Justice : la filière comorienne de faux papiers passait par l'Aveyron

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  • Le procès s'est tenu durant deux jours devant le tribunal de Rodez.
    Le procès s'est tenu durant deux jours devant le tribunal de Rodez. - Illustration JAT
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Ce mardi 29 et mercredi 30 mars, neuf pères de famille étaient jugés à Rodez. Tous originaires des Comores, ils ont été condamnés pour des participations diverses à un large réseau d'obtention de faux papiers pour des mineurs de leur île natale.

Au sein de la diaspora comorienne en France, tout le monde le connaît sous le surnom de "Dadi". À 42 ans, ce colosse à la santé fragile - "J'ai toutes les maladies possibles, si ce n'est le Sida", dit-il -, fut longtemps un chanteur renommé de son île, située dans le canal du Mozambique en Afrique australe. Mais comme beaucoup de ses compatriotes, plus que la scène, son rêve était de rejoindre la France. Il l'a fait dans les années 2000, à Marseille, l'autre capitale des Comores.

Depuis, la justice française soupçonne l'artiste de s'être reconverti comme trafiquant de faux papiers. Et d'être le "chef d'orchestre" d'un vaste réseau, composé d'une trentaine de petites mains présentes sur tout le territoire français. En 2014, le tribunal d'Alès l'a déjà condamné à trois ans de prison pour ce "business" dont on dit qu'il serait "particulièrement lucratif". 

Père de... 27 enfants

Ce mardi et ce mercredi, "Dadi" comparaissait de nouveau devant un tribunal, celui de Rodez cette fois. Voilà plusieurs années que la justice aveyronnaise travaille sur ce dossier dit des Comoriens. En 2016, les mairies de Decazeville, Aubin ou encore Capdenac-Gare reçoivent bon nombre de demandes de passeport de personnes issues de l'archipel. L'Aveyron n'est pas vraiment connu pour sa communauté comorienne, la préfecture se penche alors sur cette nouvelle "diaspora".

Rapidement, elle sent que quelque chose cloche. Les dossiers déposés émanent tous d'une "même source" : un Comorien, récemment installé dans le Bassin. L'office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre (Ocries) est mis au parfum. Une vaste enquête est lancée. Des heures, des semaines et des mois d'écoutes téléphoniques permettront aux enquêteurs de remonter jusqu'à "Dadi". Et huit autres personnes : un médiateur social des quartiers nord de Marseille, un employé de restauration de Paris ou encore un père de... 27 enfants ! La plupart sont inconnus de la justice, sans histoire.

"Au moins 81 dossiers recensés"

Rabatteur, intermédiaire pour "remplir les papiers", hébergeur de complaisance, chacun aurait joué un rôle différent dans l'obtention de faux papiers pour des mineurs comoriens. Le prix ? "Entre 10 000 et 20 000€", selon l'enquête. Le mode opératoire ? Avec l'aide d'un fonctionnaire corrompu sur l'île, des dizaines de faux actes de naissance étaient établies et envoyées à "Dadi". Des centaines ont été retrouvées à son domicile lors d'une perquisition. Ensuite, la bande cherchait un père de famille, de nationalité française.

Contre quelques milliers d'euros, ce dernier acceptait de reconnaître un, voire plusieurs enfants. Une demande de nationalité, via la filiation, était alors faite au Service central d'état civil de Nantes et le tour était joué... Ne restait plus qu'à demander un passeport dans n'importe quelle mairie, dont les Aveyronnaises. Combien de jeunes comoriens ont-ils profité de cette filière ? Impossible d'y répondre. "Des dizaines, c'est certain. On en a dénombré 81 au moins", a assuré la procureure Esther Paillette, dénonçant lors du procès "une atteinte et un préjudice financier énorme pour nos institutions". Tout en rappelant "les bibliothèques de documents administratifs" retrouvés chez chacun des prévenus.

159 actes de naissances, 19 cartes d'identité...

Chez "Dadi" par exemple où les policiers ont mis la main sur 159 actes de naissance, 19 cartes d'identité, des actes de mariage, de décès et autres... "Ce n'est pas à moi. Je logeais un colonel de gendarmerie des Comores chez moi, faut l'interroger lui", s'est-il défendu lors de l'audience, évoquant de sa part "des gestes d'humanité pour des orphelins venus d'un pays de misère". "J'ai été trop bon, trop con", assure-t-il encore. Les cinq autres prévenus présents reconnaîtront également avoir apporté "un peu d'aide" à la communauté. Rien de plus.

Sur les écoutes souvent accablantes, ils invoquent "un problème de traduction". Sur les témoignages tous aussi accablants, comme ceux des anciennes compagnes de "Dadi" - dont l'une fut déclarée morte avant d'être retrouvé dans le cadre de l'enquête ! -, "en garde à vue, tout le monde raconte des salades face à la peur". Quant aux gains financiers, leur avocat Me Olivier Blanc n'y croit pas : "Ils vivent tous de façon très modeste. Ils travaillent tous depuis des années, souvent dans des boulots que les Français ne veulent pas faire. Ces gens ont certainement plus cotisé qu'ils ont volé..." La justice, elle, s'interroge sur de potentiels investissements aux Comores. Ou encore un voyage à Dubaï pour "Dadi". Mais aucune preuve tangible, l'homme vivait depuis plusieurs années sous trois identités différentes et fut même condamné à Alès avec une fausse !

Deux ans et demi de prison ferme

À Rodez, il l'a assuré : "Je me présente avec ma véritable identité". Cela ne l'a pas empêché d'être condamné, à deux ans et demi de prison ferme. Ses compères ont écopé de diverses peines : ferme pour certains, assorties d'un sursis simple pour d'autres. Aucun n'a en revanche écopé d'un mandat de dépôt. Tous sont ainsi repartis libres du palais de justice en promettant "de ne plus jamais se retrouver devant un tribunal et vous donner du travail Madame la juge, Madame la procureur et Madame la greffière".

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