DOSSIER - Abandonnés par les clubs, les arbitres de foot en voie d’extinction en Aveyron

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  • "On en vient à devoir faire régulièrement ce genre de réunion", regrettent Frédéric Hebrard (à droite sur la photo de droite) et Karim Tourèche.
    "On en vient à devoir faire régulièrement ce genre de réunion", regrettent Frédéric Hebrard (à droite sur la photo de droite) et Karim Tourèche. JLB
  • Abandonnés par les clubs,  les arbitres de foot en voie d’extinction
    Abandonnés par les clubs, les arbitres de foot en voie d’extinction
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En Aveyron comme dans le reste de la France, les directeurs du jeu, trop souvent mis à l’écart, finissent par jeter leur sifflet.  C'est particulièrement vrai pour le football où les arbitres sont en voie d'extinction. Et la situation demeure tendue pour les sports de salle, alors que le rugby s'en sort un peu mieux. Nous ouvrons notre dossier côté foot, mais vous pouvez retrouver en lien, nos deux autres focus.

Sur les 120 clubs de l’Aveyron, seuls 25 étaient représentés par un non-arbitre. Même le Rodez Aveyron football ne l’était pas alors que c’est le plus gros club du département." À l’issue de la réunion organisée par le district à Sébazac le 25 novembre, à 20 heures, et pourtant intitulée "Arbitres, une population en danger d’extinction", le président de la commission départementale d’arbitrage, Benoît Routhe, est amer. Et on le comprend : son constat est révélateur de la faible considération portée aux femmes ou hommes au sifflet par les clubs, que ce soit en Aveyron, en Occitanie ou en France. "Tant que les associations sportives ne sont pas emm**rdées par la fédération, qui leur demande d’avoir un minimum d’arbitres selon le niveau de leur équipe fanion, elles ne nous accordent pas de place ", déplore le bénévole.

Sept agressions par week-end en moyenne en France

Et ceux qui en ont une sont trop souvent laissés de côté. C’est ce qui est d’abord arrivé à Karim Tourèche, en charge de la relation avec les clubs à la commission régionale d’arbitrage : " J’ai été l’arbitre de Luzenac pendant dix ans, mais je n’étais qu’un numéro à appeler quand il y avait un amical." Les jeunes ne tiennent plus aussi longtemps : 80 % d’entre eux n’officient pas plus de trois saisons. "Moi, j’ai eu la chance de pouvoir rebondir à Foix. Depuis qu’on me laisse intervenir auprès de nos jeunes, il n’y a quasiment plus de problème de discipline. Et nos seniors prennent beaucoup moins de cartons. Quand on nous implique dans la vie de l’institution, ça change tout. " "La plupart prennent un arbitre car c’est obligatoire et le mec, on ne le voit qu’une fois par an : quand il reçoit sa tenue pour aller arbitrer le week-end tout seul toute la saison, convient l’entraîneur du Monastère (Régional 3) Jérémy Canivenq. On doit mieux les intégrer, en les invitant à s’entraîner avec nous par exemple. " Ce sont surtout les arbitres, comme cet Aveyronnais, qui font le premier pas : "Dans mon club, j’ai proposé de mettre en place des initiations ludiques à l’arbitrage, mais les dirigeants ne sont jamais revenus vers moi."

"Et pour les matches, 70 % du temps, nos vestiaires ne sont pas nettoyés et personne ne vient nous accueillir, prolonge Faridi Aboubacari, directeur du jeu originaire du Bassin. On arrive seul et on repart seul." Pourtant, les clubs doivent nommer un référent censé accompagner leurs arbitres. "Encore une fois, ils le font uniquement parce que c’est obligatoire, souffle l’un de ses confrères lors de la réunion. La plupart du temps, la personne nommée n’est même pas au courant qu’elle a ce rôle !" Karim Tourèche entend "les mêmes constats à chaque fois qu’on fait ce genre de réunion, peu importe le département". L’Aveyron est pourtant loin d’être le plus touché par la disparition des arbitres. Entre la saison 2017-2018 et celle en cours, le district est passé de 130 à 132 experts des lois du jeu. "Mais on peine à recruter et la moyenne d’âge augmente, pointe Benoît Routhe. On est en danger." Chez les voisins, c’est encore plus alarmant : la ligue en a perdu près de 700 (il y en a 1 364 actuellement). Et la fédération 7 500 (16 905 sont en activité)… de quoi battre un triste record. "C’est aussi parce qu’on observe une montée des violences envers notre corporation. En moyenne dans le pays, sept d’entre nous se font agresser physiquement par week-end." Karim Tourèche abonde : "Rien que celui du 20-21 novembre, il y a eu six agressions en Occitanie." "Dans notre département, nous sommes plutôt épargnés, mais récemment, nous avons quand même un arbitre qui a été victime de menaces de mort", reprend son confrère aveyronnais. La dernière violence physique dans son district remonte à l’an dernier, le 22 août, lorsqu’un attaquant du Monastère était venu faire un tête contre tête avec le directeur du jeu. Jérémy Canivenq rappelle : "Il a été exclu, la rencontre a été arrêtée et on l’a perdu sur tapis vert, mais c’était la bonne décision !"

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L’Aveyron réfléchit à instaurer un passeport arbitral chez les enfants

Des incidents qui n’étonnent pas le Naucellois Frédéric Hebrard, officiel au drapeau en Ligue 2. "Les confinements ont enfermé des lions dans des cages et depuis qu’elles ont été ouvertes, ce sont toujours les mêmes qui prennent. Mais quand j’interviens dans les écoles de foot, les jeunes me disent toujours qu’on est des flics, jamais des sportifs et encore moins des humains." "Si on apprenait aux gamins à arbitrer dès le début, il y aurait nettement moins de problèmes, estime Faridi Aboubacari, dont un gardien avait mordu l’oreille lors de Foissac – Livinhac-Penchot le 16 février 2020. De mes 13 à 22 ans, je ne maîtrisais pas bien les règles, je prenais beaucoup de cartons en tant que milieu défensif et je pensais que c’était la faute de l’arbitre." Ce qui inspire le président de son district, Pierre Bourdet : "On réfléchit à imiter le rugby en instaurant un passeport arbitral que les enfants devront détenir obligatoirement pour continuer à jouer. On va instaurer un certain nombre de mesures."

Ce travail de pédagogie est aussi à entreprendre avec les parents, selon l’arbitre aveyronnais Mohamed Ajoun : "Ce sont souvent eux qui font monter la tension en insultant les adversaires de leur petit alors qu’ils n’ont que douze ans ! Je suis même obligé d’arrêter le match momentanément pour aller les calmer." Mais pour ce faire, on en revient au même : les clubs devront s’ouvrir davantage.

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Vincent Naël
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