Georges Brassens, cet ancien paria célébré dans sa ville natale, Sète

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  • Quarante ans après sa disparition, Brassens continue à séduire, à intéresser et à bouleverser.   Quarante ans après sa disparition, Brassens continue à séduire, à intéresser et à bouleverser.  
    Quarante ans après sa disparition, Brassens continue à séduire, à intéresser et à bouleverser.    Fonds Fred Mella
Publié le , mis à jour

Le chanteur, né le 22 octobre 1921, avait eu une adolescence mouvementée, avant de devenir une icône. Sète, et d’autres villes de toute la région, le fête depuis juin et jusqu’à décembre.

Il aurait pu mal tourner. Sa mère, d’ailleurs, s’était beaucoup inquiétée. Il traînait avec des copains un peu louches et prenait sa part aux cambriolages orchestrés par la bande. Il avait 16 ans. « J’aurais pu devenir un pilleur de banques, un gangster, un Al Capone de petite catégorie. »
Il, c’est Georges Brassens. Les lieux de sa mauvaise réputation, c’est Sète. Il y est né il y a cent ans, le 22 octobre 1921. La ville, et d’autres dans toute la région, fête son centenaire cette année. Elle a oublié qu’elle l’avait regardé un temps de travers. Oui, il eut mauvaise réputation. Condamné à deux ans de prison avec sursis, il avait été désigné à la vindicte populaire. Il en a même fait une chanson : « S’ils trouvent une corde à leur goût, ils me la passeront au cou. »
Il s’était ensuite réconcilié avec sa ville natale, qui a mis les petits plats dans les grands pour célébrer sa mémoire, quarante ans après sa mort. Certes, l’anniversaire, qui aurait dû au moins commencer pour la Saint-Georges, le 23 avril, a souffert de la Covid-19. Les manifestations n’ont débuté qu’en juin, dès le feu vert du déconfinement.
Après un démarrage un peu poussif en termes de fréquentation, les spectacles, les colloques et les conférences ont trouvé leur public dans l’été, sur et autour d’un bateau spécialement affrété pour l’occasion, le Roquérols. Au chapitre des bémols, le regret d’un accès payant au bateau, qu’il y ait ou non des spectacles prévus.
« Si le démarrage a été compliqué, la montée en charge a été progressive et dans l’été, on a atteint une belle vitesse de croisière, le bilan est très positif », confirme Bernard Lonjon, chargé de mission par la municipalité de Sète pour le centenaire. « C’est le docteur ès-Brassens », sourit Jeanne Corporon, l’adjointe municipale à la culture. L’élue a double casquette : elle est également la fille d’un très proche de Brassens, Henry Delpont.


Lonjon, quant à lui, baigne depuis l’enfance dans l’univers Brassens. Et intensément depuis 25 ans. Il a écrit il y a dix ans un ouvrage référence sur le chanteur, épatant en tous points. La biographie est intitulée « J’aurais pu virer malhonnête ».
Après trente ans dans l’informatique, il consacre sa vie désormais à l’écriture et à son activité de libraire. Sa boutique s’appelle « A la venvole », le nom du premier recueil de poèmes édité par… Georges Brassens. Le livre « J’aurais pu virer malhonnête » est réédité cette année aux éditions L’Archipel, en format poche. Il comprend notamment les procès-verbaux d’audition du jeune Georges et de son père Louis pour l’affaire des cambriolages. Et, toujours aux éditions de L’Archipel, vient de sortir « Brassens l’enchanteur, une vie au jour le jour » : Bernard Lonjon y retrace fidèlement la vie du chanteur, à partir de ses agendas, de ses documents et des archives de l’époque.
Brassens séduit, intéresse, bouleverse quarante ans après sa disparition. L’Espace Brassens (musée consacré au chanteur) à Sète n’a pu rouvrir qu’en juin. L’affluence a été plus grande que les années passées à même époque, soit 5 000 visiteurs de plus entre juin et septembre : 22 000 contre 17 000 d’habitude.
« Tous les médias se penchent sur nous, il y a de belles retombées », assure l’adjointe à la culture Jeanne Corporon. Elle se réjouit de la participation des associations locales, des venues d’artistes variés ou d’intellectuels, à l’instar de Michel Onfray. « Il y a eu de quoi réfléchir et s’amuser », résume Jeanne Corporon.

Deux livres

- Œuvres complètes
Les amateurs attendaient cet ouvrage épuisé enfin réédité. Présentées et annotées par Jean-Paul Liégeois, les Œuvres complètes (Le Cherche Midi, 1 590 pages, 28,40 €) réunissent tous les écrits de Brassens : ses chansons connues, ses chansons inédites et retrouvées (une centaine), ses œuvres littéraires introuvables (poèmes et romans), ses chroniques libertaires, ses préfaces et un grand nombre de lettres.
- Brassens par Brassens
La réédition de Brassens par Brassens (Le Cherche Midi, 14 €) remet en lumière le formidable travail de Loïc Rochard qui réunit trente ans de « libres propos » du poète. L’enfance à Sète, la découverte de la littérature, les femmes, la musique… Un véritable et authentique autoportrait à travers des morceaux choisis.

 

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A.B.
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