Le rafistolage, l'astuce de grand-mère à la rescousse de l'industrie de la mode

  • Les services de réparation de vêtements s'imposent aujourd'hui comme la norme pour réduire l'impact de l'industrie sur l'environnement.
    Les services de réparation de vêtements s'imposent aujourd'hui comme la norme pour réduire l'impact de l'industrie sur l'environnement. Image Source / Getty Images
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(ETX Daily Up) - Combien de vêtements sont jetés chaque jour à cause d'un trou, d'une usure, ou d'un bouton perdu ? Face à l'urgence climatique, la réparation et la retouche de vêtements, deux services déconsidérés depuis des années, apparaissent comme des alternatives incontournables pour l'industrie de la mode, qui les adopte progressivement et contribue même à les moderniser.

"Tiens, passe-moi ton pantalon, je vais faire un ourlet". Une phrase que les moins de 20 ans sont sans doute peu à connaître, tant la retouche de vêtements s'est raréfiée ces dernières années. Et que dire de la réparation des jeans, sweats, et autres T-shirts qui, dès le moindre trou ou fermeture éclair coincée, finissent inévitablement à la poubelle - au mieux dans un centre de collecte. Ces deux services, proposés par des professionnels, ou, le plus souvent, par des grands-mères avisées, font partie de ceux que l'ère de la surconsommation a fait disparaître… Un temps, car face au défi de l'éco-responsabilité, ils font aujourd'hui un retour en fanfare et même plus, ils deviennent incontournables pour rendre les vêtements, si ce n'est éternels, bien plus durables.

Réduire l'empreinte carbone des vêtements

Des millions de tonnes de vêtements sont jetés chaque année dans le monde, contribuant à faire de l'industrie de la mode l'une des plus polluantes au monde. Si les acteurs du secteur tentent de changer la donne depuis plusieurs années, et davantage encore depuis le début de la pandémie, l'émergence d'alternatives à l'achat de vêtements neufs permet aujourd'hui de combler les failles d'un modèle qui ne peut qu'échouer face à l'urgence climatique. La seconde main y participe, bien sûr, mais que faire des vêtements et accessoires abîmés que personne ne souhaite voir débarquer dans son dressing ? Nos aïeux n'auraient pas tergiversé cent ans sur la question. La reprise, la retouche, la réparation, le rafistolage étaient encore monnaie courante il y a quelques décennies seulement, mais le procédé ne s'est pas transmis, à grande échelle tout du moins. Le rachat s'est substitué à la réparation au point de rendre ce service complètement désuet.

Les chiffres montrent pourtant qu'il s'agit sans aucun doute d'une solution imparable pour permettre à nos vêtements de traverser les années. Dans un rapport, l'association Waste & Resources Action Programme (WRAP) nous apprend que prolonger la durée de vie des vêtements de neuf mois supplémentaires permettrait de réduire leur empreinte carbone d'environ 20 à 30%. De quoi motiver les marques, voire de nouveaux acteurs, à s'engouffrer dans une brèche que l'on croyait pourtant fermée à jamais. Depuis plusieurs mois, on assiste à un boom de l'offre de réparation de vêtements, que ce soit dans l'univers du luxe comme celui du prêt-à-porter, et même au renouveau de ce service qui s'adapte progressivement à son temps.

Le "Deliveroo" de la réparation de vêtements

Si vous n'avez pas les capacités, ni le temps, de réparer vos vêtements, et que vous n'avez pas (encore) le réflexe d'aller chez un couturier, mieux vaut se tourner vers des entreprises qui vous mâchent le travail. En Angleterre, la start-up londonienne Sojo permet en quelques clics seulement de confier ses vêtements à des coursiers pour les faire réparer en quelques jours par des professionnels. Se tournant vers la seconde main pour renoncer définitivement à la fast fashion, sa fondatrice, Josephine Philips, s'est rapidement rendu compte que cette alternative lui convenait à une exception près, et non des moindres : les vêtements chinés ou dénichés dans des boutiques ou sur des plateformes d'occasion étaient rarement à sa taille. Une problématique qu'elle a réglée avec le lancement de Sojo, un service basé sur le modèle de Deliveroo.

Les Londoniens ont aujourd'hui la possibilité de télécharger l'application, de sélectionner un type de retouche ou de réparation, et d'attendre tranquillement dans leur canapé qu'un coursier vienne chercher le vêtement en quête d'une vie plus longue. Ce dernier est ensuite déposé chez un couturier local, puis une fois rafistolé, il est déposé chez son propriétaire à une heure convenue. Simple. Basique. Efficace. Et qu'on ne s'y trompe pas, le service, s'il n'est pas (encore) disponible en France, est loin d'être un cas marginal. D'autant plus que Sojo vient d'annoncer un partenariat avec la marque Ganni, qui propose désormais gratuitement à ses clients de réparer ou retoucher des vêtements issus de précédentes commandes, ne réclamant pour cela que le numéro de ladite commande et l'adresse mail associée au compte client.

Vers une offre 'tout compris'

Si elle ne repose pas sur le même modèle que Sojo, la plateforme Les Réparables propose elle aussi, en France, de redonner un coup de jeune à des vêtements malmenés par le temps. L'atelier 23/11, The Restory, ou Clothes Doctor comptent aujourd'hui parmi la foule d'entreprises qui se consacrent à la restauration de vêtements, accessoires, sacs, et chaussures à travers le globe. Des marques ont elles aussi lancé leur propre service de réparation, chacun à leur façon, à l'image de Veja ou Patagonia, mais elles demeurent encore rares sorties de l'univers du luxe.

L'émergence de start-up telles que Sojo laisse clairement penser que ce n'est que partie remise. En quête de solutions pour réduire leur impact sur la planète, les marques de mode ne devraient pas mettre longtemps avant de se laisser séduire par cette astuce de grand-mère qui, à défaut d'être révolutionnaire, apparait aujourd'hui comme indispensable pour offrir une longue vie à nos vêtements. Un argument 'éconologique' qui pourrait en prime faire pencher la balance lors d'un acte d'achat.

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