquefort est composée de deux collèges, celui des industriels d'un côté et celui des producteurs de lait de brebis de l'autre. Et chaque année, la présidence est tournante entre les deux collèges. Cette année, c'est le tour d'Hugues Meaudre. Et même si, en tant qu'acteur dominant du marché, Société des caves a un poids conséquent à la Confédération, elle n'est pas non plus à ses ordres. Le meilleur exemple étant le sujet du bleu de brebis, lancé en 2019 par Lactalis. À l’époque, la sortie de ce produit qui ressemblait énormément, visuellement, mais aussi au niveau de son emballage au roquefort avait irrité. José Bové et la Confédération paysanne avaient été les meneurs de la fronde. Si la Confédération générale avait estimé que le produit, en lui-même, ne faisait pas concurrence, elle avait appuyé la demande de l'INAO de voir le packaging revu, ce qui a été fait cet été.

C'est un combat d'industriels : vrai mais...

Tous les fabricants de roquefort n'ont pas forcément autant à perdre avec le Nutri-score. En tant que leader du marché (55%), Société des caves est évidemment le plus exposé. D'autant plus qu'il vend des volumes conséquents en grandes surfaces (46%). Mais il n'est pas le seul. Papillon, le deuxième plus gros fabricant, sera également concerné si la classification a des conséquences sur les ventes globales. Ce sera également le cas de Gabriel Coulet, le numéro 3. Les autres seront moins touchés : une grosse partie de leurs ventes se font dans les fromageries, où le Nutri-score ne s'appliquera pas, mais également en vente directe, notamment auprès des restaurants. Mais tous, n'ont aucun intérêt à voir l'image de leur gagne-pain dégradée par le Nutri-score. 

Au-delà des fabricants, le combat est beaucoup plus large. Il ne se limite d'ailleurs pas à l'interprofession. Les politiques, les parlementaires en tête, ont très vite apporté leur soutien. Parce que roquefort fait vivre des milliers des personnes sur le territoire. On estime à 3500 éleveurs le nombre d'agriculteurs concernés et environ 2000 le nombre de personnes qui travaillent sur la chaîne démarrant de la collecte du lait pour aller jusqu'à la vente au niveau local. En affaiblissant le roquefort, c'est tout cet écosystème qui est mis en danger. 

Le combat ne concerne que le roquefort : faux

Si c'est la Confédération générale de roquefort qui a porté le sujet, c'est qu'elle est sans doute l'interprofession la mieux structurée de France. Celle avec le plus de moyens également. Plus vieil AOP de France, le roquefort fait partie du patrimoine national. On aime où on n’aime pas, mais on le connaît. Le roi des fromages a toujours été, dans l'histoire moderne, utilisé comme un symbole dans les luttes pour la défense des produits de qualité français. C'était le cas à la fin des années 1990 lors des luttes contre les surtaxes américaines à l'importation. C'est encore le cas aujourd'hui avec le sujet du Nutri-score, qui est une problématique européenne. 

Cependant, ce classement ne concerne évidemment pas que le roquefort, mais bien tous les produits de qualité de France, mais également d'Europe. La grogne monte partout, notamment en Espagne et en Italie, où les filières sont également très inquiètes. Ces trois pays sont d'ailleurs en train de travailler ensemble pour essayer de peser au niveau de l'Union européenne. Si le roquefort apparaît au premier plan, c'est également parce qu'il a été l'un des premiers à prendre le sujet à bras-le-corps, là encore, parce que la filière est très structurée, et qu'elle a réussi à obtenir très vite les soutiens politiques locaux nécessaires. 

Julien Denormandie appelle « à revoir la méthodologie »

Jeudi, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, intervenait à l’occasion du congrès de l’Association nationale des élus de la montagne au Grand-Bornand (Haute-Savoie). Le sujet sensible du Nutri-Score a été mis sur la table. Le ministre a reconnu que ce système d’étiquetage facultatif, mis en place à l’initiative du gouvernement français en 2016, "impacte en particulier les produits de montagne".

Une prise de parole qui confirme la position affichée fin septembre lors de son déplacement dans une ferme de La Primaube. "J’en suis d’autant plus conscient que c’est une position que je défends depuis de long mois, avait-il alors répondu aux éleveurs qui l’avaient interpellé sur le sujet. Ce cahier des charges là ne prend pas en compte la réalité de consommation. Le Nutri-Score est fondé sur des volumes qui ne tiennent pas compte de la consommation réelle. Le deuxième sujet et que les produits qui font partie de notre identité et qui sont des marques pour le territoire en pâtiraient s’il est généralisé."

Jeudi, Julien Denormandie a déclaré : "On doit revoir cette méthodologie : le Nutri-Score est très important, il faut le défendre parce que c’est la demande du consommateur d’avoir cette information. Mais oui à un Nutri-Score dont la méthodologie est revue et qui soit fait au niveau européen pour être assuré qu’il n’y a pas de compétition entre les différents produits contre les produits français."

« L’exemption n’est pas la solution »

Le ministre de l’Agriculture a estimé que l’idée d’exempter les produits AOC du Nutri-Score, comme le réclamait une élue n’est pas "la solution" étant donné la multiplication des applications du même type. Il faut "faire en sorte que la méthodologie elle-même ne vienne pas à mal noter nos fromages et nos AOP", a-t-il insisté. Lors de son déplacement en Aveyron, il avait annoncé avoir attaqué, avec plusieurs alliés européens (l’Espagne et l’Italie notamment) le dossier de la réouverture des discussions sur le cahier des charges.
g. r. (avec j. f.)

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Les commentaires (1)
Altair12 Il y a 2 mois Le 25/10/2021 à 09:07

On a vu le créateur du nutriscore défendre bec et ongles son usine à gaz alors que c'est une aberration totale telle quelle est réalisée ; des produits très sains et bénéfiques pour la santé sont mal classés alors que des aliments ultra transformés, bourrés de produits chimiques et malsains sont bien classés ! ! !
Pas étonnant que l'UE soit favorable à cette gabegie ! ! !