Prix du carburant : fortes hausses en cours en Aveyron, une pénurie en vue ?

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  • Les prix ne cessent d'augmentation, notamment dans cette station de l'agglomération de Rodez.
    Les prix ne cessent d'augmentation, notamment dans cette station de l'agglomération de Rodez. Centre Presse - José A. Torres
Publié le , mis à jour

L'heure est grave pour les usagers de la route. La hausse brutale du prix des carburants inquiète particuliers et professionnels alors que des grossistes évoquent une hausse de 50 centimes par litre, quel que ce soit le carburant, dès la semaine prochaine.

Personne ne peut dire actuellement quels seront les prix des carburants le mois prochain, tant les hausses ont été subites et massives ces derniers jours.

Pour ce qui est de la semaine prochaine, en revanche, Jacques Vaysse, qui tient la station Pareloup automobile à Salles-Curan, a déjà son idée : "Il faut s'attendre à une hausse de 50 centimes par litres, tous carburants confondus", affirme-t-il. Fini, donc, le bon temps du gasoil à 1,959 € le litre, su SP95 à 2,178 € et du SP98 à 2,28 €, tel qu'affiché à Pareloup automobile. 

A lire aussi : Le prix du carburant explose au-delà de 2 € le litre : ce que compte faire le gouvernement

Jacques Vaysse, par ailleurs président de la section "carburant" de la Fédération nationale de l'automobile, n'a "jamais vu ça" et se montre très pessimiste pour l'avenir. Selon l'un de ses fournisseurs, des mesures de contingentement pourraient rapidement être prises. "Moi qui commande 30 000 à 40 000 litres, on ne m'en donnerait que 15 000", explique Jacques Vaysse.

750 000 € mensuels pour alimenter 110 camions

Ce qui engendrera un afflux d'automobilistes désireux de faire le plein face à ce manque annoncé puis, si ces mesures persistent, une pénurie. Ce mercredi 9 mars 2022, les prix s'envolaient dans toutes les stations aveyronnaises, avec un litre de gasoil observé plusieurs fois au-dessus de 2,20 €. La faute à la guerre en Ukraine, qui génère une forte demande d'investisseurs auprès des pays producteurs de pétrole et fait grimper le prix du baril.

"Ce qui se passe aujourd'hui est grave. Moins grave que ce qui se passe en Ukraine, mais je ne sais pas comment va réagir l'économie française, je suis inquiet pour nos entreprises", explique de son côté Jacques Portal, à la tête des Transports Portal à Vailhourles. L'entreprise emploie 170 salariés et dispose de 110 véhicules pour effectuer du transport national. Pour Jacques Portal, la conséquence des hausses de prix sera perceptible dès le mois prochain : Au 1er avril, je vais subir une augmentation de mes dépenses en carburant de l'ordre de 250 000 euros". Ce qui portera le total de la facture à 750 000 €, une somme nécessaire pour alimenter les 110 camions de l'entreprise.

Mauvaise nouvelle dans un contexte déjà difficile, avec en 2021 des augmentations de tarif de 40 % pour le gasoil, 30 % pour les pneus, 3 % pour les péages... Sans oublier des hausses de salaire de 6 % impactantes à hauteur de 10 % pour les employeurs. "En 2021, le prix des carburants représentait 30 % du coût du transport. Le prix était alors entre 1 150 et 1 200 € pour un mètre cube de gasoil. Au 4 janvier, le prix était passé à 1 275, et il était mardi à 1 770 € du mètre cube", explique le transporteur.

La rareté annoncée du carburant risque aussi de favoriser une recrudescence des vols, auxquels Jacques Portal est de plus en plus confronté. "Un par mois l'an dernier, un par semaine depuis peu. Avec, à chaque fois, l'équivalent de 1 000 à 1 400 litres de gasoil qui disparaissent".

Jacques Portal : "Cela sera répercuté sur nos clients"

Les grands perdants de cette situation sont les transporteurs ayant investi dans des camions capables de rouler au gaz naturel, plus vertueux mais très onéreux. Là, l'augmentation des prix est de l'ordre de 300 %, ce qui fait qu'aujourd'hui ces véhicules, qui représentent "3 à 4 % de la flotte aveyronnaise" sont "tous à l'arrêt".

Comme ses confrères, Jacques Portal (par ailleurs président départemental du syndicat de transporteurs OTRE) peut cependant compter sur une loi de 2006 qui contraint les transporteurs à indexer leurs tarifs en fonction de ceux du carburant. "Cela sera répercuté à nos clients", résume Jacques Portal. Des clients qui vont eux aussi répercuter cette hausse sur le dernier maillon de la chaîne : le consommateur. Lui aussi contraint de payer son carburant à des prix de plus en plus élevés.

Loïc, automobiliste : "Ça sent le retour des gilets jaunes"

Croisés mercredi, pompe à la main, dans une station-service de l'agglomération ruthénoise, les clients étaient partagés, mais surtout agacés par ces prévisions très alarmistes. "Ça ferait 2,70 € pour un litre de sans-plomb 98, c'est tout à fait incroyable", peste Christiane, sexagénaire, qui relative cependant : "je roule assez peu mais cette augmentation, si elle se produit, je vais la sentir passer, je n'ai pas de gros revenus".

A lire aussi : Flambée du prix du carburant : voici les stations qui servent à moins de 2 € le litre en Aveyron

Loïc, 34 ans et Romain, 45 ans, sont eux plutôt remontés. "Ça suffit maintenant ! Le gaz, l'électricité, les courses... Tout coûte toujours plus cher, ça sent le retour des gilets jaunes" pronostique Loïc.

Romain, qui se déplace en van, se montre d'abord grossier, avant de se reprendre : "Cela m'ennuie beaucoup. Je vais laisser mon van à la maison et me débrouiller dès la semaine prochaine pour faire du covoiturage avec une collègue, cela permettra de limiter les dépenses".

La moins malheureuse est sans conteste Cathy, stationnée pour téléphoner à quelques mètres de ces pompes dont elle n'aura pas besoin... Du fait qu'elle roule en voiture électrique. La situation ne l'amuse pas pour autant : "Pour moi bien sûr, ça ira... Mais je pense à toutes les autres personnes qui doivent beaucoup rouler, ça être terrible pour eux".

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Xavier Buisson
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Les commentaires (1)
babar Il y a 3 mois Le 11/03/2022 à 12:01

il faudra remettre le bus macarel