L’historien Yves Gantou sonde l’identité aveyronnaise

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  • Yves Gantou est titulaire d’une maîtrise d’histoire et diplômé de l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence.
    Yves Gantou est titulaire d’une maîtrise d’histoire et diplômé de l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence. RR
Publié le , mis à jour

Y a-t-il véritablement une identité aveyronnaise et si oui, comment peut-on la définir ? D’où viennent cette fierté et cette confiance spontanée de l’Aveyronnais en l’Aveyronnais ? Comment se fait-il que, partout où ils se rencontrent, les Aveyronnais se reconnaissent ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles a décidé de répondre l’historien de formation Yves Gantou dans son essai : "à la recherche de l’identité aveyronnaise". 

Yves Gantou, pourquoi avoir décidé de sonder ainsi l’identité aveyronnaise ?

Un peu par hasard… Pour ainsi dire hyperactif, j’ai pris ma retraite un peu trop tôt à mon goût. J’ai ensuite œuvré dans différentes associations, culturelles, humanitaires mais tout ça ne m’a qu’à moitié satisfait. L’idée d’écrire un livre sur l’Aveyron m’est ensuite venue d’un coup. Mais pas n’importe quel livre. J’avais envie de savoir en quoi et pourquoi mon département de naissance avait des singularités, des particularités différentes des autres départements. Pendant trois ans, j’ai donc sillonné ce département, lu probablement tout ce qui a été écrit sur l’Aveyron. Sans vraiment savoir où j’allais… Mais tout ça m’a véritablement passionné !

Après ce long travail, avez-vous finalement trouvé "l’identité aveyronnaise" ?

J’ai eu beaucoup de mal (rires). J’ai cherché du côté de la géologie, la géographie, l’histoire, la sociologie, l’ethnologie et j’en passe, pour savoir s’il y a effectivement une identité aveyronnaise ou bien une identité, on va dire, montagnarde, paysanne, rurale comme dans la plupart des départements du Massif central. Et je crois avoir finalement trouvé…

Selon vous, l’identité aveyronnaise tiendrait davantage du fantasme, d’une représentation mentale.

Je pense en effet que cette identité aveyronnaise a été façonnée par les exilés aveyronnais. Ce sont eux, en réalité, qui ont sublimé cette identité. Qui ont alimenté cette représentation en dehors du département. À Paris ou dans le Sud de la France par exemple. Où danse-t-on encore la bourrée ? Où parle-t-on encore occitan sinon dans les banquets, dans toutes les associations aveyronnaises, les amicales qui existent en dehors du département ? On en compte, par exemple, plus d’une soixantaine à Paris où vivent aujourd’hui près de 350 000 Aveyronnais… C’est là, au sein de ces associations ou autour de certains grands rituels – je pense par exemple au Marché des pays de l’Aveyron à Paris Bercy – que se propage et se reproduit cette identité aveyronnaise.

Comme vous l’expliquez dans votre essai, la force de l’Aveyron résiderait dans "ses exilés" ?

L’entraide exceptionnelle entre Aveyronnais, la confiance, le règne du "tope-là" ont permis à ce département, particulièrement enclavé, de se développer économiquement. Un département à l’origine très pauvre, difficile, avec un climat et des conditions d’existences assez rudes.

Un essor économique qui devrait d’ailleurs donner lieu au prochain volet de votre enquête. Un volet sur lequel je travaille aujourd’hui en effet et qui traite des "ambitions de l’Aveyron". De la capacité de ces hommes à trouver la voie de la modernité après des siècles particulièrement difficiles. Il sera donc question de la révolution agricole en Aveyron, du top départ du renouveau. De l’ère industrielle, de celle de l’artisanat, de la poussée du secteur tertiaire : un autre signe de modernité. Un vaste chantier tout aussi passionnant.

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Propos recueillis par Aurélien Delbouis
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