Grands Causses Cinéma, l’association qui veut faire tourner l’Aveyron

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  • Le tournage du court-métrage "Sabbat", réalisé par Alexandra Mignien, a eu lieu les 13 et 14 avril 2021 à Tournemire.
    Le tournage du court-métrage "Sabbat", réalisé par Alexandra Mignien, a eu lieu les 13 et 14 avril 2021 à Tournemire.
Publié le , mis à jour

"La Grande Vadrouille", "Cartouche", "Fanfan la Tulipe". La liste des films de légende tournés en Aveyron est prestigieuse. Un temps, le département a été plutôt prisé par les réalisateurs et des productions de grande envergure s’y sont installées. Mais depuis les années 1960, le temps a passé et la tradition s’est un peu perdue. Il y a bien eu quelques tournages de qualité, comme celui, en 2009, de "La Princesse de Montpensier", de Bertrand Tavernier, mais rien de très régulier. En effet, quand d’autres territoires se sont, à la fin des années 1990, structurés, l’Aveyron et l’ex-région Midi-Pyrénées ont pris pas mal de retard dans la promotion du territoire auprès des maisons de production. Depuis 2019, c’est la mission dont s’est saisie l’association Grands Causses Cinéma, née dans le Sud-Aveyron. À l’origine de cette initiative, on retrouve certains proches des fondateurs de la boîte de production saint-affricaine Ander Andera et le comédien Fred Saurel. Tous ont fait le constat que pour promouvoir le territoire, accueillir des tournages était une bonne idée. "Il y a une étude, qui date un peu (2005, NDLR), mais qui laisse apparaître qu’un tiers des Français choisissent leur destination de vacances en France après un coup de cœur dans un film ou une série, détaille Julien Barthélémy, le président de l’association. C’est assez flagrant : quand un film fonctionne bien dans un territoire, l’année d’après, les touristes arrivent en masse. Si on arrive à avoir des productions régulières, il y aura des retombées touristiques." Pour en arriver là, le petit groupe, qui est persuadé que l’Aveyron a des paysages particulièrement propices pour accueillir bon nombre de productions, a souhaité les mettre en avant. Pour cela, une structure régionale existe : Occitanie Films. Créé d’abord dans l’ex-région Languedoc-Roussillon, elle est notamment à l’origine de tout le dynamisme actuel dans l’Hérault et dans le Gard, qui a permis à des productions de s’installer pour des tournages de séries pour TF1 ("Demain nous appartient" à Sète, et "Ici Tout Commence" à Saint-Laurent-d’Aigouze) et France 2 ("Un si grand soleil, à Montpellier"). "Avec la fusion des régions, ils s’occupent désormais de tous les départements d’Occitanie, détaille Nadège Grimal, membre fondatrice de Grands Causses Cinéma. Mais ils ont pas mal de retard dans l’ancienne Région Midi-Pyrénées. Quand on est allé les voir pour leur dire qu’on avait ce projet, ils nous ont expliqué qu’ils aimeraient qu’on soit leur relais sur le territoire aveyronnais." En parallèle, l’association répond à un appel à projets de la Région Occitanie dans le cadre de ses financements participatifs et obtient un nombre de votes des citoyens suffisant pour obtenir une subvention lui permettant de lancer son activité. La première mission est de réaliser une base de données des lieux de tournages potentiels. Un travail particulièrement fastidieux, mais nécessaire. "Au départ, on s’est concentrés sur les grands causses, qu’on connaissait le mieux, reprend le président, qui avait, il y a quelques années, déjà pu avoir un premier aperçu des richesses du territoire en termes de décors, puisqu’il avait participé au tournage de la web-série commandée par le PNR du Sud-Aveyron "Les curiosités du Parc". Et puis petit à petit, la zone de recherche s’est étendue à la totalité du département. On a commencé à travailler par thématiques. On s’est demandé comment on pouvait vendre notre territoire et quels étaient nos atouts. C’est certain que ce n’est pas avec l’urbain. Ils ne viendront jamais tourner ici pour ça. Nous, on a des paysages, on a le côté paysan, on a des châteaux, des églises, des vieilles pierres et des villages de caractère…"

Attirer sur les atouts puis élargir les propositions

Les échanges avec Occitanie films, point d’entrée régional des productions qui cherchent des décors sur le territoire, ont également confirmé les atouts de l’Aveyron. "Ils nous ont donné des exemples très concrets de demandes auxquelles ils n’arrivaient pas à répondre, reprend Nadège Grimal. Ils manquaient de chapelles, de stations-service abandonnées et de terres sauvages avec de grands espaces." Coup de chance, il y a tout ce qu’il faut ici. Faut-il encore les lister. Alors depuis la fin de l’année 2019, l’association a déjà référencé 1 500 lieux de tournage potentiels. Les bénévoles ont arpenté le territoire avec une démarche bien précise. "Il faut repérer les lieux, trouver les propriétaires, regarder l’accessibilité en voiture ou avec des engins de tournages, la présence d’électricité ou d’eau…, reprend Julien Barthélémy. On note tout ce que peut demander une production quand elle vient tourner. Il peut y avoir des décors magnifiques, mais s’il faut marcher cinq kilomètres en portant le matériel, ça ne passera pas." La liste est désormais bien plus large que les paysages. "On sait que si une production vient, ce sera sur nos atouts majeurs, reprend le président. Mais dans tous les besoins d’un film, il y a une liste assez longue de lieux nécessaires. Si on peut proposer d’autres décors qui collent, ce sont des jours de tournage en plus et ça créera de l’économie sur le territoire." Car l’objectif est également là : créer, indirectement de l’activité économique. L’association est en train de lister les intermittents du territoire pour pouvoir fournir des contacts aux productions qui le souhaitent. Elle fait également un dossier des prestataires hôteliers et des spécialistes de la restauration qui pourraient accueillir et nourrir tout le personnel d’un tournage.

Poursuivre le développement

Deux ans après sa création, Grands Causses Cinéma voit déjà les résultats de ses actions. "Le premier tournage dont on s’est occupé, c’est celui de "Crime à Saint-Affrique", en mars 2020, reprend Julien Barthélémy. On venait de se créer et ils avaient choisi Saint-Affrique, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Ils ont démarché la mairie qui les a renvoyés vers nous. Une personne est venue pour repérer les décors, on l’a prise avec nous et on l’a amenée sur les lieux qu’on a référencés. Ils ont choisi d’installer leur gendarmerie dans l’ancienne gare où il y a actuellement le centre social. Ils cherchaient aussi une vieille bâtisse avec du cachet, mais qui à l’intérieur avait des locaux neufs. Ça ne se trouve pas forcément facilement. On a proposé un bâtiment de Vabres-l’Abbaye, qu’ils ont retenu."

Depuis, l’association a été sollicitée régulièrement, pour des clips, des séries, mais également des reportages, comme récemment celui d’"Échappées Belles", sur France 5, qui a voulu mieux connaître le Larzac. La chaîne qui vient également de changer ses pastilles d’identités visuelles qui passent entre les créneaux publicitaires. "Ils en avaient 70 à tourner dans toute la France, et ils en ont fait six en Aveyron. Ce qui est intéressant, c’est que ces spots resteront pendant 7 ou 8 ans à l’antenne. Ce sont des petites tranches d’Aveyron qui vont être diffusées quasiment tous les jours pendant des années. En termes d’exposition et d’image, c’est super." Dans la liste des tournages déjà effectués, le clip de la chanson "Nous" de Julien Doré, à Millau et au lac des Rives, mais aussi le court-métrage "Sabbat", à Tournemire, et encore récemment la suite du film "Balle perdue" pour Netflix. D’autres sont en négociation. "On travaille sur une série pour France Télévisions qui a flashé sur le trou de Bozouls. On est encore aux prémices et rien n’est fait. La série doit se passer dans un contexte d’après-guerre, et le village de Bozouls en lui-même colle pas vraiment. Ils nous ont demandé de faire des recherches de communes aux alentours qui pourraient correspondre et on a fait des propositions." Sans vouloir donner son nom pour des obligations de confidentialité, le président annonce également avoir monté un dossier pour un "très gros films d’une très grande réalisatrice qui cherche des décors". Il faudra attendre pour en savoir plus.

Les choses commencent clairement à accélérer pour Grands Causses Cinéma. À tel point que l’association, dont les membres sont 100 % bénévoles, arrive à un tournant, avec la nécessité de se structurer. "Occitanie Films nous a déjà proposé de travailler sur une série internationale pour Amazon Prime. Il fallait des décors post-soviétiques des années 1980, lance Nadège Grimal. C’était un peu tôt, on n’a pas voulu répondre. Mais à terme, c’est l’objectif. On arrive à un moment clé. Si on se structure vraiment, on pourra répondre à ce type de demande et accélérer la machine." Pour cela, l’objectif est de trouver des financements pour pouvoir créer, dans un premier temps, un demi-poste salarié de coordinateur. Cela semble désormais nécessaire puisque l’association, va participer début 2022, avec Occitanie Films, au Salon des lieux de tournage, à Paris, un rendez-vous professionnel où les spécialistes de l’audiovisuel viennent faire leur marché. La base de données des 1 500 lieux repérés en Aveyron, qui va encore continuer à s’agrandir, va également être intégrée, dans les prochaines semaines, à Film France, la plateforme référente en la matière. L’aboutissement de la première étape du projet, mais aussi le début de la suivante, qui devrait faire briller encore plus l’Aveyron sur les petits et grands écrans.

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RICHAUD Guilhem
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