"L’insécurité alimentaire" en Aveyron inquiète le Secours catholique

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  • L’équipe du Secours catholique se déploie sur trois départements : Aveyron, Tarn et Lozère. À droite, Sophie Dezzou-Mercier, déléguée pour les trois départements et Francis Rouch, bénévole à Decazeville.
    L’équipe du Secours catholique se déploie sur trois départements : Aveyron, Tarn et Lozère. À droite, Sophie Dezzou-Mercier, déléguée pour les trois départements et Francis Rouch, bénévole à Decazeville.
Publié le , mis à jour

Tous les ans, l’association publie un rapport national dont les données sont issues des antennes locales. Le constat est alarmant et pointe du doigt une insécurité alimentaire de certains bénéficiaires qui se conjuguent avec des difficultés de logement et une précarité énergétique.

Cette année, le Secours catholique a axé son rapport sur la pauvreté en France autour de l’insécurité alimentaire. Cette problématique ne s’était plus posée depuis des années. Pourtant, avec la crise sanitaire, "nous connaissons de nombreuses personnes qui doivent choisir entre payer leurs factures à la fin du mois et faire leurs courses", déplore Louis Droch, vice-président de l’antenne départementale.

En 2020, au niveau national, la part des ménages rencontrés sans ressources financières a atteint 22 %. Le niveau de vie médian mensuel est en baisse, pour se situer à 537 euros et reste largement en deçà du seuil de pauvreté (739 euros). L’aide alimentaire est en hausse et représente 54 % des ménages rencontrés ; et 27 % de ceux qui ont reçu des chèques-services, permettant d’acheter des denrées, "subissent une insécurité alimentaire grave caractérisée par le fait de ne pas manger pendant une journée entière, voire plus, et cela de manière régulière", souligne le Secours catholique.

En Aveyron, la situation est tout aussi préoccupante. Pour les responsables locaux de l’association caritative, l’accès à une alimentation variée "et suffisamment conséquente reste un sujet brûlant pour nombre de nos concitoyens. Pour autant, beaucoup refusent d’en parler, et se tournent vers les associations comme la nôtre qu’au dernier moment", assure Louis Droch.

Ce rapport produit chaque année par le Secours catholique permet d’identifier ces "personnes qui restent dans les angles morts de notre société. On constate également que ces derniers n’ont même pas accès aux minima sociaux faute de pouvoir les identifier pour en faire la demande", complète le vice-président de l’antenne départementale.

Inégalités

Ainsi, le tiers des ménages éligibles ne perçoivent pas le RSA et plus d’un quart ne touchent pas d’allocations familiales.

Les premiers impactés par cette précarité extrême restent les familles monoparentales, en particulier les mères isolées. "Et la fermeture périodique des cantines scolaires au plus fort de la crise sanitaire n’a fait que creuser ces inégalités", rajoute Sophie Dezzou-Mercier, déléguée Tarn-Aveyron-Lozère.

Pour Francis Rouch, bénévole à Decazeville, cette précarité alimentaire peut, parfois, se combiner à " des difficultés pour se chauffer. L’énergie a un coût et il augmente chaque année un peu plus". "Je peux en témoigner, poursuit-il, certains vivent dans de véritables taudis, impossibles à chauffer et où les conditions de vie sont très difficiles. C’est une réalité, même dans des départements comme ici." Le Secours catholique relève que les impayés sont principalement liés au logement (38 %) ou à l’énergie (électricité, combustibles, etc. 38 % aussi). En Tarn-Aveyron-Lozère, le prix de l’eau est aussi un problème, puisqu’il est à l’origine de 29 % de factures impayées contre 18 % au niveau national. "La misère ne va pas en diminuant, constate Louis Droch. Certains n’ont pas de solutions et plus encore en milieu rural, isolé, dans un département comme l’Aveyron."

27 539

Soit le nombre d’Aveyronnais qui bénéficient du chèque énergie et qui vont recevoir un second versement exceptionnel de 100 €, s’ajoutant au premier déjà reçu en avril.

En chiffres

  • 1 314 bénévoles sont répartis sur les trois départements, au sein de 57 équipes locales.
  • 4 640 donateurs réguliers.
  • 6 138 familles et personnes soutenues et accompagnées.
  • 2 098 personnes impliquées dans des groupes conviviaux et actions collectives.
  • 38 800 fiches statistiques contenant des informations sur la démographie, la situation face à l’emploi, les ressources et conditions de vie.
  • 770 000 personnes ont été rencontrées en 2020 dont 409 500 enfants, en France.
  • 1 088 ménages ont été interviewés, répartis dans 12 départements, concernant l’enquête alimentaire. 57 % ont demandé une aide alimentaire pour la première fois en 2020.

Un besoin d’écoute, une meilleure alimentation pour "toutes et tous"

Le Secours catholique a aussi étudié les besoins des personnes aidées. Dans la zone Tarn, Aveyron, Lozère, celles-ci demandent avant tout de l’écoute (64 %, contre 57 % au niveau national). Viennent ensuite l’alimentation (45 %) et l’aide financière (31 %).

Pour un meilleur accès à une alimentation durable et de qualité "pour toutes et tous", l’association demande : des moyens financiers pour accéder à une alimentation de qualité, une offre durable et de qualité accessible dans les territoires (promouvoir des cantines durables et solidaires, promouvoir des filières soutenables et rémunératrices des producteurs, encourager les initiatives de solidarité alimentaire ouvertes à tous, développer une offre de qualité dans les territoires les plus pauvres) ; puis, avec les personnes en situation de précarité, le Secours catholique souhaite reprendre en main "notre alimentation". "Mettre en place une gouvernance de la transition alimentaire inclusive, à toutes les échelles territoriales pertinentes, avec les personnes en situation de précarité, dédier des moyens pour assurer de réelles conditions de participation aux personnes concernées par la précarité alimentaire pour le suivi et l’évaluation des politiques sur le sujet : soutien à la mobilisation, information, formation, etc."

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Philippe Henry
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