Contraception définitive: des femmes évoquent un parcours "semé d'embûches"

  • Autorisée par la loi du 4 juillet 2001, la contraception "définitive" ou "permanente", par ligature des trompes ou par vasectomie, est ouverte à toutes les personnes majeures, après un délai de réflexion de quatre mois.
    Autorisée par la loi du 4 juillet 2001, la contraception "définitive" ou "permanente", par ligature des trompes ou par vasectomie, est ouverte à toutes les personnes majeures, après un délai de réflexion de quatre mois. Henadzi Pechan / Getty Images
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(AFP) - Qu'elles soient déjà mères ou nullipares, des femmes souhaitant recourir à une opération de stérilisation définitive à visée contraceptive racontent un parcours "semé d'embûches", et dénoncent "les tentatives de dissuasion" de certains praticiens.

Autorisée par la loi du 4 juillet 2001, la contraception "définitive" ou "permanente", par ligature des trompes ou par vasectomie, est ouverte à toutes les personnes majeures, après un délai de réflexion de quatre mois.

Sur les réseaux sociaux, néanmoins, de nombreuses femmes indiquent avoir rencontré des difficultés à y recourir, des gynécologues leur opposant le caractère "irréversible" de l'intervention pour les en dissuader.

Lolita, une Francilienne de 25 ans, a attendu six ans avant que sa demande aboutisse. "C'était tellement compliqué", se rappelle-t-elle, "on dirait que les gynécologues le font exprès". "On me disait que j'allais finir par changer d'avis, qu'une femme c'est fait pour avoir des enfants. C'est très infantilisant", déplore-t-elle.

"Dans la gynécologie, notre parole est souvent remise en question. On ne va jamais dire à un homme qu'il est fait pour être père", alors que "la société reste dans l'idée que les femmes veulent toutes des enfants. Quand on dit que non, ça fait un bug dans la matrice", soupire-t-elle.

De plus en plus de jeunes femmes expriment leur souhait de ne pas devenir mères. A l'instar de Claire, qui invoque une prise de "conscience écologique" et ajoute que la grossesse "ne vend pas du rêve".

En deux ans, cette trentenaire a consulté "une bonne douzaine de gynécologues" qui, assure-t-elle, exigeaient qu'elle entame un suivi psychiatrique et psychologique, ce qu'elle a refusé. "Cela sous-entend qu'on a un déficit ou un trouble mental, uniquement parce qu'on ne souhaite pas tomber enceinte", déplore-t-elle.

- "Rééquilibrer la balance" -

Si un gynécologue ne veut pas pratiquer une stérilisation à visée contraceptive, il doit en informer la femme ayant fait la demande dès le premier rendez-vous et l'adresser à un confrère, souligne le Pr Pierre Collinet, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).

"En aucun cas" un médecin ne peut imposer un "suivi psychologique" ni "une validation quelconque du conjoint. C'est une démarche individuelle, ce n'est pas une démarche de couple", fait valoir ce responsable.

Les réticences des médecins, en particulier à l'égard des femmes de moins de 35 ans, ont des ressorts connus. "Ils redoutent que cet acte soit fait de manière précoce", que des femmes encore en âge de procréer regrettent leur choix quelques années plus tard, relève le Pr Collinet.

Pourtant, "très peu" de femmes estiment avec le recul avoir pris une mauvaise décision, argumente le Dr Danielle Gaudry, gynécologue-obstétricienne.

Cette militante du Planning familial critique l'attitude de l'Ordre des médecins, qui a longtemps perçu la stérilisation comme "une chose horrible", "une mutilation volontaire", estime-t-elle.

En France, 17.998 femmes ont eu recours à une opération de ligature des trompes en 2020, un nombre en baisse de 42% par rapport à 2010, selon les données communiquées à l'AFP par l'Assurance maladie.

Si les femmes sont moins nombreuses à faire ce choix, c'est aussi parce qu'elles optent davantage pour des contraceptifs à longue durée d'action, comme le stérilet, note le Dr Gaudry. "Beaucoup ne souhaitent pas avoir une coelioscopie et aller au bloc", remarque la médecin.

Face aux difficultés d'accès à la stérilisation, certaines n'hésitent plus à se tourner vers leur conjoint, à l'image d'Amel (prénom modifié), 33 ans: "J'étais désespérée. J'ai demandé à mon mari de le faire (subir une vasectomie, NDLR) pour que ce soit plus rapide".

Andy, lui, a décidé de sauter le pas de lui-même. "L'égalité, ce n'est pas que pour les salaires", dit cet homme de 34 ans. "J'ai voulu rééquilibrer la balance. Je ne vois pas pourquoi ce serait aux femmes de porter toute cette charge sur leurs épaules. Les hommes aussi peuvent se faire stériliser!", martèle-t-il.

L'an dernier en France, selon les chiffres officiels, 13.120 hommes ont eu recours à une vasectomie. Leur nombre a presque été multiplié par sept en dix ans.

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