Tribunal de Rodez : au procès d'Alexandre Geniez, c'est parole contre parole

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  • Me Ravyn Issa, avocate de la plaignante, au sortir des deux heures de débats.
    Me Ravyn Issa, avocate de la plaignante, au sortir des deux heures de débats. - M.R.
Publié le , mis à jour

Après plus de deux heures de débats, le tribunal a mis en délibéré au 2 mars prochain sa décision. Six mois de prison avec sursis ont été requis contre le cycliste aveyronnais qui a nié tous les faits de violences dont son ex-compagne l'accuse.
 

Ils ont patienté près d'une heure, assis à seulement quelques mètres au premier rang de la salle d'audience, sans se jeter un seul regard. Puis, à 15 heures, la présidente Sylvia Descrozailles a appelé Alexandre Geniez à la barre. Elle a décliné son identité et sa profession connue de tous dans la salle : cycliste professionnel. "Monsieur Alexandre Geniez, il vous est reproché d'avoir exercé des violences habituelles sur votre compagne, entre le 20 février 2020 et le 17 novembre 2021", a rappelé la juge en préambule. Avant de lire méticuleusement le résumé de l'enquête et les déclarations de la plaignante. Elles remontent au 18 novembre dernier, au commissariat de Rodez. Ce jour-là, la trentenaire dépose plainte au lendemain "d'une nouvelle altercation" avec celui qu'elle nomme désormais "Monsieur Geniez".

La veille, la soirée tourne mal. Le couple est en instance de séparation. À 22 heures, le ton monte. Il la poursuit dans le domicile conjugal. Elle se réfugie derrière la porte d'une pièce "par peur", il l'ouvre brusquement. Elle tombe au sol, blessée à la tête. Il lui aurait alors tiré les cheveux puis mis une gifle. La scène dure plusieurs minutes. Un enregistrement sur le portable de la plaignante, pris à l'insu du cycliste, en retrace sept. La présidente a fait lecture de cet audio. "On entend des cris de la plaignante et des menaces, beaucoup de menaces du prévenu", a-t-elle résumé. Les "viens là, tu vas voir", "t'as compris ou quoi ?", "ah, t'as pris un énorme bleu, tu veux que ça se finisse comme ça tous les soirs ?" s'entrechoquent avec les "arrête, arrête".

"Elle a bien préparé son coup"

De ce soir-là, Alexandre Geniez, veste de costume à la barre, dit s'en souvenir. Dans le couple, plus rien n'allait depuis de nombreux mois entre un quotidien de sportif de haut niveau chargé et d'une mère de famille architecte. "La situation devenait insupportable", confie-t-il. "On ne s'entendait plus, mais il n'y a pas eu de violences, c'est certain", assure-t-il. Il nie également toutes les autres scènes rapportées par son ex-compagne durant ses auditions : le jet de nourriture sur son ventre alors qu'elle était enceinte au printemps 2020, un verre d'eau lancé à sa figure quelques mois plus tard, des cheveux tirés... "Je conteste totalement", a-t-il répété face au tribunal. Pour ce dernier, celle avec qui l'histoire d'amour avait "parfaitement débuté" en 2013 "a bien préparé son coup pour avoir le maximum".

- "Le maximum de quoi ?", l'interroge la présidente.

- "Elle est influençable et c'est pécuniaire", souffle-t-il.

Un argument qui ne passe pas auprès de l'avocate de la plaignante, Me Ravyn Issa. "Elle n'en veut pas à votre argent, je vous rassure. Pour vous le prouver, elle vous demande un seul euro symbolique. Ma cliente n'est pas vénale. Sa plainte, c'est du courage, simplement. Et j'espère que toutes les femmes qui vivent ces mêmes situations avec des personnes célèbres en feront de même, sans crainte", a-t-elle lancé lors de sa plaidoirie. Quelques minutes, auparavant, sa cliente justement avait rappelé devant le tribunal ces "soirées violentes", "ce quotidien où on ne peut pas s'opposer à lui". Pourquoi n'est-elle pas partie plus tôt ? "J'ai eu envie d'y croire jusqu'au bout, je pensais qu'il changerait, au début tout allait bien... Mais aujourd'hui, j'en ai peur." 

Six mois avec sursis requis

Alexandre Geniez a écouté. Sans sourciller. Avant de laisser la parole à son conseil, Me Bastien Auzuech. Ce dernier a dénoncé "un dossier instruit à charge". Surtout, il a longuement insisté sur le fait "que pour condamner quelqu'un dans le droit français, il faut des certitudes. Et dans ce dossier, il n'y en a aucune". Les violences ? "On les conteste toutes !". L'enregistrement ? "Qui dit qu'il n'a pas été coupé, monté ?". Les menaces ? "On les reconnaît, mais tout le monde ici a déjà jeté un verre d'eau de rage par terre, je pense ! C'est le sort normal d'un couple en voie de séparation où cela ne se passe pas bien". Au dossier, l'avocat ruthénois a ajouté sept témoignages en faveur de son client. Tous le disent "incapable de faire cela". "Il fallait une raison pour expliquer cette séparation et Mme l'a trouvée comme cela, elle a construit un dossier", a-t-il plaidé encore. 

Le tribunal s'est donné jusqu'au 2 mars pour rendre sa décision. En attendant, la procureur Mathilde Jayais a indiqué que selon elle, "tout dans ce dossier constitue des violences habituelles, psychologiques tout d'abord puis physiques. Ce comportement n'est pas normal". Elle a requis six mois de prison avec sursis à l'encontre du cycliste professionnel, soutenu ce mercredi par sa famille et plusieurs proches.

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